Gestion des cordons de déterrage
Les résidus de racines après déterrage sont des réservoirs viraux pouvant émettre des feuilles qui seront sources de contamination. Sur 16 repousses de betteraves prélevées dans un cordon de déterrage le 10 janvier, 7 plantes étaient positives à au moins un virus de la jaunisse. Les premiers pucerons qui apparaitront au printemps pourront s’y nourrir, se charger en virus et contaminer les betteraves.
Si ces résidus n’ont pas été épandus puis enfouis dans la parcelle à l’automne dernier, il est fortement recommandé de limiter la pression virale en retournant les andains de déterrage en période de gel ou lorsque la terre est suffisamment sèche et maniable. Une autre solution est d’appliquer du glyphosate à la dose maximale de 1080 g/ha avec les produits Crédit Xtreme, Gallup 360-K, Krypt 540, Roundup Dynamic.
La même attention doit être portée à la gestion des betteraves fourragères, en particulier si des silos restent présents dans les cours des fermes. Des études conduites aux Pays-Bas ont montré le risque que présentaient ces silos si les betteraves fourragères sont virosées.
Gestion des repousses dans les céréales implantées après betteraves
Les situations à risque sont les parcelles avec de la jaunisse en 2022 et les parcelles non labourées avant l’implantation des céréales.
Dans ces situations, il est recommandé de vérifier si des repousses de betteraves ont survécu aux températures froides de l’hiver et aux désherbages d’automne. En présence de repousses, il convient d’appliquer fin mars-début avril un anti-dicotylédone.
Différents produits sont efficaces sur repousses de betteraves, parmi lesquels :
– Aligator, Allié Star SX, Harmony M SX, Pragma SX, Atlantis pro (HRAC 2)
– Bofix, Ariane new, Starane 200, Chardol 600, Lonpar, Omnera LQM, Zypar (HRAC 4)
Vérifier les usages de chaque produit en fonction de la culture en place.
Autres réservoirs ?
Il n’est pas exclu que des adventices constituent également des réservoirs viraux. Les virus de la jaunisse ont par exemple été détectés dans des plantes de matricaire, fumeterre, laiteron, séneçon, arroche, lamier pourpre… Il est d’ailleurs bien connu que le puceron vert du pêcher est très polyphage : il peut se nourrir de la sève d’un grand nombre d’espèces de plantes. Néanmoins, la population de Myzus persicae est composée de nombreux clones, chacun étant hébergé de façon privilégiée sur certaines espèces végétales. Ainsi, il existe des clones de pucerons mieux adaptés à la betterave que leurs congénères qui préfèreront se nourrir sur d’autres espèces de plantes. Ces dernières ne constitueront pas un réservoir viral pour les pucerons vecteurs des jaunisses de la betterave. Pour comprendre la complexité des cycles épidémiques des pucerons et des virus, les projets de recherche en cours (voir encadré), visent à identifier l’ensemble des espèces de plantes qui partagent les mêmes clones de pucerons que la betterave, afin de préciser les réservoirs de pucerons dans un premier temps, puis de virus dans un second temps.
Deux projets du PNRI visent à identifier les réservoirs des pucerons vecteurs des jaunisses et ceux des virus. Ils reposent sur un échantillonnage intensif de pucerons et de plantes potentiellement hôtes de virus pendant l’hiver et en période de colonisation de la culture de la betterave.
En 2022, la campagne d’échantillonnage a été conduite sur des plantes cultivées et non cultivées dans l’environnement adjacent de parcelles de betteraves et juste avant l’émergence des jeunes plants de betterave. La question d’un cycle épidémique au sein de la culture de betterave a émergé, avec une attention particulière pour les betteraves susceptibles de passer l’hiver et de maintenir un inoculum de virus toute l’année (betteraves pour la production de semences, repousses de betteraves dans les parcelles qui suivent la culture, repousses dans les cordons de déterrage…). En 2023, le plan d’échantillonnage va donc s’intensifier pour prendre en compte cette problématique et quantifier le risque lié à ces réservoirs potentiels.


