La politique agricole sera un des grands enjeux des élections européennes. A fortiori pour les agriculteurs, dont l’activité est directement impactée par les décisions de Bruxelles. Les 81 députés européens qui seront élus en France (sur 720 au total), peuvent peser à l’occasion des trilogues avec la Commission et le Conseil, lors des prises de décision.

Alors, quel projet agricole les différents candidats proposent-ils pour les 5 ans à venir ?

Le Betteravier français a contacté les référents agricoles de 8 partis politiques en lice. Notre choix s’est porté sur les groupes politiques susceptibles de passer la barre des 5 %, seuil nécessaire pour obtenir des sièges au Parlement européen. Seule exception, nous avons aussi interrogé l’Alliance rurale, qui compte une dizaine d’agriculteurs sur sa liste.

Ainsi, chaque candidat référent agricole expose les priorités de son parti politique. Et nous les avons sollicités sur les thèmes qui préoccupent particulièrement les betteraviers, comme l’avenir du Green Deal (pacte vert), la compétitivité, la répartition des aides, la stratégie phytosanitaire ou les accords de libre-échange.

La lecture des réponses dessine des orientations qui pourront nourrir notre réflexion avant d’aller voter.

LES PROGRAMMES :

Le sanglier et la moissonneuse
©Les Républicains

Les Républicains : Abroger les textes qui nuisent aux agriculteurs

« La PAC doit cesser de porter un objectif de décroissance et revenir à son objectif originel qui consiste à nourrir les Français et les Européens », estime Céline Imart, ancienne vice-présidente des JA. Les élus LR veulent augmenter le budget de la PAC, notamment les aides directes pour maintenir une forte production agricole. Il faut consacrer davantage de fonds du second pilier à la recherche et à l’innovation pour développer des alternatives aux pesticides et aux produits phytosanitaires, et favoriser les nouvelles techniques génomiques (NGT).

« Nous proposons un moratoire sur toute nouvelle norme pour la prochaine mandature, notamment pour le secteur agricole », insiste Céline Imart.

Les Républicains vont exiger des clauses miroirs dans les accords de libre-échange et garantir leur application effective. « Nous ne devons donc plus accepter l’entrée sur le territoire de l’Union européenne de produits agricoles qui ne correspondent pas aux mêmes standards environnementaux que ceux de l’UE ou les taxer très fortement. Aucun nouvel accord commercial ne devrait être signé s’il met en péril les intérêts agricoles de l’Union et de la France et nous demandons une revue générale de tous les accords existants. »

Enfin, Céline Imart veut protéger les agriculteurs contre l’agribashing, favoriser la compétitivité et la transmission des exploitations par une suppression de toute fiscalité sur les donations et les successions, lorsque le capital de l’exploitation reste dans le patrimoine familial.

Référent agricole : Céline Imart

Positionnement sur la liste : 2e

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Le sanglier et la moissonneuse
©Renaissance

Renaissance : Encourager le renouvellement des générations

L’urgence est d’alléger les charges qui pèsent sur les agriculteurs, tout en restant en phase avec les objectifs globaux du Green Deal. Selon Jérémy Decerle, ancien président des JA, « les écorégimes sont des aides plus efficaces que l’écologie punitive. Il faut continuer dans cet état d’esprit, mais il faut renforcer la dimension économique et la capacité de la PAC à structurer des filières pour aller chercher de la valeur ajoutée. » Pour le groupe Renew, la future PAC devrait permettre une répartition équitable des coûts liés à la transition écologique entre les agriculteurs et le reste de la chaîne de valeur agroalimentaire. Concrètement, il s’agirait d’adopter un Égalim européen.

« On poussera les aides vers les actifs agricoles, sans supprimer les aides à l’hectare », ajoute Jérémy Decerle, qui estime aussi qu’« on ne réussira pas sans soutenir le renouvellement des générations. »

Renaissance veut améliorer la procédure d’approbation des substances actives des produits phytos. « Quand un produit est interdit dans un pays, il doit l’être dans tous les autres. Même chose pour les mises sur le marché », affirme Jérémy Decerle, qui souhaite mettre en œuvre rapidement le règlement sur les nouvelles techniques génomiques (NGT).

Sur les accords commerciaux, « la délégation française du groupe Renew veut pousser les clauses miroirs, la réciprocité et le juste échange. »

Référent agricole : Jérémy Decerle

Positionnement sur la liste : 14e

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Le sanglier et la moissonneuse
©La France Insoumise

La France Insoumise : Garantir des prix rémunérateurs

« Mettre la PAC au service de l’agriculture paysanne et du bien-être animal », affiche le programme de LFI. Concrètement, il s’agit de garantir des prix rémunérateurs aux agriculteurs et d’encadrer les marges de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution. « La PAC est mal orientée, il faut redistribuer l’argent vers les petits producteurs, passer du système d’aides à l’hectare à un système d’aides à l’actif intégrant des critères sociaux et environnementaux », résume Muriel Pascal, apicultrice en Lozère. Et passer d’une logique de production agricole destinée à l’export à un modèle de souveraineté alimentaire.

LFI veut mettre fin aux accords de libre-échange et stopper définitivement les négociations avec le Mercosur. « Je veux me battre contre les accords de libre-échange prédateur de la valeur ajoutée », déclare Muriel Pascal.

Concernant les phytosanitaires, LFI veut « établir un plan de sortie de l’ensemble des pesticides de synthèse et des engrais chimiques dangereux pour l’environnement et la santé humaine. » Le parti refuse tout assouplissement de la réglementation sur les NGT, qualifiés de nouveaux OGM. Enfin, LFI souhaite « interdire les agrocarburants qui entrent en compétition avec la production agricole à destination de l’alimentation humaine. »

Référent agricole : Muriel Pascale

Positionnement sur la liste : 15e

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Le sanglier et la moissonneuse
©Social Écologie & Place Publique

Parti socialiste – Place publique : Refonder totalement la PAC

« La récente crise agricole montre les impasses de la PAC actuelle face à la mise en concurrence généralisée des agriculteurs en Europe et à l’échelle mondiale. Le système basé sur les aides à l’hectare, en vendant les produits sur les marchés mondiaux, ne permet pas d’assurer un juste revenu des agriculteurs, estime Christophe Clergeau. Aujourd’hui, il faut refonder totalement la PAC et reboucler les soutiens publics sur des critères d’emploi, de qualité des produits et de services écologiques rendus à la société. Il faut que l’agriculture fasse vivre l’ensemble des territoires avec la chaîne de valeur de l’agroalimentaire et du non-alimentaire ». Le PS veut favoriser l’organisation collective en agriculture et la contractualisation. Il accorde beaucoup d’importance aux outils de régulation de marché : « leur affaiblissement depuis 30 ans a profondément déstabilisé de nombreuses filières, y compris le démantèlement des quotas », estime Christophe Clergeau.

Afin de nourrir les Européens avec de l’alimentation produite localement, le PS veut faciliter l’installation et maîtriser le foncier. « On a aussi besoin d’innovations au service de la transition agroécologique ».

Enfin, le PS veut aligner les normes des produits importés sur celles de l’UE en imposant des mesures miroirs aux frontières.

Référent agricole : Christophe Clergeau

Positionnement sur la liste : 5e

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Le sanglier et la moissonneuse
©Reconquête

Reconquête : Sortir du pacte vert

« Reconquête souhaite sortir du pacte vert. C’est une idéologie qui nous mène vers la décroissance et le monde agricole commence à en subir les effets, estime Olivier Cleland, qui est un producteur de betteraves. Nous sommes pour l’autonomie au niveau de la France et la possibilité de produire pour d’autres nations. Au niveau céréalier, nous avons aussi un rôle à jouer au niveau mondial. Or, le retrait des produits phytosanitaires, sans avoir de solutions, a pour conséquence une baisse de la productivité et de la qualité alimentaire.»

Reconquête veut arrêter la surtransposition des normes françaises et appliquer le principe « pas d’interdiction sans solution ». Concernant les NGT, le parti suit l’avis de l’Inrae : « on n’est pas contre, mais il ne faut pas court-circuiter les étapes. »

Olivier Cleland juge que la PAC est devenue « une usine à gaz avec les écorégimes qui vont à l’encontre de l’agronomie. » Reconquête veut redonner de la liberté aux agriculteurs et prône une PAC basée sur la productivité. Sans oublier son budget qui « a été divisé par 2 depuis 2010. La PAC est la variable d’ajustement au niveau de l’Europe pour financer d’autres politiques », déplore l’agriculteur.

Enfin, les accords de libre-échange sont un sujet majeur. Et de plaider pour « une exception agricole ».

Référent agricole : Olivier Cleland

Positionnement sur la liste : 56e

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Le sanglier et la moissonneuse
©Rassemblement National

Rassemblement National : Garantir une rémunération digne

« Le projet du Rassemblement national est de soutenir nos agriculteurs, en leur garantissant une rémunération digne et en leur permettant de vivre de leur travail, résume Valérie Deloge, éleveuse d’ovin en Saône-et-Loire. Nous voulons remettre des aides nationales en plus en simplifiant les modalités d’attribution des aides de la PAC ». Le RN veut aussi instaurer une grande loi « Mangeons français » pour accorder la priorité d’accès aux marchés publics pour les producteurs.

Sur les phytosanitaires, « nous ne voulons pas d’interdiction de produits, si l’on n’a pas d’alternative bon marché. » Le RN veut remettre en cause la stratégie de décroissance « De la ferme à la fourchette », décréter une pause réglementaire, imposer le principe de réciprocité dans le commerce et refuser tout nouvel accord de libre-échange déloyal. Il propose d’exclure l’agriculture des traités multilatéraux de libre-échange, notamment avec de grandes puissances agricoles. En résumé : « mettre en place l’exception agriculturelle ». Le RN refuse aussi l’élargissement de l’UE aux Balkans, à la Turquie et à l’Ukraine, « qui ruinerait notre agriculture et exercerait une pression à la baisse sur le salaire des Français. »

Référent agricole : Valérie Deloge

Positionnement sur la liste : 20e

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Le sanglier et la moissonneuse
©Europe écologie les verts

Les Écologistes – EELV : Des aides par unité de main-d’œuvre

« Les Écologistes recherchent la quadruple performance, c’est-à-dire une agriculture qui préserve le revenu, la santé et la biodiversité, conforme aux attentes sociétales et qui satisfait la souveraineté alimentaire », déclare Benoît Biteau, agriculteur et eurodéputé sortant. Pour répondre à ces objectifs, « il faut sortir des aides par unité de surface, car 80 % des aides vont à seulement 20 % des agriculteurs, ce qui est injuste. Il faut des aides par unité de main-d’œuvre. L’écoconditionnalité est la grande oubliée de cette PAC. Si on veut préserver la productivité, il faut travailler sur l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique. Demain, les aides PAC devraient prendre la forme de paiements pour services environnementaux. »

Benoît Biteau rappelle que les Écologistes ont toujours défendu les clauses miroirs à Bruxelles et qu’ils n’ont jamais voté pour les accords de libre-échange.

« Les NGT, ce sont des OGM. C’est clair et c’est ce qu’a dit la Cour de Justice européenne le 25 juillet 2018. On nous fait des promesses mirobolantes, mais on n’a jamais eu que des variétés tolérantes aux herbicides ! On libère le brevetage du vivant et on le met dans les mains de deux grands groupes mondiaux. »

Référent agricole : Benoît Biteau

Positionnement sur la liste : 6e

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Le sanglier et la moissonneuse
©L’Alliance Rurale

L’Alliance rurale : Contre une PAC punitive

« Nous voulons des mesures simples et compréhensibles », déclare Charles-Henri Bachelier, le directeur de campagne de l’Alliance rurale. Nous présentons une liste composée de femmes et d’hommes de bon sens, qui seront la voix des territoires oubliés par la France et matraqués par l’Europe ». Emmenée par Jean Lassalle, la liste compte aussi le président des chasseurs Willy Schraen (N°3) et plusieurs dizaines d’agriculteurs.

« Toutes les surnormes détruisent notre pouvoir d’achat, nos cultures, nos métiers sous l’alibi écologique. Le sucre est un bon exemple : alors qu’on était le champion du monde, on va en faire venir du Brésil. »

Concernant le Green deal, l’Alliance rurale veut un arrêt immédiat des baisses de production pour favoriser la souveraineté alimentaire. Elle propose un moratoire de 10 ans sur les interdictions des molécules et afin de donner le temps à la recherche de trouver des alternatives. Pour cela, un plan d’investissement européen de 100 milliards sur 20 ans devrait permettre de trouver des solutions durables. Le parti milite pour la fin du statut d’espèce protégée pour le loup et veut autoriser l’autodéfense avec tirs létaux pour tous les éleveurs.

Référent agricole : Agathe Raimbert

Positionnement sur la liste : 6e