Longtemps pratiqué dans la Marne, le renouvellement des arracheuses à betteraves tous les quatre à cinq ans tend à reculer. En cause : la forte hausse du coût des matériels, des charges de mécanisation et des chantiers d’arrachage.
En 2020, une intégrale 6 rangs de 450 à 500 chevaux, dotée d’une trémie de 20 à 23 m3 et travaillant sur environ 500 ha par an, valait 500 000 euros. En 2025, son prix atteint 535 000 €, soit une hausse de 7 %. Parallèlement, le coût des chantiers d’arrachage est passé de 210 à 260 €/ha (main d’œuvre comprise), soit une hausse de 23 %. (Source barème d’entraide). « Auparavant, 300 à 400 ha suffisaient pour couvrir les charges. Aujourd’hui, il faut plutôt entre 500 à 600 ha », précise Romain Ponsardin. Toutefois, certaines Cuma parviennent encore à contenir leurs coûts d’arrachage avec une intégrale à moins de 200 €/ha grâce à une surface de travail importante.
Selon Romain Ponsardin, un chantier réalisé avec une automotrice par une ETA coûte environ 250 €/ha, un tarif contesté dans la salle par un entrepreneur, lors de la réunion annuelle de morte saison des GEDA de Coole et Soude et Vallée de la Vesle, affirmant pratiquer des prix plus bas. Tout dépend également de l’âge du matériel.
Quant aux chantiers décomposés, ils se situent entre 150 et 180 €/ha. Cette solution ne convainc pas les agriculteurs marnais, qui estiment que : « c’est comme nous proposer de revenir à une moissonneuse-batteuse sans cabine », tout en soulevant la question de la gestion des bennes et du manque de main d’œuvre.
Autre option envisagée : le recours à l’inter-Cuma. Une piste séduisant peu les producteurs marnais, qui craignent la multiplication des déplacements de machines ainsi que des difficultés de gestion de main d’œuvre et de planification. Pourtant, ce système permettrait d’élargir le périmètre d’utilisation du matériel en profitant d’un groupe de travail et d’une organisation existante.
Définir un choix stratégique
Les producteurs de betteraves font face à plusieurs choix stratégiques. Conserver une vieille machine, déjà amortie, permet de maintenir un coût d’utilisation très faible (150 euros par ha avec main d’œuvre, selon le type de machine) et donc un chantier d’arrachage compétitif. Ce système offre également une souplesse d’organisation, mais expose davantage à des risques mécaniques, des pannes et des frais d’entretiens onéreux.
À l’inverse, pour rester compétitif, investir dans une machine récente avec une technologie de pointe impose d’augmenter les surfaces travaillées. Sur le terrain, cela se traduit par davantage de transferts entre parcelles, plus d’interlocuteurs et une organisation plus complexe.
« L’évolution du contexte remet en cause certains avantages initiaux du fonctionnement en Cuma et fragilise le facteur humain, sur une période d’arrachage de plus en plus longue », souligne Romain Ponsardin. Une Cuma permet avant tout d’accéder à du matériel de pointe à un coût compétitif. En chantier betteraves, elle contribue également à réduire les frais d’entretien et de transport, à mutualiser les risques et l’emploi, tout en conservant des possibilités d’entraide et d’arrangements entre adhérents ».


