Après avoir connu un léger creux en 2023, la production française d’alcool éthylique a continué de remonter la pente, en 2025, pour s’établir à 16 Mhl. Une évolution qui pourrait s’expliquer par la bonne récolte de betteraves, sur lesquelles repose la moitié de la production (8 Mhl, soit + 0,7 Mhl par rapport à 2024). « La France maintient sa première place dans l’UE, en assurant 20 % de la production d’alcool agricole », souligne Sylvain Demoures, le secrétaire général de Bioéthanol France, dont l’assemblée générale se tenait le 16 avril à Paris. Longtemps au coude à coude avec l’Allemagne, la France se hisse également sur la première marche du podium en termes de consommation d’éthanol carburant, avec 18,9 Mhl de bioéthanol incorporé (+ 15 % par rapport à 2024). « Après des années plutôt chahutées, en raison notamment de la crise énergétique 2022, la filière atteint un nouveau record de consommation », se réjouit Sylvain Demoures. La dynamique pourrait se maintenir en 2026, Bioéthanol France anticipant une hausse des ventes de boitiers de conversion pour les voitures, en raison des tensions actuelles sur les prix de l’essence, induites par le conflit au Moyen-Orient.
De nouveaux acteurs et un marché qui évolue
Si en France, le marché est relativement stable, la production est plutôt en recul à l’échelon européen. En 2025, le déficit entre la production et la consommation s’était ainsi creusé à 32 Mhl. Les importations de l’UE ont légèrement augmenté l’an passé, au bénéfice notamment des États-Unis. « Les américains considèrent que l’UE fait partie de leur marché, nous espérons limiter leur emprise », explique Sylvain Demoures. Alors que l’UE doit composer avec l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment l’Inde, et que le Brésil domine le marché, Bioéthanol France regrette, une nouvelle fois, la conclusion de l’accord avec les pays du Mercosur, qui concerne 8,2 Mhl d’éthanol, soit 11 % de la production et 9 % de la consommation de l’UE. « Cela s’est fait à notre corps défendant, ces concessions extravagantes ont été faites à un moment où les projections prévoyaient un marché deux à trois fois plus important que ce qu’il est aujourd’hui », rappelle le secrétaire général de Bioéthanol France, qui s’interroge : « le monde change autour de nous, qu’attendons-nous pour bouger ? »
Encourager la production agricole
Les acteurs de la filière déplorent en effet, de manière unanime, le manque de soutien et d’accompagnement de la part des pouvoirs publics, français et européens. « Nous avons besoin d’une vision et d’une impulsion politique, comme cela fut le cas il y a 20 ans pour le lancement de l’E85 », appelle Nicolas Rialland, le directeur général de la CGB, à l’occasion des 11e Rencontres du bioéthanol, organisées à l’issue de l’assemblée générale de Bioéthanol France. Certaines idées reçues ont encore la vie dure, notamment en ce qui concerne la concurrence entre la production de biocarburants et la production alimentaire. Pourtant, comme le rappelle Nicolas Kurtsoglou, ingénieur responsable carburants chez Bioéthanol France, les trois matières premières cultivées en Europe (betteraves, blé fourrager, maïs) ne présentent qu’un risque minime de changement indirect d’affectation des sols, et donc de déforestation. « C’est l’argument principal en faveur d’une relève du plafond d’incorporation de 7 %, dans la règlementation européenne », appuie-t-il. Ce déplafonnement, au-delà des 10 %, serait impératif pour permettre le lancement, de l’E20 d’ici à 2035. De son côté, Nicolas Rialland insiste sur la nécessité, pour le monde agricole et les filières, de reprendre la parole sur ces enjeux… et de se faire entendre. « Nous sommes les plus légitimes pour nous exprimer, mais sommes-nous les plus écoutés ? Les biocarburants de première génération, bien que parfaitemment durables, souffrent encore d’un délit de sale gueule à Bruxelles. C’est le seul endroit du monde où cela se passe comme ça. Nous avons la capacité d’assurer le doublement de la production d’ici à 2050, pour répondre à la demande européenne, mais cela nécessitera des investissements industriels et l’encouragement de la production agricole. Pour l’heure, nous n’y sommes pas. »