« Il faudrait une perturbation de l’approvisionnement, des problèmes météorologiques ou quelque chose de similaire pour espérer une croissance soutenue des prix la saison prochaine », a déclaré Dan Basse, président d’AgResource, une société américaine spécialiste des marchés. Il s’exprimait dans un article publié par Ukragroconsult.
Sans cela, aucun redressement des cours des céréales n’est envisageable. Depuis le début de l’année, ils évoluent dans des tunnels de prix très étroits, à des niveaux très inférieurs à la campagne passée.
À Rouen, depuis quelques semaines, les cours de la tonne de blé sont inférieurs de 50 € à leurs niveaux de l’an passé. Or, déjà à l’époque, ils ne couvraient pas les coûts de production.
Lot de consolation, les différentiels des prix l’orge et du maïs, versus 2024-2025, sont plus faibles de l’ordre d’une trentaine d’euros. Dans tous les cas de figure, les céréaliers français sont ruinés.
En fait, les marchés céréaliers sont sous l’emprise de la géopolitique étasunienne. Selon Dan Basse, la politique économique et douanière du président américain Donald Trump interfère sur la campagne de commercialisation des céréales. Elle désarçonne les marchés, aussi bien dans son pays que dans le reste du monde.
Importants stocks de blé et de maïs
À la fin de la campagne, les farmers américains détiendront d’importants stocks de blé et de maïs. Ces derniers exerceront une pression à la baisse sur le marché à l’approche de la nouvelle saison.
Par ailleurs, les importations chinoises de grains, réduites de moitié comparées à 2023-2024, exacerbent la concurrence entre les pays exportateurs. L’Inde et l’Afrique subsaharienne ne prennent pas le relais de la Chine en s’approvisionnant davantage sur les marchés.
Cette ambiance oppressante n’épargne évidemment ni l’Union européenne (UE), ni la France. Leur bilan partiel à mi-campagne est sans éclat. Selon FranceAgriMer, « seules 16,2 Mt de blé ont été expédiées d’UE vers des pays tiers, alors que l’objectif de campagne (29,5 Mt), sera difficilement atteignable bien qu’il ait été récemment revu en baisse de 2 Mt ». La France en a livré un quart (4 Mt) et la Roumanie autour de 5 Mt. Mais l’objectif d’exporter l’équivalent de 11 Mt d’orges européennes vers des pays tiers est en voie d’être atteint, puisque l’UE en a déjà vendu 6,7 Mt : 2,5 Mt depuis la France et 1,97 Mt depuis la Roumanie.
Au Brésil, les semis de la Safrina ont débuté. Deux états du Centre-Ouest (Mato Grosso, Mato Grosso do Sul et Goiás) et dans l’état méridional du Paraná concentrent 86 % de la production nationale (131 Mt selon l’USDA).
La période d’exportation du maïs ukrainien se poursuivra jusqu’en mai, lorsque le maïs argentin puis brésilien, arrivera sur le marché. Mais sur la côte sud de la mer Noire, la Turquie contracte ses importations de grains. L’Ukraine sera la première victime de cette décision.
En attendant, l’Argentine commercialise d’ores et déjà ses 17,5 Mt disponibles à la vente. « Si ces prévisions se confirment, il s’agira du deuxième plus important volume d’exportations jamais enregistré », souligne l’Ukragroconsult. Et les principaux pays destinataires seront le Brésil, l’Indonésie, l’Angola, le Bangladesh et le Kenya. Mais la compétitivité de la céréale est renforcée par la récente réduction des taxes à l’exportation de matières premières agricoles.
Une partie du sort de la prochaine campagne 2026-2027 de blé de l’hémisphère nord se joue toujours aux États-Unis, en Russie et en Ukraine plongés dans un froid polaire depuis des semaines. Dans les régions nord-ouest de l’Ukraine et dans certaines parties du centre du pays, les couches de neige de 10-15 cm devraient permettre au blé de supporter les températures de -22 à -25 °C observées durant plusieurs jours, selon Ukragroconsult. La situation est plus difficile dans le sud et le centre de l’Ukraine où la couche de neige inférieure à 5 cm n’isole pas les blés confrontés à des températures minimales de -14 à -16 °C.
Frédéric Hénin


