Pourriez-vous rappeler ce qu’est la CIBE et quelles ont été ses actions marquantes ces dernières années ?
À Bruxelles, la CIBE a le même rôle que la CGB en France. Son champ d’action couvre aussi bien la défense des moyens de production, que la PAC ou encore la gestion des marchés.
Parmi nos actions récentes les plus marquantes, il y a la suspension du régime de perfectionnement actif (RPA), qui prendra effet le 27 mai, et qui pourrait avoir des répercussions très positives sur le prix du sucre européen. C’est le fruit d’une action collective où la CIBE, avec l’ensemble de la filière, a énormément travaillé avec le commissaire Christophe Hansen.
Un deuxième exemple concerne le plafonnement à 100 000 tonnes de sucre du contingent d’importations ukrainien, obtenu après plusieurs interventions auprès de la DG Agri. La Commission européenne avait décidé d’ouvrir totalement le marché, alors qu’avant la guerre, l’Ukraine ne pouvait exporter que 20 000 tonnes annuellement sans droits de douane. C’était open bar pour l’Ukraine qui en a bien profité. Les volumes importés sont alors montés jusqu’à 500 000 tonnes de sucre par an, ce qui a eu des conséquences désastreuses sur le marché européen.
Je me suis d’ailleurs rendu en Ukraine pour expliquer à nos interlocuteurs notre position et préparer l’avenir. Il faut apprendre à se connaître, car l’éventualité d’une intégration future de l’Ukraine dans l’UE serait un sujet majeur pour l’agriculture.
Comment se compose la nouvelle équipe ?
Je vais travailler en tandem avec un agriculteur néerlandais, Arwin Bos, qui est aussi président de la coopérative Cosun. La commission économique, que je présidais jusqu’ici, le sera par Bernhard Conzen (Allemagne) et Hendrik Vandamme (Belgique), tandis que Krzysztof Nykiel (Pologne) et Luigi Maccaferri (Italie) piloteront le comité technique et de contrôle des réceptions de la CIBE.
Quel est votre programme ?
Mon objectif est de reconstruire une véritable politique sucrière européenne. Tout va à vau-l’eau depuis l’arrêt des quotas en 2017 : 21 sucreries ont été fermées en Europe, les agriculteurs doutent, ils s’interrogent sur la place de la betterave dans leur rotation. La betterave ne paie plus et elle est devenue très complexe à cultiver : on ne sait plus gérer les insectes, le désherbage… On va dans le mur. Il faut faire table rase et repartir d’une feuille blanche avec la nouvelle PAC 2028.
Quels seraient les leviers pour cette nouvelle politique sucrière ?
Gérer l’offre plutôt que subir le marché ! Je défends plusieurs pistes : l’amélioration du suivi des marchés pour être plus réactifs face aux importations, la mise en place de mécanismes de stockage privé, le contrôle plus réactif des importations ou encore le développement de l’éthanol pour agir comme une soupape de sécurité en cas d’excédents de sucre, comme le font les Brésiliens. Et puis aussi maintenir l’encadrement contractuel.
Certains modèles peuvent nous inspirer, comme les quotas de commercialisation et d’importation aux États-Unis, le prix minimum garanti sur la canne en Inde, les stocks publics et le contrôle des importations en Chine, le partage de la valeur par accord interprofessionnel et l’encadrement du prix de l’éthanol au Brésil ou un prix minimum garanti pour les planteurs, ainsi qu’un partage de la valeur réglementée en Thaïlande.
Pensez-vous voir une bonne écoute à Bruxelles sur ce sujet ?
Oui je le pense. La suspension du RPA montre que la DG Agri commence à se rendre compte des effets pervers de l’arrêt des quotas. Elle prend conscience de la fragilité du système.
Je viens de le dire, toutes les grandes régions du monde ont une politique sucrière forte. Il ne reste plus que l’Europe et Cuba sans véritable politique sucrière. On voit ce que cela a coûté à Cuba, qui est passé d’une production de 8 Mt dans les années 1970 à 200 000 tonnes de sucre actuellement. Cela me fait mal de nous comparer à Cuba.
Il faut profiter de la mise en place de la future PAC et de la révision de l’OCM pour rebâtir une stratégie européenne. Nous avons un commissaire européen qui est à l’écoute et volontaire. Il y a une fenêtre de tir, il faut la saisir.
Et comment pensez-vous défendre les produits phytosanitaires ?
C’est un combat quotidien. Un produit comme le Betanal est menacé. On ne sait pas si on l’aura encore en 2027 dans l’UE. La CIBE continuera à faire du lobbying pour garder nos moyens de production.
Malgré ces défis, quels sont les atouts de la betterave européenne ?
Notre force principale est notre climat, qui reste favorable dans beaucoup de régions. De plus, nous avons fait énormément d’efforts pour améliorer nos pratiques et la production betteravière européenne est toujours plus vertueuse sur le plan environnemental. L’Europe est le continent de l’excellence environnementale. Pour peu que l’on arrête de nous mettre des bâtons dans les roues, nous pouvons redevenir compétitifs.
Je ne prends pas la présidence de la CIBE seulement pour gérer des problèmes. Je la prends parce que je crois que nous pouvons reconstruire une filière européenne résiliente et ambitieuse. C’est aujourd’hui qu’il faut réagir.