La guerre ouverte par les États-Unis et Israël contre l’Iran entre dans sa cinquième semaine, et le blocage des tankers qui en découle entraîne une envolée brutale des prix du pétrole, jusqu’à 120 $ le baril. Ce choc énergétique entretient la hausse des oléagineux sur tous les marchés mondiaux. Au 31 mars, la graine de colza s’échange sur le marché physique Fob Moselle à 509 €/t. Bien qu’en léger retrait par rapport aux pics des semaines passées, le cours reste solidement ancré au-dessus du pivot des 500 €. Sur Euronext, les prix fluctuent entre 500 et 510 €/t pour l’ensemble des échéances jusqu’en mai 2027, intégrant déjà une prime sur la future récolte de juillet.
À Saint-Nazaire, le tournesol s’établit à 630 €/t, après un pic à 655 €/t au plus fort des tensions. Si le conflit s’éternise, une nouvelle envolée des prix reste probable tant la demande en huiles s’intensifie. En un mois, les cours mondiaux des huiles de colza, palme, soja et tournesol ont grimpé de 5 à 15 % (1 100 à 1 210 $), tandis que le biodiesel se négocie autour de 1 500 $ sur le hub de Rotterdam. Pour endiguer l’inflation énergétique, certains pays réagissent radicalement, comme l’Indonésie qui bloque ses exportations d’huile de palme afin de sécuriser son marché intérieur.
Malgré la géopolitique, les producteurs surveillent de près l’évolution des cultures. Depuis une semaine, les plaines se sont couvertes d’or avec la floraison du colza. Les conditions douces de la fin d’hiver ont propulsé de nombreuses parcelles aux stades D2 (boutons accolés) et E (boutons séparés), avec une avance estimée à une dizaine de jours sur la moyenne décennale. La situation ne manque pas de risques en cas de gelées en avril ou de pression parasitaire liée aux températures élevées. À date, tout va bien et la récolte française pourrait dépasser celle de l’an dernier, soit 4 Mt sur 1,8 million d’hectares.
À l’échelle européenne, la production de l’UE-27 est projetée à 20,8 Mt, un niveau stable malgré des excès d’eau en Allemagne et en Pologne. À l’international, le Canada profite du retour à l’achat de la Chine pour les graines de canola, après des années de brouille diplomatique. Les cours à Winnipeg s’établissent à 726 dollars canadiens (486 €), portés par ce flux exportateur retrouvé qui réduit mécaniquement l’exposition de l’Europe aux volumes canadiens.
Enfin, les cours du soja restent solides à 426 $/t à Chicago, portés par la guerre au Moyen Orient. On note toutefois un refroidissement diplomatique entre Pékin et Washington suite au report sine die du voyage de Donald Trump. Des achats aux USA ont même été annulés au profit du Brésil, qui sature le marché avec une récolte record de 180 Mt, à des prix inférieurs de 30 $. Pour les producteurs, les cours restent très favorables, malgré la forte hausse de leurs coûts de production.
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