vendredi 16 novembre 2018

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Le bore, un oligo-élément à ne pas négliger

L’année 2017, marquée par un été sec, a fait ressortir des cas de carences en bore sur betteraves. La betterave étant très exigeante, les carences sont très souvent observées chez les nouveaux planteurs. Cette page vise entre autres à rappeler les conséquences que peuvent avoir des carences en bore sur le rendement, et à apporter des conseils pour la gestion de la fertilisation boratée.

Le rôle du bore pour la betterave et le diagnostic de carences
Le bore est un oligo-élément essentiel pour le fonctionnement métabolique de la betterave. Des carences en bore entraînent des problèmes de développement des tissus méristématiques, de transport de la sève et une baisse de la production de certains glucides (principalement le saccharose). Elles conduisent à la formation de phénols entrainant un brunissement des tissus.
Les premiers signes d’une carence en bore sont le noircissement et la mort du point de croissance. Les feuilles extérieures sont ensuite progressivement atteintes. La partie concave des pétioles se noircit, puis les pétioles éclatent. On observe ensuite un jaunissement des feuilles, l’apparition de nécrose, puis des craquelures. C’est ensuite au tour du collet d’être touché. Il noircit et pourrit (maladie du « cœur noir »). La racine présente un aspect liégeux, puis son cœur se creuse et se décompose laissant place à des champignons opportunistes (photos ci-contre).

Conséquences de carences sur le rendement
Les carences observées en 2017 ont permis d’évaluer des pertes de rendement. Les données renseignées dans la figure ci-dessous expriment en pourcentage la différence de rendement en sucre entre des zones carencées en bore et des zones non carencées.

Les pertes de rendement peuvent être très conséquentes. En Champagne, avec près de 80 % de betteraves concernées (dont 50 % de betterave fortement atteintes), la perte de rendement en sucre est au-delà des 40 % par rapport à une zone saine. De même en Normandie, avec une proportion de betteraves atteintes avoisinant les 90 %. Le bore étant nécessaire au métabolisme et transfert des sucres, la carence se traduit aussi par une perte de richesse à la récolte. Il est donc primordial de bien raisonner sa fertilisation boratée.

La disponibilité du bore du sol pour la plante
Le bore disponible pour la plante est le bore qui se trouve dans la solution du sol. Des carences peuvent donc parvenir en cas d’été très sec. La concentration de bore dans cette solution dépend notamment des phénomènes d’adsorption (rétention du bore à la surface de la phase solide du sol) et de désorption (phénomène inverse), fortement influencés par le pH du sol. Plus le pH est élevé, plus le phénomène d’adsorption est avantagé et donc moins le bore est disponible dans la solution du sol et in fine pour la plante. Il est donc conseillé d’accompagner les amendements basiques d’une fertilisation boratée (quelle que soit la teneur initiale, donc même en parcelle jugée pourvue).
Dans les conditions de pH des sols cultivés, le bore se trouve en grande majorité sous forme non ionisée. Ainsi le bore est un élément qui peut être facilement lessivé lors d’un hiver ou un printemps pluvieux. Il est donc conseillé d’ajuster sa fertilisation en fonction des conditions climatiques de l’année.  Enfin, la disponibilité du bore dépend aussi du type de sol et de ses caractéristiques. C’est pourquoi les doses conseillées par l’ITB dans son guide de culture (disponible sur le site http://www.itbfr.org) tiennent compte aussi de ce paramètre. Celles-ci reposent sur une analyse de sol qui doit être récente (moins de deux ans). Des sols avec un seuil d’analyse en-dessous de 0,5 ppm (ou 0,5g/kg) sont considérés comme carencés.
Un ou plusieurs apports de bore sont alors nécessaires sur sol nu (1 à 2 kg/ha) ou bien en végétation à 70 % de couverture (0,5 kg/ha). Dans le cas de sols sableux, il est conseillé de faire au minimum en apport en végétation, quel que soit le seuil.

Périodes et formes d’apport du bore
Des apports peuvent être réalisés au sol ou bien en végétation. Dans le cas d’apport au sol, ceux-ci doivent être réalisés avant préparation et semis. Les apports en végétation doivent être effectués à 80 % de couverture (et le second apport éventuel, 1 mois après). Il y a très peu de différences entre les produits par rapport à la biodisponibilité du bore pour la plante. En revanche, les teneurs en bore qui déterminent la quantité d’engrais à apporter peuvent varier.

Une bonne analyse des apports à réaliser est indispensable car une fois les symptômes apparus, la situation est peu maîtrisable par des solutions curatives.

Institut technique de la betterave (ITB)


27 mars 2018

Statut acido-basique des parcelles : un capital à entretenir

La pluviométrie élevée en hiver est un facteur de risque pour les parcelles dont l’état acido-basique du sol est dégradé : des signaux d’acidification dans les parcelles non calcaires sont susceptibles d’apparaître lors de la campagne suivante. Même s’il n’est plus possible d’intervenir, ces symptômes doivent être identifiés afin de prendre, ultérieurement, des mesures pour corriger ces situations.

Acidification : les signes qui ne trompent pas
L’acidité est intimement liée à l’activité de mise en culture du sol. Elle résulte de déséquilibres chimiques dus à l’absorption de nutriments par les plantes et leur exportation dans les récoltes, à l’acidité des pluies, aux apports d’engrais acides (NH4 entre autres), à la minéralisation de l’humus, et indirectement au lessivage hivernal des nitrates.
En cas d’acidification, le pH commence à diminuer dans les horizons de surface. Sauf labour tardif avant implantation des betteraves, après un hiver pluvieux, c’est dans les dix premiers centimètres de sol que se manifeste l’acidité au printemps. Sur les jeunes plantes, on constatera un jaunissement, des rougissements de limbe et des feuilles refermées si l’acidité est sévère (symptômes illustrés dans les photos ci-dessous). Elle est généralement fugace si l’acidité est modérée, mais ralentit le début de croissance, tout en favorisant des fontes de semis.
De façon moins perceptible, l’acidité ralentit la pénétration de l’eau dans le sol, freine le ressuyage, et accentue sa battance.
Si des pluies importantes interviennent en cours de printemps, on constatera des zones refermées et des jaunissements consécutifs à des débuts d’asphyxie racinaire (illustré en photo).
En 2016, des développements tardifs d’aphanomyces sur racines étaient identifiables à la récolte, et expliqués par une conjonction d’acidité et de pluies fortes au printemps.

Anticiper l’acidification
Un sol régulièrement entretenu par des apports chaulants, dispose d’une réserve de carbonates de calcium (CaCO3), qui s’oppose à l’acidification et maintient chimiquement la neutralité du sol. Cette réserve est progressivement consommée par les processus qui produisent de l’acidité. Lorsqu’elle est intégralement consommée, le pH peut chuter rapidement. Ce phénomène explique des symptômes d’acidité sur des jeunes betteraves dans des parcelles jugées en état correct à la lecture du seul pH. Le manque de réserve carbonatée s’est soldé par une baisse rapide de pH dans l’horizon de surface (cf. schéma ci-contre).
Aussi, il est important d’anticiper cette situation, par une surveillance analytique du pH et de la réserve en CaCO3 du sol, et par des apports d’amendements basiques réguliers. Lorsqu’elle est constatée en début de végétation, il n’est pas possible de la corriger.  La régularité d’apports modérés permet de lisser les coûts de l’entretien. Par ailleurs, de forts apports de produits chaulants risquent d’entraîner des carences en bore pour la betterave qui suit.
On conseille de réaliser 2 applications de bore, en végétation,  de 0,50 à 0,75 kg/ha par apport après tout amendement basique.

Des conseils détaillés et des doses calculées, conformes aux préconisations du Comifer, sont proposés dans le guide de culture de l’ITB, disponible sur www.itbfr.org (rubrique Publications)

Institut technique de la betterave (ITB)


27 mars 2018
Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.