« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… mais en consommant moins d’énergie ! » Maxime Cassel en est très fier : la sucrerie de Corbeilles-en-Gâtinais (Loiret), dont il est le directeur depuis 2019, a réduit de 26 % sa consommation énergétique entre 2024 et 2025. Cette performance est le résultat d’une refonte du schéma énergétique de l’usine, initiée il y a deux ans, et pour laquelle le groupe sucrier a débloqué une enveloppe de 12 M€ (dont 3 M€ apportés par l’Ademe et les certificats d’économie d’énergie). L’installation d’un réseau d’échangeurs thermiques permet de récupérer les calories résiduelles de la sucrerie pour réchauffer les jus de betteraves froids, avec une économie à la clé de 15 à 20 tonnes de vapeur d’eau par an. Par ailleurs, deux caisses d’évaporation, mises en service en mai dernier, permettent de concentrer les jus de betteraves grâce à un recyclage et à une remise en pression de la vapeur utilisée. « Avec moins de vapeur d’eau, nous continuons à évaporer la même quantité d’eau des betteraves, résume Maxime Cassel. Ces évolutions très techniques sont surtout une réussite humaine, car nous avons valorisé les compétences internes, tient-il à souligner. Notre efficience énergétique est aussi le résultat du pilotage fin des équipes. » Pour aller encore plus loin, un projet est à l’étude pour récupérer la vapeur issue du séchage des pulpes, comme cela se fait déjà sur le site de Sainte-Émilie (Somme). 50 000 tonnes de pulpes pourraient ainsi être déshydratées sans consommation de gaz supplémentaire. Ce projet, dont le coût est estimé à 25 M€, pourrait réduire de 35 % la consommation énergétique du site. « De la vapeur d’eau s’échappe encore des cheminées, mais il y en aura de moins en moins », promet Maxime Cassel.

L’intérêt de cette nouvelle organisation, opérationnelle depuis le mois de septembre, est aussi économique. Sans donner de chiffres précis, les équipes de la sucrerie confirment l’impact financier « significatif » des travaux engagés, qui justifieraient largement les investissements réalisés. Les aménagements mis en place renforcent en effet la capacité industrielle du site. La sucrerie a ainsi battu son record de production, mi-novembre, avec plus de 12 000 tonnes de betteraves transformées par jour (contre 11 000 auparavant). Un troisième jet est par ailleurs opérationnel depuis cette année. Celui-ci permet, en cas de forte demande en sucre, de produire 15 % de sucre cristallisé supplémentaire. « L’objectif de tout ce que nous faisons est de rémunérer la betterave, rappelle Maxime Cassel. Ces projets sont donc importants pour nous permettre d’être plus vertueux, de baisser nos charges et d’optimiser nos ressources. » Une optimisation d’autant plus pertinente que le site de Corbeilles gère 5 000 hectares de plus qu’il y a deux ans, suite à la récupération des surfaces de l’usine de Souppes-sur-Loing (77), qui a définitivement fermé ses portes en 2025. « Cette année, en raison de ces réceptions supplémentaires et des bons rendements, nous allons traiter plus de betteraves, mais en moins de temps, car nous avons gagné en capacité », se réjouit Maxime Cassel. Le directeur du site insiste également sur l’agilité des usines Cristal Union de la région, la sucrerie de Corbeilles envoyant une partie de ses betteraves (25 % en moyenne) vers celle d’Arcis-sur-Aube, qui produit de l’éthanol. « Plus nous travaillerons de produits, mieux nous pourrons rémunérer la betterave, ce qui est notre objectif premier », assure-t-il. La construction d’un silo à sucre de 80 000 tonnes, d’ici 4 à 5 ans, est enfin envisagée. Celui-ci permettrait à l’usine de pouvoir être indépendante en terme de stockage et d’arrêter la campagne sirop.