« Nous avons peu d’occasion de communiquer sur notre métier auprès du grand public » constate Mathieu Sainte-Beuve. Aussi ce planteur de 37 ans, installé à Noyers-Saint-Martin, s’engage dès 2018 dans l’opération l’Agora des collèges proposé par sa coopérative céréalière, Agora. Animée par l’agence « À nous la lune », cette opération consiste à aller à la rencontre de collégiens dans leur établissement, puis sur le terrain. Avec pour objectif de mettre en lumière le rôle essentiel des agriculteurs dans la société. « Nous étions en pleine polémique sur le glyphosate. Je me demandais comment agir contre l’agri-bashing. Avec les jeunes, appelé les Agri-curieux, je peux expliquer simplement mes pratiques », dévoile-t-il.

Mathieu Sainte-Beuve se rend en binôme avec son technicien de coopérative dans une classe du collège voisin à Froissy au début du printemps. « Pendant deux heures, nous présentons ce que nous produisons dans nos fermes, les filières et les débouchés. Le tout sous forme de jeux interactifs, avec beaucoup de quiz », détaille l’agriculteur, père de trois enfants. Car, bien qu’en zone rurale, la plupart ignorent les cultures présentes dans les champs. « Nous avons beaucoup à leur apprendre », constate-t-il.

Place au terrain pour la deuxième journée. La classe traverse les champs à pied jusqu’à la ferme de Mathieu. Très intéressés, filles et garçons découvrent le matériel, les cultures, les travaux en cours. « J’ai ressenti beaucoup d’intérêt et aucune animosité. Certains s’imaginaient même devenir salariés agricoles. Nous allons peut-être susciter des vocations », espère l’exploitant. L’après-midi, les élèves visitent le silo de la coopérative. Enfin, lors d’une troisième journée, toutes les classes sont réunies pour un évènement festif et pédagogique.

650 collégiens impliqués

Avec la crise sanitaire, l’opération s’est transformée en mode digital : envoi de vidéo par les agriculteurs, création d’escape game en classe. Mathieu Sainte-Beuve se réjouit du retour au présentiel pour l’édition 2022, la cinquième. « Nous n’avons pas souvent l’opportunité d’ouvrir nos fermes, sans volonté de vendre des produits. Cette forme conviviale me permet d’avoir un retour sur la manière dont nous sommes perçus ». De plus, tout est organisé et ne me demande pas de temps de préparation. « Tout est simple, même pour celui qui n’a pas l’habitude de communiquer », reconnaît l’agriculteur.

Cette année, la coopérative va toucher 650 élèves de l’Oise, de l’Eure et du Val-d’Oise, soit 26 classes de 11 collèges. L’Agora des collèges a tellement de succès que l’agence « À nous la lune » a décidé de la déployer au niveau national. Toutes les coopératives agricoles de France peuvent désormais y adhérer et mettre en place l’opération au sein des collèges de leur région.

Montrer les adaptations permanentes

Le betteravier s’attache à transmettre l’évolution constante de l’agriculture. Depuis son installation en 2014, après un passage de sept ans dans une banque, il adapte son assolement. Après l’ajout du lin fibre, il développe la culture de pommes de terre (fécule et industrie pour Mac Cain). Il diminue la sole betteravière, autrefois très importante dans cette ferme, ancienne distillerie, à 52 ha (livrés à Saint-Louis-Sucre). Il envisage de la réduire encore si les prix n’évoluent pas à la hausse.

Le jeune entrepreneur respecte aussi une MAEC (mesure agro-environnementale et climatique), une réduction des IFT hors herbicide sur la partie de son exploitation située sur le bassin d’alimentation de captage de Breteuil. Il réfléchit à une éventuelle certification HVE. Sa participation au GIEE H3Eau+ (groupement d’intérêt économique et environnemental) l’aide pour la réduction de son impact environnemental.

« Je porte plus d’intérêt à mes 110 ha de couverts, explique-t-il. En multipliant les espèces (vesce, radis chinois, trèfle, phacélie…) et par des semis plus précoces afin de développer au maximum la matière sèche ». Reste que la réglementation sur l’emploi des néonicotinoïdes va l’obliger à modifier les espèces, avec peut-être davantage d’avoine. Pour améliorer les semis, il a investi dans un semoir à dents de 6 mètres, avec deux trémies. Sans passer au semis direct, l’agriculteur diminue les labours.

« Pour développer la résilience de mon exploitation, je m’intéresse aussi aux énergies », précise le planteur. Déjà quelques éoliennes émaillent les champs. Il réfléchit au photovoltaïque et projette de la méthanisation avec 13 autres agriculteurs. « C’est en communiquant sur les aspects très divers de notre métier et les productions obtenues qu’il sera possible d’améliorer les relations avec nos concitoyens », conclut ce passionné, par ailleurs conseiller municipal.