Météo plus favorable, coûts de production en recul et taux de matière sèche historique… Après deux années difficiles, la situation s’éclaircit pour les producteurs de luzerne. La récolte favorable, mais moyenne de 2025, a permis d’écouler les stocks et d’assainir le marché. « La situation a radicalement changé, notre stratégie de reconquête de parts de marché a porté ses fruits », se félicite Pierre Bégoc, le directeur général de Désialis, lors d'une conférence de presse organisée le 7 avril par La Coopération agricole – Luzerne de France. Les prix sont également repartis à la hausse, avec une cotation de 205 € la tonne pour le pellet à 17 %, contre 187 €/t en 2024. « Nous voyons la lumière au bout du tunnel, nous sommes confiants », abonde Yann Martinet, directeur de LCA – Luzerne de France.

À quelques jours du lancement de la campagne et des premières fauches, une hausse du coût de production de l’ordre de 5 à 6 €/t est attendue, soit environ 65 €/ha, en raison des répercussions du conflit au Moyen-Orient sur le prix du GNR. « Cela ne représente qu’entre 3 et 5 % du coût de production, rappelle Yann Martinet. Le plus gros du coût de production demeure la transformation industrielle. Dans d’autres pays, certaines usines ne vont pas démarrer. En France, nous ne sommes pas concernés par ce risque car nos process sont décarbonés. » Suite aux efforts engagés dès le début des années 2000, la production de luzerne déshydratée est en effet décarbonée à 95 %, grâce au recours aux énergies renouvelables et à la généralisation de la technique du préfanage. Le directeur de LCA – Luzerne de France indique, par ailleurs, que les tensions sur le marché des engrais, liées au blocage du détroit d’Ormuz, pourraient permettre à la luzerne de « tirer son épingle du jeu dans les choix d’assolements, en raison de son caractère bas intrant », mais aussi de sa capacité à restituer de l’azote dans les sols. Néanmoins, le choc énergétique en cours « rebat totalement les cartes », notamment en ce qui concerne les exportations, concède Pierre Bégoc, bien que seuls 3 à 5 % de la luzerne française soient exportés par bateau. « Nous ne fermons pas la porte du grand export, mais nous devons être en capacité de resserrer notre marché sur l’Europe si nous y sommes contraints. »