Les marchés oligopolistiques de commodités sont toujours très réactifs lorsqu’un conflit met en jeu des belligérants, exportateurs majeurs de ces commodités. Les pays importateurs ont peu d’alternatives pour s’approvisionner.
On l’a vu en 2022, quand les prix des céréales avaient explosé car la Russie et l’Ukraine, deux pays exportateurs majeurs de grains, étaient entrés en conflit, paralysant pendant quelques mois les expéditions de grains depuis les ports de la mer Noire vers le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie.
Depuis le début des hostilités entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ce sont les prix des carburants fossiles et des engrais qui ont explosé. Les marchés des céréales sont très calmes. Les prix très faibles ne décollent pas.
Or, dans quelques semaines, s’ouvrira en France la période d’achat des engrais pour la campagne 2026-2027.
Valoriser chaque unité d’azote apportée
Contrairement au phosphore et au potassium, les fertilisants azotés, plus mobiles, ne se stockent quasiment pas dans le sol, ou de manière temporairement captive sous forme de dérivés organiques. Dans un article intitulé « Hausse des prix : faut-il réduire la dose d’azote sur blé ? » paru sur www.arvalis.fr, François Taulemesse, du service Agronomie, Économie, Environnement, s’appuie sur les résultats de 442 essais en champs pour optimiser la fertilisation azotée du blé d’hiver en fonction du prix du kilogramme d’azote et des cours des céréales, toutes conditions de cultures égales par ailleurs.
L’optimum technique (dose d’azote permettant d’atteindre le plein potentiel de rendement) n’est pas toujours confondu avec l’optimum économique : le rendement dégageant la marge nette « azote » optimale se déplace au gré du prix de l’azote et du cours blé récolté.
L’institut Arvalis montre qu’en pratique, en intégrant cette notion d’isomarges, l’optimum économique diffère assez peu de l’optimum technique.
Au voisinage de la dose d’azote précise permettant de maximiser la marge nette, il existe une certaine plage d’équilibre des marges (isomarges) où les variations de chiffre d’affaires et de charges d’engrais se compensent. Ces plages d’isomarges sont une donnée essentielle à prendre en compte dans l’analyse pour sécuriser les optimums techniques et économiques, et donner aux céréaliers une certaine latitude pour maximiser leurs marges en limitant les impacts sur le rendement. En agrégeant les résultats des 442 expérimentations, l’étude d’Arvalis a permis d’établir une matrice précisant les ajustements moyens de doses à envisager afin de viser un optimum technico-économique tout en sécurisant les volumes produits. « Pour utiliser cette matrice, on part du postulat que l’utilisateur se situe déjà à l’optimum technique de fertilisation sans prendre en compte l’objectif de 11,5 % de protéines », explique le chercheur. D’après le graphique, à 1 100 € le prix d’achat de la tonne de l’azote, il faudrait que le prix de vente de la tonne de blé atteigne 210 € pour que les optimums technique et économique soient parfaitement confondus. Aussi, le prix d’achat de l’azote ne justifie pas de modifier significativement la dose totale car les ajustements en réponse aux cours du grain restent très faibles pour rester à l’optimum. Autrement dit, si le blé vaut finalement 190 € la tonne, la marge décroche mais maintenir la dose d’azote reste justifié.
En fait, cette analyse montre que des ajustements de dose significatifs ne se justifient économiquement que lorsque les ratios de prix azote / grain atteignent des niveaux très défavorables.
À 2 000 € la tonne d’engrais, il faut que les cours du grain descendent en dessous de 160 € la tonne pour justifier une baisse de dose de l’ordre de 20 unités d’azote par hectare.
Le levier technique reste ainsi un élément majeur de compétitivité : chaque unité apportée doit être valorisée par la culture. Les bonnes pratiques consistent en calcul précis de la dose totale prévisionnelle, un fractionnement des apports cohérent avec la dynamique des besoins en azote de la culture, et le recours aux outils de pilotage pour s’adapter aux conditions climatiques de l’année.