Dans la Marne, des salariés agricoles de plus de 60 ans cumulent emploi et retraite. Comparés à leurs collègues qui ont cessé leur activité il y a 30 ans, leur état de santé leur permet de poursuivre leur carrière.

Pour le chef d’exploitation qui les embauche, avoir fait travailler ces salariés dans de bonnes conditions, pendant des dizaines d’années, a été un préalable pour les fidéliser. Des employés assidus et compétents sont, de nos jours, une ressource précieuse. Mais la santé au travail est d’abord une question de sécurité.

« Un nouveau salarié sera formé au maniement des machines et des tracteurs plusieurs heures avant d’être livré à lui-même, explique Anne-Sophie Basquin, juriste experte social RH & Management chez FDSEA Conseil, dans la Marne. Le risque de retournement sera mentionné dans le DUERP de son entreprise, le document unique d’évaluation des risques professionnels qui référence l’ensemble des risques d’accident du travail et les mesures prises pour les atténuer. Du reste, l’employeur pensera à le mettre régulièrement à jour ».

Une visite médicale est programmée systématiquement par la médecine du travail dans les semaines qui suivent une embauche. Lorsqu’un accident du travail survient, il revient à la MSA d’apprécier l’aptitude du salarié à reprendre son activité ou pas. Et si oui, dans quelles conditions. Il s’agira pas exemple d’interdire le port de charges lourdes, de limiter les stations debout ou de réorienter professionnellement le salarié blessé ou malade. L’employeur sera alors contraint d’aménager le poste de travail de son salarié. Mais s’il montre qu’il est dans l’impossibilité de le faire, il le licenciera.

Pour éviter qu’une telle situation se reproduise, « l’employeur s’interrogera sur le bien-être et la qualité de vie de ses salariés au travail, explique Anne-Sophie Basquin. Il réfléchira par exemple à une nouvelle organisation du temps de travail, avec des temps de pauses adaptés, pour prendre en compte la pénibilité des tâches à effectuer ».

Mieux entretenir le matériel, former ses salariés aux bons gestes et favoriser la rotation des postes de travail font aussi partie des mesures envisageables.

Un salarié en congé longue maladie sera remplacé le temps de son absence (trouver un tractoriste le temps de la moisson est aisé) mais il peut aussi être licencié si l’employeur affirme qu’il ne trouve pas de salarié en CDD compte tenu du profil recherché. Le salarié en congés, qui n’est pas d’accord avec cette décision, portera alors l’affaire aux prudhommes.

Mais si la raison de ce congé est une maladie professionnelle, l’employeur veillera à ce qu’elle ne lui soit pas imputable à tort. Elles apparaissent parfois des années après des expositions aux risques qui en sont la cause.

Attention à l’usage abusif des smartphones

Les risques professionnels évoluent aussi avec le temps. L’usage abusif des smartphones est une source de danger insuffisamment prise en compte. La productivité du travail baisse et le manque d’attention conduit à la faute.

Les employeurs ne peuvent souvent pas interdire leur utilisation. Leur salarié doit être joignable à tout moment. Mais dans le département de la Marne, une jeune tractoriste a défoncé son tracteur en heurtant un poteau électrique. L’usage intensif de son mobile l’avait déconcentrée jusqu’à perdre la maîtrise du tracteur qu’elle conduisait. La jeune tractoriste n’a pas été blessée, mais elle a compris qu’elle avait quand même failli perdre sa vie. Son attitude lui a valu un avertissement !

Prévenir plutôt que guérir, est le meilleur remède pour préserver la santé des salariés et… de leur employeur. Dans le département de la Marne, Anne-Sophie et la MSA organisent l’Agri Tour Santé, une séquence annuelle de quatre demi-journées d’informations durant lesquelles employeurs et salariés sont invités à aborder, durant le temps de travail de leurs employés, différents sujets ayant trait à la santé au travail. Les thèmes abordés portent sur l’alimentation, la fatigue, l’addiction ou encore sur l’appréhension des membres supérieurs (port de charges) et la prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS). Savoir gérer ces facteurs de risques et de santé est un préalable pour améliorer le bien-être et la qualité de vie au travail afin de préserver la santé de ses salariés.