Que valent les prévisions de l’USDA et du CIC pour la campagne céréalière 2026-2027 ? Les farmers américains ajustent inopinément leur sole de maïs pour réduire l’emploi d’engrais hors de prix. Dans l’hémisphère sud, en pleine période de semis hivernal, les agriculteurs ont eu toute la latitude de revoir leur assolement pour limiter leurs coûts de production. Et en Océanie, le retour de l’El Nino et ses conséquences agronomiques sont d’ores et déjà redoutés.
Par ailleurs, les prix des grains sont complètement déconnectés des coûts de production depuis le début du mois de juillet 2025. La crise du Golfe Persique a aggravé l’effet de ciseaux prix-charges négatif observé depuis 2023. À ce jour, une tonne d’urée vaut 3,5 fois une tonne de blé, alors qu’avant 2022, le ratio était de 2,3 ! Mais comparé au conflit russo-ukrainien, le blocus persique a peu d’incidences sur les échanges commerciaux de céréales.
Fin d’une ère de surabondance
Toutefois, le nouveau rapport de l’USDA a fait réagir les marchés dès sa parution le 12 mai dernier. Il annonce la fin d’une ère de surabondance.
À Rouen, la tonne de blé cotait soudainement 212 €. Depuis, elle vaut plus de 200 €. Mais la parité du dollar à 1,18 euro affaiblit l’inflation des cours observée outre-Atlantique.
En fait, l’institut américain anticipe une production mondiale de blé de 819 millions de tonnes (Mt) en 2026-2027, inférieure de 24 Mt à celle de la campagne qui s’achève (843 Mt). Mais en moissonnant seulement 374 Mt, les principaux pays exportateurs de blé récolteraient 44 Mt de grains en moins.
Les États-Unis sont partis pour n’engranger que 42 Mt de blé, soit 12 Mt de moins qu’en 2025. Et l’USDA estime la production européenne à 136 Mt, en repli de 9 Mt sur un an tout en restant dans la moyenne des campagnes précédentes.
En France, les conditions de cultures sont toutefois toujours bien meilleures que l’an passé à pareille époque. FranceAgriMer les notent bonnes à très bonnes à 80 % à l’échelle nationale. Près de 40 % des blés sont au stade épiaison avec deux semaines d’avance. Les fortes chaleurs du mois d’avril ont accéléré le développement des cultures.
Enfin, la production mondiale 2026-2027 de blé serait mieux répartie que la précédente. Les pays structurellement déficitaires en Afrique du Nord (23 Mt) et au Moyen Orient (48 Mt) en engrangeraient 16 Mt de plus que l’an passé.
L’USDA anticipe une récolte mondiale de céréales secondaires de 1 588 Mt, inférieure de 18 Mt à l’an passé. Mais pour cette catégorie de grains, la viabilité des prévisions questionne, surtout celle portant sur le maïs.
Actuellement, l’institut américain estime la production de maïs à 1 295 Mt, versus 1 312 Mt en 2025-2026. Le différentiel étasunien est à lui seul de 26 Mt (406 Mt versus 432 Mt).
Or, la culture gourmande en intrants, est chère à produire et la conjoncture n’a jamais été aussi imprévisible.
Dans l’hémisphère nord, la période de semis est loin d’être achevée. En Ukraine, le prix des engrais dissuade de planter.
Les agriculteurs français cultiveront seulement 1,38 million d’ha (Mha) de maïs, soit 0,17 Mha de moins que l’an passé, selon Agreste, la statistique agricole. À l’échelle de l’Union européenne (8,3 Mha), le repli surfacique est de 0,2 Mha.
En Argentine, au Brésil et en Afrique du Sud, la campagne de semis du maïs ne débutera que dans six mois et peut réserver des surprises.
Pour l’orge, la prévision de l’USDA est aussi viable que celle du blé puisque sa culture est concentrée dans l’hémisphère nord. En 2026-2027, sa production mondiale (155 Mt) croîtrait légèrement (+1 Mt). Là encore, moins de grains seront engrangés dans les pays exportateurs majeurs (Union européenne, Russie) mais de meilleures récoltes sont attendues dans le bassin méditerranéen et moyen-oriental (20 Mt ; +8 Mt).