Les conditions de préparation des sols ont été globalement favorables cette année, en particulier pour les semis réalisés début mars. Les labours ont pu être effectués dans de bonnes conditions et l’alternance de pluies modérées, à l’exception du mois de février, et de périodes de gel, notamment en janvier, ont contribué à une bonne structure des sols.

Trois périodes de semis, très contrastées selon les régions, peuvent être distinguées. La première, du 5 au 10 mars, concerne principalement les secteurs situés au sud de Paris, au sud de l’Aisne ainsi que la Champagne. Ces semis ont été interrompus par des épisodes pluvieux ayant localement entraîné des phénomènes de battance, en particulier pour les parcelles semées juste avant les pluies. Les peuplements observés sont très hétérogènes, avec une densité moyenne d’environ 70 000 pieds par hectare (voir témoignage ci-contre).

La seconde période débute le 17 mars et se prolonge jusqu’au 24 mars. Les semis se généralisent alors sur l’ensemble du territoire betteravier, avec un pic d’activité observé le week-end des 21 et 22 mars. À cette date, seulement 60 % des semis étaient réalisés, dans le Nord Pas-de-Calais et la Normandie, tandis que l’Alsace atteignait les 80% . Dans le même temps, les autres régions ont pratiquement achevé leurs semis, voire leurs re-semis.

La troisième période de semis est lancée entre les averses, dès la fin mars jusque début avril. Au final, la date moyenne de semis s’établit au 21 mars, soit un jour de plus que l’an dernier, mais avec plus d’une semaine d’avance par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Au total, un peu moins de 1 500 hectares ont été ressemés cette année. La battance constitue la principale cause de ces re-semis.

Par ailleurs, les températures négatives observées fin mars ont localement provoqué des phénomènes de gel mécanique lorsque les sols étaient humides. De manière très ponctuelle, des rapiéçages ont été nécessaires, mais le plus souvent, seules des pertes localisées ont été constatées (voir encart en page 2 de ce Cahier Technique).

Enfin, les températures relativement élevées observées durant ces périodes ont favorisé des germinations et des levées rapides. Dans les essais, 70 % des plantes étaient levées après l’accumulation de 85 degrés-jour.

Concernant les bioagresseurs du printemps, le parasitisme souterrain est peu présent cette année. Par contre, les altises sont régulièrement observées et ont entrainé des traitements spécifiques (voir encart en page suivante de ce Cahier Technique).

Point sur l’expérimentation

Les semis d’expérimentation ont été conduits sur la même période, du 7 mars au 7 avril. Au total, 45 plateformes expérimentales ont été implantées par les délégations de l’ITB.

Dans le cadre des dispositifs expérimentaux, les élevages de pucerons verts au Griffon, vecteurs des virus de la jaunisse grave et modérée, sont entrés en phase de production intensive. Près de 50 000 pucerons seront nécessaires pour inoculer les essais variétaux de post-inscription et du GEVES, ainsi que les essais de biocontrôle du PNRI-C et les essais aphicides.

Pucerons de la betterave : une pression en nette progression en avril

La présence des pucerons sur betteraves s’intensifie en ce mois d’avril, avec une dynamique étroitement liée aux dates de semis et aux conditions climatiques.

Dans les parcelles semées avant le 10 mars, les premières observations de pucerons verts aptères (Myzus persicae) remontent à la première décade d’avril, sur des betteraves à peine au stade deux feuilles (BBCH12).

Pour les semis plus tardifs, la colonisation devient significative à partir du 16 avril, favorisée par des températures plus douces et le développement des jeunes feuilles. À partir du 20 avril, la fréquence des plantes colonisées atteint des niveaux relativement élevés, de 20 à 50 %. Toutefois, les colonies observées restent de petite taille à ce stade (2 à 3 aptères, voir photo).

Les pucerons verts ailés sont, eux, signalés dès le 10 avril dans le sud de Paris, puis dans l’ensemble des régions à partir du 20 avril. Les pucerons noirs (Aphis fabae) ont été observés le 21 avril, principalement en Champagne.

Face à cette pression, toutes les parcelles ont été protégées avec un traitement aphicide au stade deux feuilles. Un suivi des parcelles dès sept jours après cette application est essentiel, afin d’évaluer l’évolution des populations et de renouveler, si nécessaire, la protection.

L’ITB met à disposition des agriculteurs une carte interactive, Alerte Pucerons, permettant de suivre l’évolution de la pression en s’appuyant sur les observations du Réseau de Surveillance du Territoire (ITB, filière sucrière, Chambres d’agriculture)

Dans ce contexte, la vigilance reste de mise. L’évolution rapide des populations de pucerons impose une observation régulière et des décisions réactives pour sécuriser le potentiel des cultures de betteraves.

Désherbage : des situations contrastées

Le désherbage des betteraves est en cours depuis quelques semaines.

Pour les semis du 6 au 10 mars, les 2 premières interventions ont bénéficié de bonnes conditions d’application et de quelques pluies. Les efficacités sont au rendez-vous, et le T3 va pouvoir se faire dans les jours à venir, dès l’apparition de nouvelles levées d’adventices. Si l’absence de pluie persiste, les premières interventions de désherbage mécanique pourront prochainement démarrer.

Pour la 2e période de semis du 18 au 25 mars, l’absence de pluie efficace rend la situation plus délicate. L’action des racinaires est limitée et nécessite un renouvellement à 7 jours. Dans ces conditions sèches, un renforcement de 20 à 30 % des produits de contact est recommandé.

Afin de maximiser l’efficacité du désherbage, il est impératif d’intervenir avec une hygrométrie supérieure à 70 %. La qualité de répartition de la bouillie doit être optimale, en adaptant le volume d’eau aux buses utilisées.

Les vulpins et ray-grass sont bien visibles, mais ne sont pas encore à 3 feuilles – début tallage. Ce stade optimal est requis pour une bonne efficacité. En cas de résistance ou de résultat médiocre ces dernières années, il est pertinent d’augmenter la dose de cléthodime et d’adjuvant.

Technologie Smart : adapter le désherbage

L’introduction de la technologie Smart implique une adaptation des stratégies de désherbage, avec un repositionnement
des interventions en fonction de l’adventice repère : le chénopode blanc.

La première application herbicide doit être déclenchée au stade 2 feuilles vraies (BBCH 12).

Altises : vigilance en conditions sèches

La présence d’altises est régulièrement observée en conditions sèches et ensoleillées, favorables à leur activité. Les attaques peuvent survenir dès le stade cotylédonaire et se prolonger jusqu’au stade 6 feuilles des betteraves.

Les dégâts se caractérisent par des perforations de petite taille, de forme irrégulière, entraînant une réduction de la surface foliaire. Ces lésions constituent également des voies de pénétration pour les herbicides, pouvant altérer leur sélectivité et accroître les risques de phytotoxicité.

Une intervention insecticide peut être envisagée lorsque le seuil indicatif de 30 % de plantes présentant des symptômes de perforation est atteint.

Battance : première cause de défaut de peuplement en betterave

Témoignage d’expert : Pierre Houdmon Responsable régional ITB Centre – Val de Loire, Ile-de-France et Yonne

La battance demeure la principale cause de défaut de peuplement en betterave, en particulier après des pluies intervenant rapidement après le semis (24 heures minimum). Cette année, les premiers semis ont été particulièrement exposés, en raison d’un lit de semences souvent trop fin et d’un délai trop court entre la fin des semis et les pluies.

La battance correspond à la formation d’une croûte de surface qui limite l’émergence des plantules et le réchauffement du lit de semences. Ce phénomène est accentué par des conditions séchantes, notamment sous l’effet d’un vent de nord-est.

Les conséquences sont des levées difficiles, des peuplements hétérogènes, des pertes de pieds pouvant conduire à des re-semis, ainsi qu’une sensibilité accrue aux herbicides par des plantules fragilisées.

En curatif, un passage d’outil (voir photo ci-dessous) peut permettre de fissurer la croûte et de faciliter la levée. Cette intervention reste toutefois délicate : elle doit être réalisée au début de la création de cette croûte, avant que l’hypocotyle ne soit emprisonné ou qu’il fasse le tire-bouchon sous la croûte et s’épuise.

Expertise : des dégâts de gel ponctuels sur le territoire champenois

Dans la nuit du 27 mars 2026, des températures avoisinant les – 5 °C ont occasionné quelques dégâts de gel pour les semis de début mars qui étaient en cours de levée, stade le plus critique pour la plantule.

Deux types de symptômes ont été observés :

• des nécroses des cotylédons et de la tigelle, correspondant à un gel physiologique.

• des pincements de l’hypocotyle, provoqué par un soulèvement de l’horizon superficiel humide et caractéristiques d’un gel mécanique.

Des re-semis ont parfois été nécessaires dans les zones où la population de betteraves viables était estimée à moins de 40 000 plantes/ha.

L’expérience antérieure a démontré que le potentiel de rendement des betteraves pincées survivantes pouvait être affecté jusqu’à 50 %, soulignant l’importance d’une évaluation précise des dégâts avant toute décision agronomique.