Ce n’est pas si fréquent… On sait, en effet, que les moratoires ou interdictions décidés pour telle ou telle espèce – bernache cravant, coulis cendré, barge à queue noire – ont tendance à se figer pour l’éternité. Les chasseurs ont donc bien accueilli la possibilité de chasser à nouveau la tourterelle des bois. Elle a été autorisée, avant l’ouverture générale, en août dernier, à « poste fixe matérialisé de main d’homme et à plus de trois cents mètres de tout bâtiment ».

La chasse est toutefois – et à juste titre – solidement encadrée. On sait que cette espèce qui arrive d’Afrique pour nicher en Europe est fragile. La disparition des haies lui a porté un rude coup. Il faut donc restreindre les prélèvements. Tout chasseur ayant prélevé un oiseau doit l’enregistrer en temps réel et faire une déclaration sur l’application mobile « chassadapt ». À défaut d’enregistrement, il est en infraction.

Il est aussi invité à procéder, lors de la déclaration de prélèvement, à photographier ses prises.

La fédération nationale des chasseurs (FNC) met à disposition de l’OFB et des FDC une application mobile, « chasscontrol », destinée au contrôle des déclarations.

Un quota de 10 560 oiseaux

La FNC transmet quotidiennement à l’OFB et au ministère les chiffres relatifs au nombre de prises.

Sitôt le quota atteint, la FNC alerte les chasseurs. Et bloque alors les prélèvements sur « chassadapt ». Les fédérations départementales doivent informer immédiatement tous leurs adhérents que les prélèvements sont suspendus.

Toute prise effectuée après l’interdiction sera sanctionnée.

Pour la saison 2025-2026, le quota est fixé à 10 560 tourterelles sur l’ensemble du territoire national.

A-t-on prélevé beaucoup de tourterelles, lors de l’ouverture, en août dernier ?

Notre confrère « Connaissance de la Chasse » a participé à cette journée dans le Médoc, haut lieu de la chasse à la tourterelle des bois. Après avoir suivi une équipe de chasseurs et avant de déguster le magret de canard, grillé sur des sarments, le journaliste a fait la tournée des postes. Cette matinée-là, on a tiré … trois oiseaux. Il faut dire que beaucoup de territoires girondins ont refusé cette ouverture pour des motifs liés à des bisbilles locales. Les chasseurs de sangliers refusaient qu’on dérange les animaux avant l’ouverture générale. Et les « paloumayres » craignaient de voir le plomb s’égarer sur leurs chères palombes …

Des décisions regrettables car, si on veut voir quelques oiseaux, il faut chasser en été. Arrivée en mai, la migratrice tire sa révérence fin août et, à l’ouverture générale, il est bien rare d’en observer encore quelques-unes. C’est d’ailleurs la raison qui plaide en faveur de la réouverture de sa chasse. On sait que, par définition, les prélèvements seront minces.

Une tradition médocaine

Pendant des années, la chasse à la tourterelle des bois a enflammé le Médoc. Les pylônes se louaient à prix d’or. En 1979, Michel d’Ornano, ministre de l’Environnement, décide de l’interdire. Les Médocains font de la résistance. Mais, quelques mois plus tard, la directive « oiseaux » tombe de Bruxelles. Elle interdit la chasse des oiseaux migrateurs pendant leur trajet vers les zones de nidification. Commence alors une interminable bataille juridique. En 1982, Michel Crépeau, nouveau ministre de l’Environnement, donne son feu vert. La période de chasse s’étendra du 1er au 23 mai avec un « couloir de protection ». 3 205 pylônes sont enregistrés. Ils sont répartis sur 44 des 555 communes de Gironde. La zone comprend le Médoc et le Bassin d’Arcachon. Mais les adversaires ne désarment pas et multiplient les procédures. Ils finissent par obtenir gain de cause. En 1999, après un dernier procès en appel, c’est terminé. Les chasseurs printaniers mettent leur fusil au clou. Cela faisait un moment déjà que beaucoup avaient abandonné. Sur les 3 205 pylônes recensés en 1982, il n’en restait plus que 256 en 2000.

La PAC encourage la plantation de haies

Cette interdiction printanière a-t-elle sauvé l’espèce ? Absolument pas. Nous ne cessons de l’écrire dans ces colonnes : le fusil a peu d’impact sur la dynamique d’une espèce. La qualité du milieu est primordiale. Elle commande tout. La modification du paysage rural, avec la destruction des haies, est le principal facteur de la diminution des effectifs. Et l’interdiction de la chasse de printemps n’a pas enrayé la chute. Le fait de rétablir aujourd’hui une chasse estivale – encadrée – n’aura pas impact négatif sur la dynamique de l’espèce. En revanche, la politique agricole commune (PAC) prend maintenant en compte la biodiversité. Les agriculteurs sont encouragés financièrement à replanter des haies. C’est une excellente chose pour notre petit migrateur, car si le milieu retrouve sa capacité d’accueil, l’espèce en profitera.

Pour mémoire, rappelons que la tourterelle des bois chassée au Maroc (arenicola) n’est pas la même que celle qui vient nicher en France (turtur). C’est une sous-espèce. La preuve c’est qu’elle niche là-bas, dans les orangers, pendant l’été, alors qu’à la même époque la nôtre fait son nid dans les haies. L’argument selon lequel les gros tableaux marocains (*) impactent durement nos voyageuses est sans fondement.

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(*) La réglementation s’est heureusement durcie au Maroc depuis quelques années, qu’il s’agisse de la période d’ouverture, des territoires concernés, des quotas et des contrôles.