Avec 5 % des betteraves françaises et 5 % des planteurs, la Seine-Maritime est un petit département betteravier au regard de ces voisins Picards. Mais il a été numéro Un, encore une fois, au niveau des rendements pour la campagne 2025-2026, avec ses 104 t/ha à 16°S et sans irrigation. Certaines exploitations du Pays de Caux ont même atteint des records à près de 150 t/ha. « Ce niveau de production est extraordinaire et très rassurant. La culture de la betterave est rémunératrice chez nous », a déclaré le président de la CGB Seine-Maritime, Reynald Freger, lors de la conférence annuelle au Hanouard, le 30 juin dernier. « Nous avons aussi la campagne la plus longue de France, qui a commencé début septembre et s’est terminée le 22 février à la sucrerie de Fontaine-le-Dun. C’est une vraie prise de risque collective pour les planteurs, mais de futurs investissements dans l’usine devraient améliorer les choses. »

Cette année encore, les betteraves sont belles. Le directeur régional de la CGB Normandie, Benoît Carton, a déploré néanmoins un manque de vision au niveau des moyens de production… en prenant pour exemple que 2 des 3 insecticides contre le puceron vecteur de la jaunisse, Verseon et Movento ne soient autorisés qu’avec des dérogations de 120 jours, ce qui inhibe toute anticipation de l’approvisionnement auprès des fournisseurs. « Comment pérenniser durablement une filière uniquement avec des dérogations ?», s’est-il inquiété.

Et Reynald Freger a ajouté : « Nous sommes le seul pays européen à produire des betteraves sans néonicotinoïdes. Passer 3 à 5 insecticides en foliaire nous coûte très cher et nous rend donc vulnérable face à nos concurrents européens qui bénéficient d’un traitement de semences à base de flupyradifurone protégeant leur culture de betteraves pendant 40 jours. »

Le coût de production à l’hectare est estimé à près de 2 950 € pour 2025. À côté de la protection des cultures, les principaux postes de dépenses sont les engrais (environ 424 €/ha) et la semence, avec des prix entre 280 et 450 € par unité.

À cette absence de visibilité réglementaire sur les moyens de production, s’ajoute la baisse des cours du sucre. « Nous avons perdu 300 €/t sur les 3 dernières années, a indiqué Reynald Freger. Aucun groupe sucrier ne gagne de l’argent cette année. Si le prix du sucre ne remonte pas rapidement, cela présage des difficultés. » Problème : le marché tarde à reprendre, alors que les fondamentaux sont favorables à une remontée des prix en Europe.

L’engrais azoté pas cher : c’est fini !

Pour y voir plus clair sur les engrais, le syndicat avait invité Michael Tavernier, ingénieur des ventes chez LAT Nitrogen. « L’engrais azoté pas cher : c’est fini ! Il faudra être le plus technique possible, par exemple incorporer l’azote au semis des betteraves. »

Le prix des engrais sera durablement élevé, car il dépend de ceux du gaz et de réglementations environnementales. La production d’engrais azotée émet aussi beaucoup de CO2, dont le prix augmente avec le système d’échange des quotas d’émission (SEQE) jusqu’à aujourd’hui et demain avec les dispositions de taxes carbone sur les importations.

« Pour les cultures de cet automne 2026, nous avons pris du retard sur l’importation de la solution azoté, car il n’y a pas d’acheteurs. Les prix sont trop hauts. Je crains que des agriculteurs ne se réveillent qu’en septembre et qu’ils ne puissent pas être livrés », s’est inquiété Michael Tavernier.

Le président de la CGB, Franck Sander, se pose la question : « Comment déclencher les achats pour que l’on puisse être livré ?». Le soutien promis par la Commission européenne à hauteur de 540 M€, dont 107 M€ reviendraient aux agriculteurs français, pourrait débloquer la situation. « La discussion, actuellement, est de savoir qui peut en bénéficier et quelles sont les modalités. »

Franck Sander a enfin salué le travail et le courage des sénateurs qui ont voté cette semaine, dans le cadre de la loi d’urgence agricole, la possibilité d’utiliser l’acétamipride et la flupyradifurone. « C’est une première étape importante, mais le travail n’est pas fini. » Et de souligner en particulier l’article 8 de cette loi qui traite des zones de captage : « il est hors de question pour nous de sortir de la production des milliers d’hectares au motif que des résidus de produits phytosanitaires interdits de longue date sont retrouvés dans les analyses d’eau. Nous restons donc vigilants et totalement mobilisés pour éviter des restrictions qui nuiraient à la production agricole. »