Des expérimentations terrain

Le projet Gigan repose sur la mise en place de plateformes de démonstration comparant une combinaison de leviers agronomiques adaptés pour gérer les graminées (par exemple labour, faux-semis, décalage de la date de semis, diversification des cultures dans la rotation…) au système de culture classique de l’agriculteur. Quatre sites avec des problématiques graminées majeures sont retenus : le Cher, le sud de l’Eure, le Pas-de-Calais et une zone à betteraves entre l’Eure et la Seine-Maritime. En complément de ces plateformes, des parcelles dites « satellites » sont mises en place chez des agriculteurs des secteurs concernés en situation infestée en graminées. Dans ces parcelles, un levier agronomique spécifique est testé par an, sur chaque culture du système. Les systèmes de cultures étudiés feront l’objet d’analyses multicritères pour juger de la pertinence des leviers testés au niveau économique, environnemental et sociétal.

L’ITB Normandie pilote trois parcelles satellites dans Gigan. Le détail des leviers mobilisés dans les expérimentations est disponible ci-dessous.

Rotation, désherbage mécanique et interculture testés en Normandie

Les premiers travaux menés en région Normandie sur des systèmes intégrant des cultures industrielles ont débuté à l’automne 2024 sur trois parcelles satellites. La combinaison des leviers mobilisés sur ces parcelles vise à obtenir des parcelles propres à l’horizon 2029, correspondant à la dernière année de suivi du projet.

Parmi les leviers agronomiques mobilisés, le choix des cultures de la rotation constitue un moyen de gérer les graminées. Sur les parcelles satellites, la succession de deux cultures de printemps sera testée, notamment le lin suivi de la betterave sucrière. Le labour sera utilisé de manière raisonnée. Sur le site de Cantiers (27), après quinze années de non-labour, la très forte pression de ray-grass devient problématique pour l’ensemble des cultures. En conséquence, la parcelle sera labourée avant l’implantation des betteraves en 2026.

La gestion de l’interculture constitue également une phase stratégique pour la maîtrise des graminées. Le recours au faux-semis est envisagé afin de diminuer le stock semencier présent dans le sol.

Le désherbage mécanique est un levier qui sera travaillé sur différentes cultures. Les outils mobilisés seront principalement la herse étrille et la bineuse. Sur le site d’Écauville (27), en 2025, l’utilisation de la bineuse sur betterave sucrière, en complément du désherbage chimique, a permis un contrôle satisfaisant des ray-grass, avec une efficacité estimée à 98 %.

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« Les agriculteurs sont acteurs dans ce projet »

3 questions à Fanny Vuillemin, coordinatrice du projet, ingénieure chargée d’études en gestion des adventices et techniques alternatives de désherbage chez Terres Inovia.

Dans quel contexte est né le projet Gigan ?

La pression des graminées est croissante dans les parcelles et certains herbicides sont remis en cause : résistances, restrictions réglementaires, qualité de l’eau… Si l’intérêt de la combinaison de leviers est reconnu, les agriculteurs ne la pratiquent pas encore si largement, sans doute à cause des changements induits en matière d’organisation du travail, de matériel, de coût, de contraintes météo et de manque de résultats immédiats. L’enjeu de ce projet est donc de déployer ces leviers agronomiques et de favoriser leur appropriation.

Quelle est la particularité du projet Gigan ?

La force de Gigan réside dans le fait que les agriculteurs sont acteurs dans ce projet. Ceux dont on suit les parcelles mettent en place des leviers de gestion intégrée et les combinent. Cela enclenche un changement de pratiques dans leurs exploitations, mais également autour d’eux, puisque ce sont les meilleurs ambassadeurs pour d’autres agriculteurs par leur témoignage concret et l’exemple de leurs parcelles.

Y-a-t-il déjà des résultats prometteurs dans certaines parcelles ?

Certaines parcelles en cultures de printemps sont déjà moins infestées de graminées. Mais, il ne faut pas conclure trop vite : c’est la succession d’au moins deux cultures de printemps (par exemple maïs – tournesol ou lin-betterave) qui pourrait permettre d’assurer la pérennité du bon résultat. La suite du projet permettra de le vérifier.

Financé par l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et animé par Terres Inovia, Gigan associe Arvalis, l’ITB, la FDGEDA18, Actura et la Chambre régionale d’agriculture de Normandie pour une durée de trois ans.