vendredi 16 novembre 2018

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Le secteur agricole s'organise face à l'agribashing

Les attaques envers l’agriculture française et ses pratiques se font de plus en plus récurrentes et virulentes de la part d’ONG et de la société civile. Petit à petit, les professionnels agricoles organisent la riposte, en s’adressant directement au grand public et en fédérant leurs actions.

Une enseigne bio qui dénonce ouvertement l’agriculture conventionnelle, des activistes vegan qui s’en prennent à des boucheries et à des éleveurs, des émissions de télévision à charge sur les produits alimentaires, des pétitions de citoyens pour demander l’interdiction totale des produits phytosanitaires, comme le mouvement « nous voulons des coquelicots »… Les critiques virulentes envers les agriculteurs et leur métier sont de plus en plus récurrentes dans l’espace public, depuis deux ans. Le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur et de se radicaliser, à tel point qu’il a pris le nom d’« agribashing », le mot anglais « bashing », signifiant « dénigrer » ou « rosser ». « Les agriculteurs ne sont pas critiqués directement. Ils sont des victimes collatérales », analyse Eddy Fougier, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur d’un récent rapport intitulé « Le monde agricole face au défi de l’agribashing », commandé par la FNSEA Grand bassin parisien (GBP). Selon le récent baromètre d’image des agriculteurs réalisé par l’institut Ifop, les Français font toujours largement confiance aux agriculteurs, à 68 %, même si cette part s’érode depuis trois ans.

Un phénomène qui prend de l’ampleur

« Les critiques envers le secteur agricole ne sont pas nouvelles, mais elles ont évolué, estime Delphine Guey, la directrice de la communication de l’Union des industriels de la protection des plantes (UIPP) et présidente du Syrpa, syndicat qui réunit les professionnels de la communication agricole. « Il y a vingt ans, les anti-OGM étaient très présents. Mais le mouvement était circonscrit à une catégorie de personnes, sensibles aux questions liées à l’environnement. Le phénomène s’est élargi aux questions de santé ».

L’agribashing concerne aujourd’hui trois domaines :
- celui de la malbouffe et des OGM, apparu il y a une quinzaine d’années, porté à l’époque par des altermondialistes comme José Bové, les Faucheurs volontaires et Attac.
- le bien-être animal, depuis trois ans, sous la pression notamment de l’association L214, qui milite pour l’arrêt de l’élevage, de façon dogmatique.
- et l’opposition aux produits phytosanitaires dits pesticides, résultant, selon Eddy Fougier, « d’une incompréhension entre les citoyens et les agriculteurs ».

« Le sujet des pesticides n’était pas un sujet central pour la population. Il l’est devenu, sous la pression de certaines ONG comme Générations Futures, poussées par le lobby des professionnels du bio pour gagner en audience. Elles ont mis l’accent sur les possibles effets sur la santé, plutôt que sur l’environnement qui intéressait moins de monde. Or aujourd’hui, la qualité sanitaire des produits alimentaires français est exemplaire », insiste Gil Rivière-Wekstein, consultant et auteur du livre « Panique dans l’assiette : ils se nourrissent de nos peurs ».

Le lien perdu entre agriculteurs et citoyens

Entre les agriculteurs et les citoyens, le lien s’est distendu puis cassé ces dernières années. Sous la pression d’ONG, relayée par les hommes politiques et certains médias grand public, « les Français se sont construits une image erronée d’une nature nourricière et idéale qui fonctionne toute seule, sans intervention de l’homme », estime Delphine Guey. Face à ce divorce, comment le monde agricole peut-il se défendre ? De plus en plus d’initiatives émergent des organisations agricoles pour tenter d’inverser la tendance. « Il faut arriver à faire comprendre que les plantes sont comme les hommes. Quand elles sont malades, elles ont besoin de médicaments », souligne Carine Abecassis, la directrice de la communication de la CGB. Pas facile à faire accepter aux consommateurs. « La profession agricole a longtemps négligé sa communication auprès du grand public, préférant s’adresser aux professionnels », regrette Eddy Fougier. Selon l’observatoire 2018 du Syrpa, seuls 17 % des messages de la profession agricole s’adressent au grand public. « La meilleure façon est de donner la parole aux agriculteurs directement, pour présenter leurs métiers », affirme Delphine Guey. Lors du Salon de l’agriculture, l’UIPP a lancé « Le Siècle vert », une initiative pour présenter au grand public, par des agriculteurs et des chercheurs, les démarches de progrès de l’agriculture. Elle s’est poursuivie avec la création de la Cité du Siècle vert, un lieu éphémère à Paris. D’autres initiatives pourraient voir le jour comme celle de la FNSEA GBP, pour l’instant gardée secrète. Pour Gil Rivière-Wekstein, « les agriculteurs doivent s’exprimer davantage sur les réseaux sociaux. C’est une source d’influence énorme. Un ami sur Facebook est beaucoup plus crédible que n’importe quel média ou organisation ». « Malgré de belles initiatives, le secteur est encore peu présent et organisé sur les réseaux sociaux », déplore Carine Abecassis, qui a fait partie des pionniers en lançant en 2012 « Miss Better » sur Facebook, à destination du grand public. Aujourd’hui, le compte revendique 152 000 fans.

Fédérer les actions

Reste à structurer les initiatives et à les rassembler pour qu’elles soient efficaces. « Le monde agricole doit revoir sa façon de communiquer. Les actions émanent d’une multitude d’acteurs, ce qui rend cette communication inaudible », lance Eddy Fougier. Plusieurs idées circulent pour créer un lieu unique où seraient présentés les métiers et les innovations agricoles. C’est le cas de la Cité de l’Agriculture, imaginée par l’ancien ministre Benoît Apparu, maire de Châlons-en-Champagne (Marne), qui est restée pour l’instant à l’état de projet. C’est pour fédérer les actions de communication qu’est née la plateforme Agridemain, en 2016, à l’initiative d’une quinzaine d’organisations agricoles. Elle s’appuie sur un réseau de 271 agriculteurs ambassadeurs. Leur but ? Pouvoir prendre la parole facilement, intervenir, s’exprimer sur les réseaux sociaux et dans les médias. « Nous organisons des formations pour leur apprendre à utiliser les réseaux sociaux, parler en public et s’exprimer devant une caméra », détaille Gilles Maréchal, le directeur d’Agridemain. La plateforme s’est structurée le 26 septembre en association d’intérêt général pour amplifier ses missions (lire l’interview de Guillaume Lefort). La riposte doit aussi être organisée auprès des médias grand public qui cherchent des sources fiables et réactives vers qui se tourner. « Nous travaillons à créer “un science media center”, comme cela existe au Royaume-Uni et en Allemagne, qui pourrait être porté par les services de l’État et des journalistes spécialisés pour lutter contre les “fake news” sur l’agriculture », explique Delphine Guey. Les différentes organisations agricoles devront pour cela travailler ensemble au profit du collectif. « Il faut gagner en cohérence et en synergies. Cela va se faire progressivement », espère Gilles Maréchal. Ce sera une des missions de l’association qui doit dévoiler une nouvelle feuille stratégique courant novembre.

Adrien Cahuzac


16 novembre 2018

« Le climat change, changeons », demande Christiane Lambert (FNSEA)

La FNSEA réclame des mesures techniques et fiscales pour que les agriculteurs puissent résister aux conséquences du réchauffement climatique.

« Le climat change, changeons », a demandé Christiane Lambert, le 30 août, alors qu’elle faisait le point sur les dossiers qui attendent les agriculteurs pour la rentrée.

Sécheresse et canicule sont de plus en plus fréquentes et les agriculteurs en sont les premières victimes. « Osons dire qu’il faut donner une meilleure capacité de résilience à l’agriculture, a martelé la présidente de la FNSEA. Nous voulons des solutions techniques, matérielles, financières et fiscales. »

Le syndicat veut convaincre le gouvernement de mieux armer les agriculteurs contre les aléas à l’occasion des Assises de l'eau, qui se tiendront au mois de septembre, et de l'examen du projet de loi de finances pour 2019. La FNSEA demande un plan d’action concret en matière de gestion de la ressource en eau, notamment sur le stockage. « La France stocke 2,7 % de l’eau de pluie, contre 21 % en Espagne. Sur les 10 dernières années, les autres pays européens ont augmenté de 13 % leurs capacités, contre 1,7 % pour la France », se désole Christiane Lambert.

La profession agricole attend également des annonces sur une épargne de précaution, qui devrait donner davantage d'autonomie et de résilience aux exploitations.

Les propositions de réforme de la fiscalité agricole du gouvernement devraient être présentées le 4 septembre, et la FNSEA attend beaucoup de la réforme de la dotation pour aléa (DPA). Cette épargne de précaution - qui aurait été rebaptisée épargne d’entreprise – « doit être proportionnelle au chiffre d’affaires et tenir compte de la transparence des Gaec, selon Christiane Lambert. Il s’agit de mettre de l’argent de côté quand cela va bien pour pouvoir le réinjecter quand cela va moins bien. Nous préconisons de pouvoir épargner jusqu’à 70 % du chiffre d’affaires. »

Une épargne qui sera indispensable pour faire face aux aléas climatiques, économiques et sanitaires qui seront sans aucun doute plus fréquents dans l’avenir.

F.-X. D.


31 août 2018

Phytosanitaires : le contrat de solutions officiellement lancé

Le "contrat de solutions", pour répondre aux attentes des citoyens en matière de produits phytosanitaires et garantir la compétitivité et la pérennité des exploitations agricoles, a été officiellement lancé le 11 juillet. Les 40 organisations agricoles, dont la FNSEA, l'AGPB, l'AGPM, la CGB, la FOP et l'ITB, espèrent un soutien politique et financier du gouvernement.

Chose promise, chose due. Annoncé le 26 février au Salon de l'agriculture, le « contrat de solutions » a été détaillé le 11 juillet, avant la pause estivale. « Son objectif est de répondre aux attentes sociétales pour réduire les phytosanitaires mais aussi de garantir la compétitivité et la pérennité des exploitations agricoles », a rappelé Éric Thirouin, le président du comité de pilotage du contrat de solutions et secrétaire général adjoint de la FNSEA. Désormais, ce sont 40 organisations agricoles* qui sont associées à la démarche. Plus de 300 solutions ont été identifiées dont 36 ont été présentées à travers des fiches détaillées, avec des engagements à tenir, pour réduire l’utilisation du glyphosate en grandes cultures, développer le désherbage mécanique et les techniques de biocontrôle par exemple.

« Pour que cela fonctionne, l’enjeu est de développer un effet massif et collectif, avec des solutions combinées et un maximum d’agriculteurs », a insisté Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Dans la filière betterave-sucre, l’Institut technique de la betterave (ITB) propose le déploiement de l’utilisation de variétés tolérantes aux maladies foliaires, sur 50 % des surfaces à horizon 2021 (contre 37 % actuellement) et sur 60 % d’ici à 7 ans. « Nous allons suivre l’évolution réelle de chaque solution avec des indicateurs. Nous ferons des rendez-vous récurrents avec la publication de résultats sur les avancées », a assuré Alexandre Quillet, le président de l'ITB.

Pour l’instant, le gouvernement ne s’est pas associé officiellement à ce contrat de solutions, aux côtés des organisations syndicales, comme elles le souhaitaient. « Si les pouvoirs publics décidaient de nous accompagner politiquement, financièrement et réglementairement, nous irions plus loin et plus vite », a souligné Alexandre Quillet. Mais les professionnels gardent espoir. « Nous sommes dans la dernière ligne droite. Nous attendons que le gouvernement s’engage avec nous et signe ce contrat d’envergure inédit de la profession agricole », a renchéri Christiane Lambert.

A.C.

* ACTA, ADIVALOR, AGPB, AGPM, ANIA, ANPLC, APCA, AXEMA, CGB, Coop de France, FAFSEA, FARRE, FN3PT, FNA, FNACC, FNAMS, FNC, FNCA, FNPFcidre, FNPFruits, FNPHP, UNPT, FNPT, FNSEA, FNSEA commission viticulture, FOP, GNIS, IBMA, Jeunes Agriculteurs, Légumes de France, MSA, PAM de France, Syndicat des riziculteurs de France, UFS, UIPP, VIVEA, Vegepolys, SEDIMA, FNCUMA, TRAME.

 

 


11 juillet 2018

La FNSEA appelle les députés à l’aide pour "sauver l’agriculture française"

Au moment où le projet de loi issu des Etats généraux de l’alimentation débute son examen à l’Assemblée nationale, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, écrit aux députés pour leur demander de « redonner du revenu aux agriculteurs ».

« C’est le jour J, après un marathon très long de cinq mois. Nous souhaitons que cette loi soit celle de la cohérence et des promesses tenues », a lancé le 22 mai, Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, au moment de l’examen du projet de loi issu des Etats généraux de l’alimentation (EGA), en séance publique, à l’Assemblée nationale. « C’est au pied du mur que l’on va voir si Macron respecte sa parole. Il a créé un espoir énorme. Il ne faut pas qu’il déçoive les agriculteurs », a-t-elle insisté. Selon elle, le projet de loi s’est détourné de sa vocation première de « redonner du revenu aux agriculteurs ». « Nous sommes inquiets, car de nouvelles contraintes viennent s’ajouter, notamment sur les phytosanitaires et le bien-être animal. Cela va augmenter encore leurs charges et réduire leur compétitivité », a ajouté Christiane Lambert. LA FNSEA pointe notamment la suppression du dispositif des remises, rabais, ristournes (3R), l’augmentation de la redevance pour pollution diffuse et la séparation capitalistique de la vente et du conseil de produits phytosanitaires. « Il faut que les agriculteurs soient accompagnés, pour prendre des risques », a ajouté Eric Thirouin, secrétaire général adjoint du syndicat.

Transition écologique

Dans une lettre adressée aux députés le 22 mai, la présidente de la FNSEA lance un appel pour sauver les agriculteurs. « L’agriculture et l’alimentation sont résolument engagées dans une transition écologique durable. Mais cette transition ne peut s’accomplir si vous chargez la barque avec de nouvelles contraintes ! A marché unique, règles uniques. Sinon, comment résister, se développer et progresser ? », écrit-elle. « Sur la prise en compte des coûts de production ou sur l’encadrement des promotions par exemple, vous avez entre vos mains les curseurs pour faire pencher la balance vers plus de justice et plus de valeur ajoutée pour des milliers de paysans », a-t-elle ajouté.

Après son examen à l’Assemblée nationale, le projet de loi issu des EGA devrait passer au Sénat fin juin, puis être adopté définitivement cet été.

A.C.


22 mai 2018
Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.