La Commission européenne s’est lancée dans une course effrénée aux traités de libre-échange. Après le passage en force sur le Mercosur, ce sont ainsi 35 000 tonnes de sucre de canne australien et 10 000 t d’éthanol (équivalant à 20 000 t de sucre) qui pourront entrer sans droits de douane sur le territoire communautaire.
Ce volume supplémentaire s’ajoutera aux nombreux contingents déjà accordés dans le cadre d’accords commerciaux récents, portant à plus de 1,7 million de tonnes les importations de sucre pouvant entrer sur le marché européen à des conditions préférentielles – « soit environ 20 % de la consommation européenne, sur un marché déjà pleinement saturé », ajoute l’Association Interprofessionnelle de la Betterave et du Sucre (AIBS).
Mercosur bis
La FNSEA résume la situation : « Cet accord, n’est, ni plus ni moins, qu’un Mercosur bis. »
La filière betterave – sucre française a donc exprimé « sa grande inquiétude » à la suite de l’annonce, le 24 mars, par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, et le Premier ministre australien Anthony Albanese, de la conclusion des négociations d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie.
« La Commission européenne sait parfaitement que le marché européen du sucre est un marché mature : tout volume accordé à un pays-tiers revient donc à des réductions de production sur le territoire communautaire. Elle assume donc totalement les baisses de surfaces betteravières que cet accord provoquera », dénonce la CGB.
30 substances actives non autorisées dans l’UE
« Comble de la mauvaise foi, la Commission précise que ce sucre devra être certifié par un système privé pour garantir des normes élevées en matière de durabilité. La Commission assume donc pleinement ne pas être en mesure d’assurer la conformité de la production de ce sucre aux modes de production communautaires, et délègue à un tiers privé, la mise en place des normes et le contrôle de leur respect », poursuit le syndicat des planteurs français.
Le dispositif de certification de durabilité envisagé par l’Australie, et accepté par l’UE, autorise l’emploi d’au moins 30 substances actives non autorisées dans l’UE dans la production de la canne à sucre en Australie.
Pour le président de la CGB, Franck Sander, « le comportement de la Commission européenne est incompréhensible. Elle semble faire tout son possible pour détruire la production agricole européenne, et se faire détester par les agriculteurs. Cette politique est indéfendable : tout cadeau à nos concurrents se traduit par une baisse de la production européenne, ce contre quoi nous serons toujours mobilisés : le Conseil et le Parlement doivent taper du poing sur la table pour faire cesser cette absurdité. »
Pour être appliqué, l’accord devra désormais recevoir l’approbation du Parlement européen et faire l’objet d’une décision du Conseil.
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