Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran a agi comme une étincelle, propulsant le pétrole au-delà des 100 dollars le baril. Pour le colza, c’est un coup de fouet immédiat : les prix physiques (Fob Moselle et Rouen) ont bondi de 40 à 50 € en un mois, franchissant les 520 €/t. Mi-mars, ils affichaient jusqu’à 523 €/t. Sur Euronext, l’échéance de mai culmine à 511 €/t. Cette crise énergétique tire tout le complexe oléagineux vers le haut, les échéances 2026 et 2027 restant cependant encore sous la barre des 500 €/t.
La hausse du prix du baril de pétrole rend aussi la fabrication de biodiesel plus rentable et favorise les incorporations. En France, le débouché biocarburant atteindrait 60 % des volumes des graines. En Indonésie, premier producteur mondial, le gouvernement vient de verrouiller ses exportations de palme pour nourrir ses propres cuves (50 % d’huile dans la composition du carburant), créant un appel d’air pour les autres huiles. En France, le tournesol rendu Saint-Nazaire profite de cet effet de siphon et franchit la barre des 650 €/t.
Pour les producteurs, ce rallye n’est pas gagnant sur tous les plans. Le prix du GNR et de l’azote va alourdir les coûts de production. La situation des cultures en cours n’est pas non plus totalement sereine. Si les semis de colza 2026 grimpent de 8 % (1,8 Mha), les pluies dans le Grand Ouest ont ravagé de nombreuses parcelles. Pour l’instant, le potentiel économique du colza et du tournesol reste tout de même très important.
À l’international, le canola canadien sort de l’ombre grâce au retour de relations diplomatiques et à la visite de Mark Carney à Pékin. En échange d’une baisse des taxes sur les voitures électriques, Xi Jinping a réduit ses taxes à l’import des graines de canola de 80 % à 15 %. Résultat : la Chine est redevenue le premier acheteur de canola au Canada et les stocks fondent. Les prix à Winnipeg ont bondi à 540 US$ (430 €/t). Cette nouvelle demande chinoise est une brique de plus dans l’édifice haussier des oléagineux.
À Chicago, le soja s’est aussi enflammé jusqu’à 450 $, contre moins de 380 $ il y a un mois. L’accord de Busan entre Washington et Pékin tourne à plein régime avec 25 Mt achetées à fin février, comme convenu entre Trump et Xi Jinping en octobre. Et Pékin semble préparer la visite de Donald Trump prévue fin mars mais finalement reportée en faisant le ménage : elle multiplie les contrôles sanitaires sur le soja brésilien pour forcer les achats vers les USA. Le géant Cargill a même dû suspendre ses exportations du Brésil vers la Chine face au zèle administratif. Mais l’édifice haussier actuel ne tient qu’à un fil : le prix du baril. Et la situation pourrait se retourner.
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