Vous avez rencontré la CGB le 23 février au Salon de l’agriculture. Pourquoi ?
Je suis élue des Yvelines et d’une région qui produit des céréales et des betteraves. Je suis consciente de l’impact qu’a eu la jaunisse en 2020 sur les productions et le moral des planteurs. J’ai toujours tenu le même discours, affirmant qu’il n’y aurait pas d’interdiction sans solution, pour ne pas fragiliser une filière d’excellence, qui produit du sucre et de l’éthanol. Pour l’acétamipride, l’objectif est de suivre les préconisations du Conseil constitutionnel, qui ne s’est pas positionné contre la réintroduction de la molécule, mais a indiqué que celle-ci devait se faire sous certaines conditions.
Une nouvelle pétition s’oppose déjà à cette réintroduction et recueille aujourd’hui plus de 370 000 signatures…
L’enjeu est de permettre une meilleure compréhension de ce que cette réautorisation implique. Nous n’avons pas réussi à le faire auprès d’une partie des Français, notamment à cause de l’agribashing, qui hélas jette un soupçon sur chaque pratique, chaque décision et conduit à considérer que les agriculteurs font mal leur métier et que la terre les empoisonne. Nous devons accompagner cette démarche de pédagogie. Aucune transition ne se fera dans la défiance, la culpabilisation ou l’injonction permanente. On ne peut pas demander aux agriculteurs de nourrir la nation et, dans le même temps, les traiter comme des suspects permanents.
Nous ne pouvons pas nous désarmer d’un point de vue de la souveraineté alimentaire, qui nous condamnerait à devenir des importateurs nets. Avoir une vraie ferme France implique de produire aussi des céréales et des betteraves. Si nous ne le faisons pas, d’autres ne s’en priveront pas. Nous pouvons gagner cette bataille de la pédagogie, pour maintenir le lien entre les agriculteurs et les citoyens. Ils sont d’ailleurs nombreux à affirmer soutenir le monde agricole, en venant au Salon de l’agriculture par exemple.
Vous avez également présenté, avec la ministre de l’Agriculture, un plan d’action pour favoriser la place des femmes en agriculture.
Un travail d’un an a été mené. 41 actions ont été présentées avec un calendrier et des objectifs pour rendre visibles les femmes en agriculture, ouvrir les parcours, sécuriser leurs statuts, faciliter les installations et les transmissions, lever les freins à l’accès au foncier et à l’installation. J’aime toujours rappeler que le mot « agricultrice » n’est entré dans le dictionnaire qu’en 1961. Elles étaient déjà là avant, mais sans statut ni reconnaissance. Au regard de la démographie du monde agricole, nous avons besoin des femmes. Ce n’est pas juste un impératif moral, mais c’est aussi un enjeu économique, stratégique et de souveraineté alimentaire. Il faut diversifier les recrutements. Sans les femmes, nous n’aurons plus le même nombre d’exploitants ni les mêmes compétences dans les exploitations. De nouveaux acquis sociaux, comme le congé maternité, sont essentiels pour maintenir, dans le contexte actuel, l’attractivité du secteur. Avec ce plan, dès 2027, les agricultrices pourront bénéficier d’un service de remplacement plus adapté avec des horaires compatibles avec leurs besoins.


