Afin de mieux comprendre les différences d’intensité de jaunisse observées entre parcelles voisines, l’ITB, Tereos et Cristal Union ont conduit en 2025 une enquête portant sur 111 couples de parcelles contiguës ou très proches, l’une avec des symptômes importants de jaunisse, l’autre avec des symptômes limités, voire absents. Ces couples de parcelles sont répartis principalement dans les Hauts-de-France et en Champagne. L’objectif : identifier les facteurs de risque associés à une expression accrue de la jaunisse virale.
Effets de la date de semis et des conditions de levée
L’analyse met en évidence que les parcelles les plus symptomatiques ont souvent été semées plus tard que leur voisine du même couple.
Le critère le plus discriminant est la qualité de la levée des betteraves. Mauvaise levée, perte de pieds ou hétérogénéité à l’implantation sont surreprésentées dans les parcelles les plus symptomatiques. En Champagne, ce constat est particulièrement marqué : dans 55 % des couples, la parcelle la plus touchée présente une levée hétérogène, que ce soit lié à des problèmes de battance, de sec ou de ravageur souterrain. Les difficultés de croissance au printemps liées à une mauvaise implantation sont systématiquement pénalisées. Un couvert hétérogène modifie la perception visuelle des pucerons ailés qui sont davantage attirés sur la parcelle.
Peu d’effet de l’interculture et de l’environnement proche
L’enquête s’est également penchée sur les intercultures implantées avant la betterave, notamment radis et moutarde, en tant qu’hôtes de pucerons verts Myzus persicae, et phacélie en tant qu’hôte de pucerons et de virus. Le type d’interculture n’explique pas les différences de symptômes d’après les résultats de l’enquête. De la même manière, la présence ou l’absence d’infrastructures agroécologiques (haies, talus, bandes fleuries) ou de cultures hôtes de pucerons en bordure (betterave, colza, pomme de terre) ne s’avère pas discriminante.
Programmes aphicides : efficacité dépendante du respect des bonnes pratiques
Concernant les programmes aphicides, les données montrent que, dans la majorité des cas, les agriculteurs utilisent les produits recommandés Teppeki ou Movento. Néanmoins, dans 28 % des couples, les parcelles les plus atteintes ont été traitées avec des produits non conseillés à base de pyréthrinoïdes.
Sur les parcelles avec de bonnes conditions de levée, l’analyse met aussi en évidence un effet du nombre de traitements. Les parcelles avec un T1 réalisé trop tardivement en mai sont également associées à davantage de symptômes. Le cadencement entre les deux premiers traitements montre une variabilité plus étalée dans les parcelles les plus symptomatiques, avec 25 % de parcelles qui ont reçu un T2 appliqué 25 à 35 jours après le T1. Dans les parcelles présentant peu ou pas de symptômes, le délai moyen entre le T1 et le T2 est de 15 jours. Le mélange aphicide/herbicide, une pratique fréquente en betterave, n’influence pas la performance de la protection. Environ un tiers des agriculteurs ne mélangent jamais, près de la moitié le font occasionnellement, mais aucune tendance marquée ne ressort dans les différences de symptômes.
L’implantation et la qualité de levée constituent le principal facteur explicatif des différences de jaunisse observées dans les situations étudiées en 2025.
Ces résultats confirment la nécessité d’optimiser le positionnement des traitements aphicides recommandés par la filière.
Les autres éléments, interculture, environnement, cultures voisines, jouent un rôle secondaire, voire négligeable dans le contexte de l’année.


