vendredi 22 novembre 2019
Armelle Poupart s'est lancée dans la production d'asperges en 2012, lors de la reprise de l'exploitation familiale Armelle Poupart s'est lancée dans la production d'asperges en 2012, lors de la reprise de l'exploitation familiale ©A.C.

Armelle Poupart (Aube) : les asperges du renouveau

Après avoir repris l’exploitation familiale de grandes cultures, Armelle Poupart a diversifié les activités et relancé la production d’asperges. Une décision bénéfique qui lui apporte un complément de revenu durant les périodes creuses.

Il est 14 heures en cette journée ensoleillée du mois d’avril. Armelle Poupart s’active à l’atelier de nettoyage et de conditionnement d’asperges, aux côtés de deux salariés. L’après-midi commence et l’agricultrice a déjà vu se succéder une petite dizaine de clients dans sa boutique. Entre deux ventes, elle a sillonné la campagne dans sa Renault 4L verte, héritée de son grand-père, pour faire deux livraisons d’asperges. Pas le temps de se reposer. « Du 15 avril au 15 juin, c’est du non-stop tous les jours, avec la récolte des asperges le matin et le conditionnement et la vente, l’après-midi. Le rythme est très soutenu », reconnaît la jeune agricultrice de 33 ans, installée à Allibaudières (Aube). D’autant qu’elle doit aussi gérer la culture du blé, des betteraves, de l’orge, du colza et des pommes de terre sur son exploitation. Le tout en jonglant avec un temps partiel dans les assurances, chez Aviva, et deux enfants en bas âge, Camille, 2 ans et Clothilde, 5 mois. Mais Armelle garde une énergie et un sourire à toute épreuve. « Je suis passionnée par mon travail. Depuis toute petite, c’était le métier que je voulais faire », affirme celle dont le mari, Martin, possède aussi sa propre exploitation à une trentaine de kilomètres, à Bussy-Lettrée (Marne).

Diversifier l’exploitation

C’est en 2007, à sa sortie de l’Institut des hautes études de droit rural et d’économie agricole (Ihedrea), qu’elle se lance dans l’agriculture. Elle travaille d’abord aux côtés de son père sur l’exploitation familiale, puis décroche un emploi dans les assurances, chez Aviva. En 2012, elle reprend la ferme familiale de 115 hectares et conserve un temps partiel chez l’assureur. « L’exploitation est alors exclusivement tournée vers les grandes cultures : betteraves, blé, orge et colza. Le revenu n’était pas assez important pour que je puisse reprendre sans changements », explique l’exploitante, planteur mixte en betteraves, pour Cristal Union et Tereos. La jeune femme décide alors de diversifier son assolement pour limiter les risques et les chutes de revenus certaines années. Pommes de terre féculières, luzerne, oeillette et asperges font leur apparition. « La féculerie d’Haussimont (Ndlr : groupe Tereos) et Prodeva (racheté en juin 2017 par Cristal Union), en luzerne, cherchaient de nouveaux producteurs pour augmenter leurs surfaces. Nous avons saisi l’opportunité », se rappelle Armelle Poupart. La production de la plante médicinale oeillette, ou pavot, lui est proposée par un ami de son école d’ingénieurs qui travaillait pour le laboratoire Francopia, filiale de Sanofi. Le groupe cherchait également à augmenter sa production. « La production d’oeillette demande peu de travail. Les semences sont fournies. Nous faisons juste le semis et les traitements. La récolte est faite par le laboratoire », détaille l’exploitante qui a dû contracter une assurance tempête car « la fleur est très fragile ».

Relancer les asperges

Entre-temps, Armelle décide de lancer la production d’asperges sur l’exploitation. L’envie de produire des asperges lui vient lors d’un stage durant ses études. « Pendant très longtemps, il y a eu des asperges dans la région, puis cela s’est perdu au profit des Landes et de la Sologne. Cette production m’avait plu car on maîtrise le produit, de la récolte à la vente », se rappelle-t-elle. Pour lancer la culture, elle investit près de 8 000 euros par hectare dans des « griffes » ou plants d’asperges. « Il faut attendre deux ans avant la première récolte. Cela nous assure ensuite 8 bonnes années », détaille-t-elle. La récolte demande beaucoup de temps. « Tout se fait à la main chaque matin. Seules les asperges qui sortent de terre sont cueillies », insiste-t-elle. Durant les bonnes années, la récolte atteint 3 tonnes par hectare. En 2014, elle aménage un local pour la vente directe à la ferme. Une ligne de tri et un magasin sont installés dans l’ancienne étable des grands-parents. Soit 4 000 euros de travaux. « Dès l’origine du projet, je souhaitais vendre en direct une partie de la production. J’aime bien le contact avec les gens, mais cela demande beaucoup de disponibilités, soir et week-end compris. Je peux voir passer 80 personnes sur deux jours parfois », souligne l’agricultrice. La publicité ? Pas besoin. Tout se fait par le bouche à oreille et les panneaux d’indication au bord de la route dans le village. 50 % de la production est vendue sur l’exploitation, et le reste chez des commerçants locaux et auprès du magasin Carrefour market d’Arcis-sur-Aube. « Avec 1,5 hectare, je suis au maximum de ce que je peux gérer comme production avec deux saisonniers. Si je voulais faire plus, il faudrait que j’embauche davantage mais cela ne serait plus rentable », estime Armelle Poupart. Même si la production d’asperges ne fait pas partie des cultures les plus rentables de l’exploitation, elle présente un avantage important. « Cela permet de pallier le creux de trésorerie avant la moisson », explique-t-elle, en soulignant que l’oeillette et le blé restent les cultures qui présentent les meilleures marges en moyenne, « en raison des coûts de production moindres ». La betterave ? « Aujourd’hui, ce n’est plus aussi rentable qu’avant. Les semences et les intrants sont vraiment trop chers », réplique Armelle Poupart. À bon entendeur !

Adrien Cahuzac

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Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.