Alain Dequeker, secrétaire général de l’UNPT
Comment finir l’assolement de son exploitation quand on est agriculteur ?
Cette année, moins de légumes plein champ seront contractualisés et la surface de lin textile sera, au mieux, inchangée. Les agriculteurs produiront aussi moins de pommes de terre, puisque les industriels de la transformation réduiront volumes et surfaces contractualisés. En conséquence, les planteurs finiront leur assolement en semant du maïs ou… en cultivant des pommes de terre sans filet de sécurité. Une fois ramassée, leur récolte sera soumise à la vindicte de la loi du marché.
Comment qualifieriez-vous les nouveaux contrats des industriels proposés aux producteurs ?
Selon les industriels avec lesquels les planteurs font affaire, les volumes contractualisés seront inférieurs de 10 % à 20 % à l’an dernier, en plafonnant notamment le tonnage par hectare. Autrement dit, les agriculteurs seront tenus de cultiver une superficie supérieure de pommes de terre pour satisfaire leur contrat. En fait, les industriels feront davantage porter le risque « filière » sur leurs fournisseurs. Si l’été prochain, les rendements sont médiocres ou si la demande de produits transformés reprend, les industriels auront les moyens de sécuriser leur approvisionnement, en ayant à leur disposition des tubercules disponibles sur le marché.
Les producteurs ont-ils seulement les capacités de financer leur prochaine campagne ?
La plupart des planteurs n’ont pas les moyens de cultiver autant de pommes de terre que, l’an passé, faute de trésorerie. Ils devront investir avant la plantation environ 3 000 € en comptant le plant, les fertilisants, les produits de protection de la culture, sans compter les travaux de plantation. Et, compte tenu des pertes essuyées l’an passé, les agriculteurs seront contraints de souscrire des prêts de campagne auprès de leur banque ou de leurs partenaires industriels. Les contrats de la saison passée, conclus avec les industriels, ont été respectés avec des taux d’exigence sans commune mesure avec ce qui était jusque-là pratiqué… notamment les années déficitaires en pommes de terre. Aussi, de nombreux lots de tubercules livrés ont été refusés et pas payés par les industriels !
La filière plants est-elle aussi dans la tourmente ?
Les plants récoltés l’été dernier se vendent mal. Or, l’an passé, certains agriculteurs avaient investi pour se lancer dans leur culture, afin d’accompagner l’essor de la filière de pommes de terre de transformation. Mais comme celle-ci revoit ses ambitions à la baisse, une partie des plants stockés sera invendue. Et les pertes subies par les producteurs de plants pourraient alors les pousser à la prudence et dissuader les nouvelles recrues de renouveler l’expérience.


