Voyez notre hérisson. Supprimez les piquants – à l’exception d’une bande dorsale – remplacez-les par des poils. Allongez le museau et vous avez le tangue, un animal fouisseur originaire de Madagascar et introduit aux Seychelles, aux Comores, à Maurice et sur l’île de la Réunion. Le tangue (Tenrec ecaudatus) a été décrit pour la première fois en 1777. Il fait partie de la famille des Tenrecidae qui compte 31 espèces. Notons que s’il ressemble au hérisson, il est génétiquement plus proche de … l’éléphant !

Ces animaux mesurent entre 26 et 39 cm pour un poids chez les individus sauvages se situant entre 148 g et 430 g. Les captifs, ayant une tendance à l’obésité, peuvent eux atteindre 2,4 kg. Cette espèce est insectivore et se nourrit de larves de coléoptères, de vers de terre, de grenouilles et d’escargots. Une seule portée annuelle, mais forte de 25 à 30 jeunes, en fait une espèce prolifique. Cet animal nocturne somnole pendant la journée dans son terrier. Après le coucher du soleil, il part en maraude pour se nourrir et revient dans son logis aux premières heures du jour.

Les jeunes sont aptes à se reproduire dès la saison de reproduction suivante et la durée de vie est de 4 à 5 ans. Chasser cet animal peut surprendre. C’est un peu comme si, en métropole, on chassait le hérisson. Mais, sur l’île de la Réunion, c’est plus qu’une passion, l’animal fait partie de la culture locale. Petits et grands s’y adonnent avec d’autant plus d’enthousiasme que l’animal est – paraît-il – délicieux et que pour rien au monde on ne raterait un cari de tangue !

À La Réunion, la chasse est pratiquée par près de 1 600 personnes. Rappelons que l’on chasse aussi le lièvre à collier noir, le faisan, la tourterelle pays, le francolin, la caille patate, la caille rouge, la caille de Chine, la caille pays et le cerf de Java.

Contrôles

Cette année, la saison de chasse est ouverte du 15 février au 15 avril 2026, une période attendue par les chasseurs locaux, mais également un moment clé pour rappeler les bonnes pratiques. Espèce emblématique du patrimoine culturel de La Réunion, le tangue doit être préservé. Il est donc essentiel de respecter strictement la réglementation en vigueur afin de concilier tradition et bonne santé de l’espèce. Pour qu’on ne l’oublie pas, le jour de l’ouverture les agents de l’Office Français de la Biodiversité, de l’Office National des Forêts (ONF), du Parc National de La Réunion, des louvetiers ainsi que de la Fédération Départementale des Chasseurs de La Réunion ont procédé à des contrôles.

Résultat : 972 tangues prélevés, 245 véhicules et 348 personnes contrôlés, une trentaine d’infractions, 25 contraventions de 4ᵉ classe et 6 de 5ᵉ classe.

La chasse se pratique à 90 % sur les lots de l’ONF qui concède le droit de chasse par la vente de licences individuelles.

Il s’agit d’une quête dans la nature. À la pointe du jour les chasseurs et leurs chiens partent en forêt. Il y a évidemment des coins à tangues et chacun connaît les bonnes remises. Une fois lâchés, les chiens fouillent le sous-bois et, quand ils sentent la présence du gibier dans une excavation, marquent l’emplacement et aboient. Ils rameutent les participants qui viennent porter main forte. La chasse se pratique entre amis, en petits groupes, des équipes qui se retrouvent année après année et prennent plaisir à une chasse où la bredouille n’existe pratiquement pas. Le gibier reste abondant car la réglementation est stricte et même si le braconnage sévit, l’espèce se porte bien.

50 000 pièces chaque année

Acculé, le tangue n’a pas la défense du renard ou du blaireau. Pour se défendre il peut mordre avec ses petites dents et c’est la raison pour laquelle on porte des gants. On l’attrape délicatement par le cou et on le place dans une grande musette en toile. Compte tenu de l’abondance du gibier, la chasse est fructueuse et il n’est pas rare de prendre une quinzaine de pièces dans la matinée. Avant de les tuer, on les sélectionnera, car il est interdit de prélever les femelles ainsi que les jeunes non sevrés, reconnaissables à la présence de cinq bandes claires longitudinales.

Notons aussi que l’utilisation d’outils pour la fouille est interdite, à l’exception de la machette qui est tolérée. Un plan de gestion cynégétique a été mis en place dans le département rendant obligatoire le port, le remplissage et le retour d’un carnet de prélèvements. La récolte annuelle est de l’ordre de 50 000 animaux.

On estime que le prélèvement illégal est au moins équivalent au prélèvement légal.

Une fois rentrés à la maison, on s’active pour préparer un plat de fête. Une fois ébouillanté, on racle l’animal pour ôter les poils. Puis on le vide, on le coupe en morceaux, on les fait mijoter longuement dans un caquelon avec des épices, des oignons, de l’ail, du poivre, des tomates.

Il ne reste plus qu’à servir le cari, accompagné de riz, à la famille et aux amis. Les morceaux sont disposés sur de grandes feuilles de bananier et on mange avec les doigts.

Et le goût ? Voici l’avis de Jane Cozette, directrice de la fédération : « C’est bon si c’est bien cuisiné, sinon ça peut vraiment être mauvais ! » Bon appétit.