« On a face à nous un Himalya », prévient Laurent Rosso, directeur général de Terres Inovia, lors d’une conférence de presse organisée le 11 décembre 2025. L’image semble forte mais pourtant… En comptant les 350 territoires agroéconomiques pour lesquels Terres Inovia a pour mission de trouver des références techniques et ceci pour chaque situation pédoclimatique, la liste des actions à engager peut vite donner le tournis… La mission s’avère être d’autant plus complexe que les défis à relever se superposent : changement climatique, souveraineté alimentaire, perte de moyens de production, autonomie protéique, transition agroécologique, compétitivité des filières… « Des transitions s’imposent à nous, dès maintenant, partage-t-il. Alors, parce que nous ne pouvons pas tout faire, nos choix doivent être assumés et alignés avec les attentes économiques et sociales. » Priorité donc aux projets scientifiques créateurs de valeur ajoutée pour les agriculteurs. « Les travaux de l’institut sont financés par les agriculteurs, souligne Gilles Robillard, président de Terres Inovia. Nous devons leur apporter des solutions, et des solutions vraiment innovantes. »
Quatre piliers pour structurer les projets
Désormais, Terres Inovia ne répond plus à la demande ni à l’urgence mais à une logique d’optimisation, y compris pour les expérimentations menées avec les autres instituts techniques. Le cadre stratégique dans lequel devra s’inscrire chaque action s’appuie sur 4 piliers. Le premier cible l’augmentation de la souveraineté nationale en huiles et protéines végétales, la raison d’être de la filière. Ensuite, le deuxième pilier concerne la transition de l’agriculture vers des systèmes multiperformants, en mobilisant les principes de l’agroécologie. Cette transition doit alors être « compétitive et productive ». L’adaptation au changement climatique, constitue le troisième volet. Le thème est déjà intégré dans des projets, mais, en lui donnant un statut de pilier stratégique, la direction de Terres Inovia l’implique dans toutes ses actions. Enfin, le quatrième pilier est une revendication majeure d’accompagnement puisqu’il s’agit d’éclairer les décisions de la filière.
Recherche appliquée, ancrée dans les territoires
La nouvelle feuille de route est déjà activée. « Nous sommes engagés dans plus de 100 projets de R&D en France comme en Europe », souligne Afsaneh Lellahi, directrice adjointe. Elle prend l’exemple de Cap Protein+ qui valorise les atouts des légumineuses pour les systèmes de culture et l’exploitation, « on renforce in fine la souveraineté protéique », complète-t-elle. Autre projet emblématique : R2D2 qui mobilise une dizaine d’agriculteurs en Bourgogne (1300 ha). Il a été conçu pour réduire la pression des ravageurs du colza dans une zone en difficulté, en combinant les leviers agronomiques à l’échelle de la culture et de la rotation. Les résultats sont déjà probants avec un doublement des surfaces et une baisse de 30 % de l’IFT insecticide. En lui succédant, le programme Concerto veut aller plus loin avec des leviers paysagers pour renforcer la biodiversité fonctionnelle et la régulation naturelle des ravageurs. Les coopératives et les associations naturalistes seront impliquées aux côtés des agriculteurs. « La transition agroécologique peut être productive et rentable lorsqu’elle est accompagnée », rappelle Afsaneh Lellahi. Et demain, l’institut vise 100% de culture « Colza robuste » afin de stabiliser durablement les volumes qui sont produits sur le territoire. Enfin, le programme Pea4ever, mené avec les semenciers à travers le GIE Peaboost doit accroître la robustesse du pois, notamment face aux maladies pour redynamiser cette culture. Une première subvention publique de 5 millions d’euros lui a été accordée en décembre dernier.





