« Vous êtes aussi à la mairie », nous lance Benoît Davin, quand on pénètre dans le bureau de son exploration. Quatre jours avant le premier tour des municipales, Monsieur le maire est plutôt concentré sur les affaires courantes que sur sa réélection. Et pour cause, comme beaucoup de maires ruraux, il n’y a qu’une seule liste à Mortefontaine, un village de 220 habitants situé à 10 km de Villers-Cotterêts.

Notre agriculteur est aussi vice-président de la communauté de Communes Retz-en-Valois. « Je m’occupe du cycle de l’eau et je suis membre de trois syndicats locaux de bassin-versant. Cela permet de faire passer des messages sur les pratiques des agriculteurs, qui ne sont pas toujours responsables des coulées de boue. »

Son engagement lui prend environ 2 jours par semaine, calcule-t-il. Mais, dans les faits, la disponibilité est permanente : il stocke notamment le matériel de la commune dans ses hangars et doit aussi gérer les demandes de ses administrés : « ils n’ont plus la patience. Je préviens par exemple certains habitants des dates de passage des camions de betteraves… C’est nouveau ». Nous sommes en effet dans la zone de la sucrerie Tereos de Bucy où sont livrés ses 40 ha de betteraves. Les rendements ont été exceptionnels l’année dernière : 110 t/ha à 16°S. « J’ai réussi à avoir des betteraves saines grâce à une bonne gestion du désherbage, trois insecticides contre les pucerons et trois fongicides haut de gamme. Heureusement que les rendements ont été bons, car cela coûte cher », explique-t-il. L’arrachage est réalisé en Cuma par une intégrale Grimme Maxtron à chenilles achetée d’occasion. Elle est peu chargée (environ 300 ha) et le coût d’arrachage varie autour de 80 €/t.

Combien sera payée la betterave 2025 ? « Tout compris je devrais avoir au-dessus de 30 €/t, mais avec ce super rendement, 25 % seront payés comme des betteraves excédentaires autour de 18 €/t. »

Soutenir les agriculteurs avec les GFA Mutuels

Benoît Davin a toujours été engagé dans le syndicalisme : au conseil d’administration de la CGB, à l’Union des Syndicats Agricoles de l’Aisne (USAA), à la section des fermiers et métayers de la FNSEA et, surtout, il est le président d’un des cinq GFA Mutuels de l’Aisne (1 000 ha et 750 investisseurs). Il est intarissable sur le sujet, les avantages qu’offrent les GFAM et comment ils peuvent soutenir les agriculteurs dans la gestion et la préservation de leurs terres.

Il en résume le principe : « le GFAM achète des terres louées à un propriétaire qui veut vendre. Quand une opération se met en place, le GFAM recherche des apporteurs de capitaux, qui sont souvent des acteurs locaux : des anciens agriculteurs, des vétérinaires, des agents d’assurances… L’agriculteur signe un bail de 18 ans avec le GFAM, dont le fermage permet de rémunérer le placement 3 % brut, hors impôt foncier. Il y a des avantages fiscaux en cas de succession et surtout, c’est vraiment la solidarité agricole. »

Diversification dans le vin et l’œnotourisme

Benoît Davin s’est lancé en 2020 dans une diversification guidée par la passion du vin. Ce projet s’inscrit dans une ambition plus large de valorisation du corps de ferme du XVIIe qu’il veut mettre en valeur avec un chai et un espace dégustation pour accueillir le public. Cette orientation a été rendue possible par l’assouplissement des règles de plantation des vignes en France depuis 2016. Il s’est associé avec six autres exploitants dans un projet collectif. « Je n’ai pas planté comme partout du Chardonnay ou du Pinot noir. J’ai choisi des cépages tolérants au mildiou et à l’oïdium : du Muscaris et du Souvignier gris pour les blancs, ainsi que du Cabernet Cortis pour les rosés. Ces variétés, issues de croisements franco-allemands, sont reconnues pour leur résistance aux maladies et leur faible besoin en traitements phytosanitaires. Ce sera presque du vin bio », souligne-t-il.

Depuis 2023, il commercialise ses premières bouteilles en circuit court, notamment sur les marchés de producteurs locaux. Aujourd’hui, ses vins sont vendus sous l’appellation « Vins de France », une catégorie qui désigne des vins de consommation courante. « Mes cépages ne sont pas reconnus pour la production de l’IGP Île-de-France ». Avec les six vignerons engagés dans l’aventure, il a donc entamé des démarches auprès de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), pour faire reconnaître leur production dans une future Dénomination géographique complémentaire (DGC) « Soissonais-Valois ».

Benoît Davin mise sur l’essor de l’œnotourisme pour renforcer le lien direct avec les consommateurs. Une stratégie qui pourrait bénéficier de la dynamique touristique portée par la Cité internationale de la langue française inaugurée en 2023 au château de Villers-Cotterêts.