mardi 26 mai 2020
"Nous ne voulions pas prendre le risque de faire du prochain Sima un échec" "Nous ne voulions pas prendre le risque de faire du prochain Sima un échec" ©Axema

Alain Savary (Axema) : « le marché 2020 des agroéquipements sera en forte baisse »

Les entreprises de l’agroéquipement commencent à relancer tout doucement une partie de leurs activités. Mais Alain Savary, le directeur général du syndicat Axema, anticipe un fort recul du marché français cette année. Un rattrapage des ventes perdues ne sera pas possible, estime-t-il. Il explique également pourquoi le Sima, salon international du machinisme agricole, se tiendra finalement du 21 au 25 février 2021, au lieu de novembre prochain. Entretien.

Quelles sont les répercussions des mesures liées au coronavirus pour les fabricants d’agroéquipements ?

Les conséquences ont eu lieu en trois temps. Après le premier discours d’Emmanuel Macron, tous les sites de fabrication se sont arrêtés dans les 48 à 72 heures durant une semaine. Il y a eu une période de flou entre le discours et les textes d’application qui ont suivi. Ces derniers ont autorisé la poursuite de certaines activités à condition de respecter les règles sanitaires. Les entreprises ont pu relancer une activité partielle dans un deuxième temps, représentant entre 15 et 50 %, en mettant en place des plans de continuation pour protéger leurs salariés. Aujourd’hui enfin, les entreprises entament une troisième phase, avec des reprises d’activités plus importantes dans certaines usines mais cela est toujours plus difficile dans d’autres.

Quelles vont être les conséquences économiques pour les entreprises ?

Le soutien de l’État français est important, notamment sur le chômage partiel. C’est l’accompagnement qui est aujourd’hui le mieux disant de tous les pays européens aussi bien qu’Allemagne. En 2008, il n’y avait pas eu de plan massif pour maintenir l’activité. L’économie française avait mis beaucoup de temps pour repartir. Mais cela ne permettra pas de couvrir totalement les pertes d’activité des entreprises, voire les pertes de résultat qui vont en découler. Beaucoup de sociétés commencent à réfléchir à des plans d’économie et certaines à des réductions d’effectifs.

Pensez-vous qu’il y aura un rattrapage sur les ventes sur le reste de l’année ?

Même si l’activité industrielle repart doucement, il faut pouvoir vendre. Pour l’instant, les équipes ont beaucoup de difficultés à travailler sur le terrain à cause du confinement. Beaucoup d’agriculteurs vont différer leurs achats. Il faut s’attendre à un marché sur l’année 2020 en forte baisse. Mais il est pour l’instant trop tôt pour établir des prévisions fiables. Dans certains secteurs, il n’y aura pas de rattrapage possible, comme sur les matériels pour espaces verts, dont la majorité des ventes ont lieu sur le printemps.

Le Sima, qui était prévu en novembre, vient d’être décalé du 21 au 25 février 2021. Pourquoi ?

Nous avons effectivement pris la décision, en concertation avec les exposants et Comexposium qui gère avec nous la société d’exploitation du salon, de décaler ce grand rendez-vous du machinisme agricole. Beaucoup de marques trouvaient en effet que cela était plus sage dans un marché en forte chute, notamment pour réduire leurs coûts cette année. Par ailleurs la situation sanitaire est toujours incertaine pour cet automne. Nous ne savons pas quand les frontières seront rouvertes. Or, nous avions investi beaucoup d’argent pour identifier des acheteurs potentiels étrangers et les faire venir au Sima. Nous ne voulions pas prendre le risque de faire de ce Sima un échec. Il se déroulera donc du 21 au 25 février 2021, une semaine avant le Salon de l’agriculture. Ces dates-là n’étaient pas une volonté de notre part, mais c’était un des seuls créneaux possibles que nous avions. Cela permet à la filière d’avoir une vision plus claire et se projeter désormais sur 2021. Par ailleurs, nous confirmons que le Sima suivant se déroulera bien en novembre 2022.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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