Récemment, plus de 200 bernaches du Canada ont colonisé le complexe sportif de Draveil en Essonne, contraignant la municipalité à annuler des événements sportifs et à envisager des mesures drastiques.
Les conséquences sont désastreuses pour les activités sportives locales. Catherine Guillou, présidente du Draveil Football Club, témoigne : « On a été obligés d’annuler des plateaux officiels. On avait commencé à nettoyer les excréments, mais il y en avait tellement… »
Les déjections massives et considérées comme toxiques jonchent désormais la pelouse, la piste d’athlétisme et dégagent une odeur nauséabonde, rendant les lieux impraticables pour les clubs sportifs et les écoles du secteur.
Les tentatives d’effarouchement se sont révélées inefficaces car les oies se sont habituées à la présence humaine : elles ignorent les coureurs et reviennent peu de temps après avoir été chassées.
Même les équipements sonores installés pour les apeurer n’ont pas eu d’effet, car elles se sont rapidement accoutumées au dispositif.
Face à l’urgence sanitaire, après plusieurs mois de signalements, le maire de la commune a saisi la préfecture. Il s’est entretenu avec le louvetier départemental pour explorer les solutions disponibles, incluant la destruction des œufs et/ou l’organisation de battues.
Les services préfectoraux ont confirmé que « la préfète a demandé l’intervention des lieutenants de louveterie pour mettre en œuvre des actions de régulation ».
Cette situation n’a rien d’exceptionnel. Un peu partout, sur les espaces publics, la grande oie noire prolifère.
8 000 individus en France
Mesurant près d’un mètre de long et avec une envergure située entre 150 et 180 cm, la Bernache du Canada est la plus grande oie d’Europe. Elle est aisément identifiable à son cou et sa tête noire qui tranchent avec sa gorge et ses joues blanches.
Comme son nom l’indique, elle est originaire d’Amérique du Nord. Introduite en Europe à partir du XVII ème siècle comme oiseau d’agrément, elle s’échappa des enclos et des parcs. Dotée d’une grande capacité d’adaptation, l’oie a fini par s’installer un peu partout en Europe, du Nord (Scandinavie) au Sud (Espagne), et de l’Est (Russie) à l’Ouest (France).
Les 8 000 individus présents sur le territoire sont répartis dans 57 départements, mais plus de 60 % des effectifs se situent dans les régions Île-de-France et Centre.
En Amérique du Nord, son pays d’origine, c’est l’un des gibiers préférés des sauvaginiers. La population est estimée là-bas à 8 millions d’individus et les prélèvements sont de plusieurs dizaines de milliers. Au Canada et au Québec, les dégâts sont moindres, car les espaces sont immenses. C’est une chasse populaire qui se déroule sur les prairies et autres lieux de gagnage. Pour « pogner » l’oie, comme on dit au Québec, on s’installe dans un affût après avoir placé devant plusieurs dizaines de formes. Le « banc » d’oies est attiré par les « call » de spécialistes de l’appeau. Ils peuvent interpréter toutes les gammes de chant pour les amener doucement à se poser à proximité des formes. Il est aussi fréquent d’agiter un chiffon noir fixé sur une perche pour imiter le vol de l’oiseau en phase d’atterrissage. On tire, au commandement, avec des fusils semi-automatiques chargés à la grenaille d’acier. Et les tableaux peuvent être spectaculaires. Notons que nos amis appellent fréquemment l’oiseau « outarde », pour des raisons qui restent mystérieuses. Certes l’oie blanche est plus prestigieuse mais personne ne boude son plaisir quand les oiseaux noirs déroulent leurs vagues sur les nuages et que le vol prend la direction des formes.
Protégée « de facto »
En France, cette bernache qui ne craint plus l’homme s’installe partout : parcs et jardins publics, espaces verts, terrains de sport. Bien que chassable, elle est « de facto » protégée puisque l’on ne chasse pas sur un terrain de foot, une pelouse ou un parc.
Bien embêté, l’Office Français de la Biodiversité rame. Dans une étude consacrée à l’oiseau, on lit ceci : « une large gamme de mesures est entreprise pour tenter d’enrayer l’augmentation des populations de bernaches du Canada en France. Si aucune d’elles ne permet actuellement d’envisager une éradication à l’échelle du territoire national à court terme, la mise en place de méthodes de gestion des habitats dans les parcs et jardins urbains, combinée à des actions d’euthanasie dans les zones de nuisances et à une augmentation de la pression de chasse dans les zones rurales, devrait permettre de parvenir rapidement au moins à une stabilisation, voire à une diminution. » Vœux pieux. L’augmentation de la pression de chasse ne freinera pas son développement ; l’euthanasie soulèvera les protestations des animalistes et de la LPO ; la gestion des habitats est une formule creuse. D’ailleurs, l’OFB lui-même est dubitatif : « devrait permettre » … Ce conditionnel montre que rien n’est moins certain. Il est acquis que lorsqu’une espèce prolifère, rien ne peut entraver la progression. On l’a vu avec le sanglier, bien sûr, mais aussi avec le cormoran ou les goélands.
Le seul aspect positif du phénomène est que la chasse, perçue comme régulatrice, aura gagné localement quelques points dans l’opinion.