« Une approche idéologique déconnectée des réalités agricoles », dénonce un communiqué de presse daté du 30 avril signé par l’AGPB (producteurs de blé), l’AGPM (maïs), la CGB (betteraves), la FOP (oléoprotéagineux) et UNPT (pommes de terre).
« Les débats au sein de la Commission DDAT témoignent d’une volonté persistante de considérer l’eau en agriculture comme un problème plutôt qu’une ressource à organiser, partager et sécuriser. En affaiblissant ou en complexifiant les cadres permettant la création et la pérennisation des ouvrages de stockage et les prélèvements, ces articles envoient un signal profondément négatif, voire hostile, aux agriculteurs engagés dans la transition et l’adaptation au changement climatique, dont ils sont les premières victimes ! Il en est de même pour l’article 8 relatif aux captages d’eau : les positions adoptées en Commission DDAT ouvrent la voie à une réduction massive des surfaces de production pouvant dépasser 1 millions. Cette orientation est en contradiction totale avec l’objectif de souveraineté agricole et alimentaire.
Pour les six syndicats cosignataires de ce communiqué, opposer l’usage de l’eau par l’agriculture à la préservation de l’environnement est une erreur fondamentale : il est essentiel de permettre l’adaptation et l’anticipation pour assurer la pérennité de la production agricole tout en garantissant une gestion de l’eau collective, territorialisée et responsable. »
Le stockage : un outil d’adaptation nécessaire, pas un tabou
« Dans un contexte de dérèglement climatique marqué par une alternance de pluies intenses et de sécheresses sévères (comme au cours des derniers mois), refuser ou fragiliser le stockage de l’eau revient à organiser minutieusement la fin de l’agriculture française.
Les producteurs de grandes cultures, comme l’ensemble des agriculteurs irrigants, investissent depuis des années dans des projets encadrés et concertés, intégrant des exigences environnementales élevées. Les remettre en cause aujourd’hui par des dispositions mal calibrées serait contre-productif, incohérent et irresponsable. »
Un projet de loi d’urgence qui accentue l’insécurité juridique
« Les six syndicats alertent également sur le risque accru d’insécurité juridique auquel conduit cette version du texte, pour les porteurs de projets hydrauliques en matière d’accès à l’eau. Loin de simplifier, certaines propositions discutées en Commission pourraient rallonger les procédures, fragiliser les autorisations existantes et décourager l’investissement agricole, pourtant indispensable à la résilience des exploitations. »
Aussi, Eric Thirouin, Franck Laborde, Franck Sander, Benjamin Lammert, Geoffroy d’Evry et Eric Frétillère, respectivement présidents de l’AGPB, l’AGPM, la CGB, la FOP, l’UNPT et d’Irrigants de France appellent à un sursaut de responsabilité : « Ensemble, nous demandons au Gouvernement et aux parlementaires de corriger, en séance plénière, les conclusions de la Commission Développement durable et Aménagement du territoire. Il est urgent de sécuriser une gestion de l’eau cohérente — stockage, irrigation et qualité — au service de la production, et d’éviter des restrictions déconnectées des réalités de terrain et de sortir d’une approche dogmatique de la production pour adopter une vision pragmatique, territoriale et équilibrée de la ressource en eau. Une loi d’urgence agricole ne peut pas fragiliser les capacités d’adaptation des exploitations et compromettre l’avenir de nos filières. »