mardi 26 mai 2020
« Les agriculteurs français risquent d’être les dindons de la farce, en se trouvant confrontés à une interdiction de cette molécule » « Les agriculteurs français risquent d’être les dindons de la farce, en se trouvant confrontés à une interdiction de cette molécule » ©GRW

Gil Rivière-Wekstein : « Le glyphosate, un cas d’école de désinformation »

Spécialisé dans les questions agricoles et environnementales, Gil Rivière-Wekstein est le fondateur de la lettre mensuelle  Agriculture & Environnement. Allant souvent à contre-courant des préjugés sur l’agriculture, il s’attaque aujourd’hui au sujet du glyphosate, avec un ouvrage intitulé Glyphosate : l’impossible débat. Intox, mensonges et billets verts, paru aux éditions Le Publieur. Interview.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Il s’agit, selon moi, d’un véritable cas d’école de désinformation, peut-être même la plus grande désinformation du début de ce siècle. Le glyphosate était un non-sujet il y a encore cinq ans. Aujourd’hui, la majorité des gens est convaincue que ce produit est toxique et qu’il doit être interdit. Or, comme l’ont montré les avis répétés émanant de toutes les agences d’homologations de produits phytosanitaires dans le monde, utilisé correctement, ce désherbant ne pose aucun problème pour la santé et pour l’environnement. Ces agences estiment donc erroné l’avis émis par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en mars 2015, point de départ de mon enquête qui m’a amené à réaliser un important travail de documentation pour comprendre les rouages de cette affaire.

Que cherchez-vous à démontrer au travers de ce livre ?

Ce livre décrypte surtout les mécanismes subtils de la désinformation ayant conduit l’opinion publique à avoir des croyances erronées au sujet du glyphosate. Il révèle, notamment, l’existence d’intérêts financiers énormes derrière toute cette affaire. À savoir des cabinets d’avocats américains qui, sans demander l’interdiction du glyphosate outre-Atlantique, souhaitent obtenir des compensations financières pour leurs plaignants. Paradoxalement, ce sont les agriculteurs français qui risquent d’être les dindons de la farce. Contrairement à leurs collègues du reste du monde, ils se trouvent confrontés à une interdiction de cette molécule.

À qui cela profite-t-il ?

Tout d’abord aux cabinets d’avocats américains qui ont trouvé dans cette affaire une manne financière. On parle ici de sommes allant de 10 à 20 milliards de dollars, dont 10 à 15 % profiteraient à moins de cinq cabinets d’avocats. Ce sont ces cabinets qui ont organisé des campagnes pour chercher des victimes potentielles. Et ce sont leurs éléments de langage que l’on a retrouvés directement retranscrits dans la presse européenne, notamment française. Les autres gagnants de cette affaire sont ceux qui veulent détruire le modèle agricole français : les associations écolos et les mouvements altermondialistes.

Quel a été le rôle de la presse dans cette affaire ?

Beaucoup de médias en France n’ont pas su prendre le recul nécessaire pour apporter à leurs lecteurs une information objective. Ils ont souvent choisi la voie de la facilité, en s'abstenant de remplir leur devoir de vérification de l’information. Cela a été particulièrement frappant dans une émission comme « Envoyé Spécial » sur France 2 et dans de nombreux articles du quotidien Le Monde, qui est devenu un journal très militant. La presse américaine, en revanche, a été beaucoup plus mesurée et plus factuelle dans cette affaire.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac 

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