Près d’un mois après l’annonce, par la Commission européenne, de la mobilisation de 540 M€ pour soutenir les agriculteurs face à la crise des engrais, les ministres en charge de l’agriculture et de l’industrie ont présenté, le 9 juillet, sa déclinaison française. Objectif : « sauver dans l’immédiat les récoltes de demain en débloquant aujourd’hui les achats d’engrais, résume Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture. Sans engrais, pas de récolte, et sans récolte, notre souveraineté alimentaire est menacée. » Pour cela, une enveloppe de 145 M€ est annoncée. Elle est composée des 107 M€ alloués par Bruxelles (issus des 540 M€), auxquels s’ajoute des crédits nationaux, comme le demandaient les filières des grandes cultures.

« Achetez dès maintenant »

Le guichet d’aide, opéré par FranceAgriMer, ouvrira le 1er août prochain. Concrètement, cette aide concerne les achats d’engrais azotés effectués entre le 1er juin et le 30 septembre 2026. Elle sera de 50 €/t pour tous les agriculteurs, plafonnée à hauteur de la moitié de leur consommation de 2025 ; ou de 70 €/t pour les exploitants dont les engrais pèsent plus de 10 % de leurs charges. Un point d’étape sera fait, à l’issue de la période du déploiement de cette aide, pour « apprécier l’évolution du prix des engrais liés à la situation au Proche-Orient », indique le ministère. « Mon message aux agriculteurs est clair : achetez dès maintenant vos engrais et sécurisez vos semis grâce à cette aide exceptionnelle de compensation », appelle Annie Genevard. Si la FNSEA salue « une bouffée d’air pour la trésorerie des exploitations », l’AGPM se montre plus critique, notamment sur la période d’achat d’engrais concernée par le dispositif. « Ceux qui ont anticipé leurs achats d’engrais à l’automne ou au printemps pour sécuriser leur campagne et subi les effets de la crise iranienne, ainsi que ceux qui ne pourront le faire qu’après septembre 2026, faute de trésorerie, ne seront pas couverts par cette aide. C’est une aberration ! », déplore Franck Laborde, le président de l’AGPM.

2 Mrds € sur 10 ans

En parallèle de ces annonces, les ministres ont également précisé la stratégie du Gouvernement pour réduire la dépendance de la France aux importations d’engrais. « La France a besoin de réduire de 50 % sa consommation d’engrais azotés, par la réduction des usages et l’usage d’engrais organiques, et d’augmenter de 50 % les capacités de production actuelles », rappelle la ministre de l’Agriculture. Pour y parvenir, trois axes d’actions sont prévus :

  • l’optimisation de l’utilisation des engrais : pour cela, le Gouvernement prévoit notamment d’augmenter de 40 % les surfaces bénéficiant d’un bilan azoté entre 2020 et 2030 ou de réduire de 20 % le surplus brut d’azote d’ici 2030.
  • le développement des alternatives organiques, via par exemple une meilleure valorisation des effluents d’élevage.
  • la production d’engrais décarbonés, en modernisant et construisant de nouvelles capacités de production, pour augmenter de 20 % la production nationale d’engrais azotés d’ici à 2032. L’État soutiendra à cette fin, à hauteur de 620 millions d’euros, un programme d’investissement industriel de 2 milliards d’euros sur dix ans. Trois projets industriels seront accompagnés : la modernisation et décarbonation de la production d’acide nitrique, sur le site de Lat-Nitrogen à Grand-Quevilly (76) ; la production d’hydrogène par électrolyse, pour alimenter en hydrogène vert le site de production d’ammoniac opéré par Yara au Havre (76) ; la production d’engrais bas carbone dans le cadre du projet FertigHy à partir d’hydrogène, dans la Somme.