L’affaire a fait du bruit. Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle publiée dans Biological Conservation s’est penchée sur la question de la régulation des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) et a conclu que toute régulation était non seulement inefficace, mais ruineuse.

En analysant les données officielles récoltées pendant sept ans (2015 – 2022), les auteurs de l’étude ont compilé, pour chaque département français, le nombre d’animaux détruits et le montant des dégâts déclarés par les agriculteurs et les particuliers. En estimant le temps passé, les frais de transport, le matériel et les munitions, ils évaluent le coût moyen de cette politique à presque 64 euros par animal tué (pour 12,4 millions d’animaux en 7 ans). Ainsi, réguler coûterait plus que les dégâts déclarés.

Bien entendu tout cela est présenté comme étant strictement scientifique. Et le fait que l’étude soit publiée juste au moment où l’on va définir la liste des animaux potentiellement nuisibles ne serait que pure coïncidence.

Que penserait un esprit « voltairien » de cette étude ? D’abord, que ce sont les chasseurs qui régulent, qu’ils sont bénévoles et que par conséquent leurs efforts ne coûtent rien à la collectivité. C’est tout un pan de l’argumentation qui tombe. Ensuite, ces animaux auraient de curieuses habitudes alimentaires.

Prenons un exemple : dix renards ont leurs habitudes et se servent dans le même poulailler. Si, après en avoir supprimé cinq, il y a toujours le même nombre de victimes, c’est que les survivants ont subi une modification génétique. Autre exemple : le sanglier. On sait avec certitude que la régulation fait tomber le taux de croissance de la population à 6 ou 7 % et que, sans cette ponction, elle exploserait. C’est l’inverse de ce qui nous est dit.

Stratégies non létales

Les auteurs de l’étude, pensant sans doute qu’il faut enfoncer le clou plus loin, écrivent encore que plus on détruit une espèce, plus les dégâts sont élevés l’année suivante, notamment pour les geais et les étourneaux. En clair, éclaircir les rangs aurait pour résultat de décupler l’activité des survivants. Vous avez dit scientifique ? Les auteurs pensent-ils avoir poussé le bouchon un peu loin ? En tout cas, ils s’efforcent de corriger le tir : « cela ne signifie pas que la destruction provoque directement des dégâts ». Ouf …

Leur conclusion est directement sortie des cartons des animalistes : « réorienter les efforts vers des stratégies non létales (protection des semences, dispositifs dissuasifs, aménagements agricoles), susceptibles de réduire les pertes pour les particuliers et les professionnels sans perturber les équilibres écologiques ». C’est fumeux mais l’essentiel, bien entendu, est, de recréer « une cohabitation durable et saine entre humains et espèces ​​​​​susceptibles d’occasionner des dégâts ​​​».

Ils recommandent donc de laisser le loup libre dans la bergerie, le renard libre dans le poulailler et le sanglier libre chez l’agriculteur.

« Pseudo étude »

Lors du congrès de la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC), le président Willy Schraen s’est justement ému. « Cette étude fraîchement « sortie » sur les ESOD, et mise en scène sur les réseaux sociaux, où on nous vend un gentil renard, « présumé coupable » et de tout aussi gentils ESOD.

Cette étude nous explique qu’aucun lien n’existe entre l’effort de destruction d’une année et les dégâts de l’année suivante. Les coûts de ces destructions seraient jusqu’à huit fois plus élevés que le montant des dégâts censés les justifier, alors que les chasseurs et les piégeurs, comme tout le monde le sait, sont bénévoles !

Cette étude reconnaît donc en réalité notre travail à sa juste valeur, à savoir 130 millions d’euros ! »

Et il a ajouté : « cette pseudo-étude, qui n’est qu’un condensé très choisi de littératures sur la question, conclut que malgré la régulation de 1,7 million de nuisibles, la facture des dégâts ne baisse pas. C’est très amusant. Personne n’a imaginé objectivement que c’était peut-être grâce à ce niveau de régulation que les dégâts n’augmentent pas ! »

Reste à savoir l’impact qu’aura ce missile idéologique sur la réglementation des ESOD. On sait qu’un nombre important d’animalistes souhaite en finir une fois pour toutes avec cette classification. Il n’y a pas de mauvais animaux. Tous ont droit au respect absolu. Un renard, un sanglier, un loup, une corneille, un rat, et même un moustique (nous dit Aymeric Caron) valent bien un humain.

Par conséquent, aimons-les, n’intervenons pas.

L’étude en question risque de donner un sérieux coup de pouce à cette idéologie dévastatrice.

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