lundi 22 juillet 2019
Mouette rieuse. Appelée là-bas « black head gull » (mouette à tête noire que l’on observe effectivement à la saison des amours). Mouette rieuse. Appelée là-bas « black head gull » (mouette à tête noire que l’on observe effectivement à la saison des amours). ©É.JOLY

Oiseaux de mer sur les îles Féroé

Autre pays, autres moeurs. Là-bas, on chasse tous les oiseaux de mer qui sont protégés chez nous : mouettes, goélands, macareux, puffins, pingouins et guillemots.

On s’imagine parfois que la réglementation cynégétique européenne est identique pour tous les pays membres. Ce n’est pas le cas. Chaque pays – à condition que le pouvoir politique en place le souhaite - peut faire valoir ses traditions. Les Îles Féroé sont un archipel autonome faisant partie du Royaume du Danemark. Composées de 18 îles rocheuses volcaniques situées entre l’Islande et la Norvège, dans l’océan Atlantique Nord, elles communiquent via des tunnels routiers, des ferrys, des routes et des ponts. C’est un paysage sauvage, abrupt qui rappelle l’Islande. Il y a des grains souvent même en été. La température n’est jamais très élevée. Il y a sur ces îles davantage de moutons que d’habitants. Les touristes apprécient les montagnes, vallées et landes verdoyantes, ainsi que les falaises côtières escarpées peuplées de milliers d’oiseaux de mer.

La chasse et la pêche font partie des loisirs des habitants. On pêche la truite et le saumon dans les rivières et, en mer, la morue, le hareng, la lingue et le flétan, sorte de faux turbot qui peut atteindre des poids énormes.

Les organisateurs locaux de chasse travaillent surtout avec les agences allemandes. On vient sur ces îles perdues autant pour chasser que pour découvrir des paysages du bout du monde.

Que chasse-t-on ? Essentiellement les oiseaux de mer - chez nous protégés - c’est à dire les pingouins tordas, les mouettes de toutes espèces, les goélands, les cormorans, les guillemots, les macareux, les puffins et les sternes.

Ne pas confondre pingouin et manchot

On confond souvent « manchot » et « pingouin », en raison des légères ressemblances physiques de ces oiseaux, et de la traduction anglaise « penguin ». Cependant ils n’ont aucune parenté : le manchot appartient aux sphéniscidés, et le pingouin aux alcidés. En outre, le manchot vit dans l’hémisphère sud, tandis que le pingouin se rencontre dans l’hémisphère nord, jusqu’en Bretagne et même en Afrique du nord. Enfin, contrairement au manchot, le pingouin sait voler.

Il y a sur les îles Féroé des périodes d’ouverture comme chez nous. La période d’ouverture du pingouin et du guillemot va du 1er octobre au 20 juin. Celle du cormoran du 1er octobre au 30 novembre. Quelques mots sur ces gibiers.

Le pingouin torda est un oiseau noir et blanc de la taille d’un pigeon avec un bec court et épais. Nous l’avons chez nous en Bretagne et on le voit souvent évoluer en bandes sur l’océan. Il décolle un peu comme la foulque en rasant l’eau. Le guillemot lui ressemble comme un frère, mais le bec est pointu. Il est aussi présent chez nous.

Tout le monde connaît les mouettes et les goélands et il est donc inutile de s’y attarder.

Le grand labbe parasite ressemble beaucoup à un goéland mais au lieu de se nourrir dans la mer, il préfère attaquer les autres oiseaux et leur voler leur poisson en l’air.

Le puffin aux ailes pointues est un merveilleux planeur qui semble jouer avec les vagues en les rasant. Avec un peu moins de 40 cm d’envergure et seulement 25 g, la gracieuse océanite est le plus petit et le plus léger des oiseaux marins. C’est une sorte de micro mouette qui papillonne au milieu des autres.

Le macareux moine est surnommé « perroquet de mer » en raison de son bec tricolore. Il est d’ailleurs plus connu avec les couleurs vives qu’il arbore en période de reproduction qu’avec sa livrée hivernale plus terne. Cet oiseau souvent représenté sur les photos avec une brochette de lançons ou d’anchois coincés dans le bec, vole vite, un peu comme une sarcelle.

Le cormoran se décline en deux modèles : le grand cormoran et le cormoran huppé. 

Le grand cormoran est une espèce en pleine expansion que l’on voit partout chez nous. Il pêche sous l’eau et se sèche, les ailes en croix, sur une pierre ou un rocher. C’est le cauchemar des pisciculteurs.

Le cormoran huppé, en pleine forme lui aussi, est nettement plus petit que le grand cormoran, et s’en distingue aussi par une huppe caractéristique qui n’apparaît qu’au début de la période de reproduction.

Beaucoup de cartouches

Je suis entré en contact avec un organisateur local, Magni Blastein, qui s’est montré très enthousiaste. « Nous demandons à nos clients d’emmener beaucoup de cartouches – nous les fournissons – car il y a beaucoup de gibier ».

Une partie de chasse en mer dure six heures. Le capitaine embarque au maximum six fusils. Si l’état de la mer le permet on va donc bourlinguer aux pieds des falaises et tirer les guillemots et macareux en vol au moment où ils vont pêcher. C’est assez sportif dans la mesure où ces oiseaux volent vite. Cela ne coûte pas cher (environ 500 couronnes danoises, soit 70 euros la place). Il est vrai que le gibier est surabondant, qu’il n’y a, bien sûr, pas d’élevage ni de frais de location de territoires.

Il n’y a pas non plus de quotas, car la population d’oiseaux de mer n’est pas menacée. Les Danois étant assez susceptibles il ne faut pas s’aviser de faire des mines et de critiquer leur chasse, car ils vous répondraient aussitôt : « et vous ? Vous tirez bien la bécassine qui chez nous est protégée ».

Reste quand même à manger ce gibier et là c’est une autre affaire. Les Danois adorent déguster les oiseaux de mer en filets qui sont ensuite fumés. Disons qu’un palais français sent bien le goût de fumée et moins celui de l’oiseau, ce qui, soit dit en passant, n’est pas forcément un mal. Tous les restaurants des îles proposent ce gibier pendant la saison de chasse et il serait mal venu de faire la fine bouche car là-bas c’est le summum de la gastronomie.

Si un Danois plissait le nez au moment où vous lui faites déguster une bécasse, un perdreau rôti ou une brochette de grives, quelle tête feriez vous ?

ÉRIC JOLY

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Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.