Quel message avez-vous adressé aux coopérateurs lors des assemblées de région de Tereos qui se sont déroulées durant le mois de juin ?

Gérard Clay : un message de sérénité, qui est d’expliquer que nous sommes dans un bas de cycle, tant pour le sucre que pour l’ensemble des activités de Tereos. Nous sommes confiants pour aborder ce bas de cycle, car la situation financière de notre coopérative s’est nettement améliorée. Tereos est désendetté, même si le travail n’est pas terminé. Et puis, ce bas de cycle ne va pas durer éternellement. Peut-être jusqu’à la fin de l’année ou le milieu de l’année prochaine. C’est trop tôt pour le dire.

Le désendettement a été une priorité depuis votre arrivée à la présidence en décembre 2020. Où en est le groupe aujourd’hui ?

Gérard Clay : nous avons réduit la dette structurelle de 800 millions d’euros grâce à quelques hauts de cycle, notamment en 2023. À la prochaine remontée des cours, nous verrons encore cette dette structurelle baisser, ce qui renforce notre sérénité. Par ailleurs, tous les axes de compétitivité ont été développés. Et nous avons pris des décisions courageuses, comme la transformation des fonctions supports, ce qui représente un gain récurrent de 30 millions d’euros chaque année.

Vous êtes serein. Mais vos coopérateurs le sont-ils aussi ?

Gérard Clay : ils sont préoccupés et c’est tout à fait légitime au regard de l’environnement économique et géopolitique. Quand nous rencontrons des responsables politiques, nous défendons l’idée que les coopérateurs français doivent disposer des mêmes moyens de production que leurs concurrents. Nous demandons, bien évidemment, d’avoir accès à l’acétamipride, parce que la betterave est trop vulnérable sans ce produit. Je note une prise de conscience politique, même si j’aimerais que cela avance plus vite.

Pourquoi avoir décidé de réduire la durée d’engagement des coopérateurs de 5 à 3 ans ?

Gérard Clay : c’est une question de bon sens. Tout simplement parce que cela rassure les planteurs, qui s’interrogent sur les moyens de production disponibles demain sur les zones les plus vulnérables aux attaques de pucerons. Puisque les coopérateurs ne se sentent plus obligés de s’engager sur 5 ans, ils sont prêts à maintenir leurs assolements betteraviers. Cette décision a donc un effet positif sur les surfaces de betteraves qui seront semées. L’année prochaine, l’objectif est une stabilité des surfaces.

Le prix de la betterave pour 2025 est annoncé à 32,29 €/t, contre plus de 40,75 €/t l’an dernier. Est-ce suffisant pour maintenir l’intérêt de la culture ?

Gérard Clay : nous ne sommes plus au temps des quotas, où la betterave sauvait la trésorerie des exploitations. Il faut quand même reconnaître que le prix proposé pour 2025 – couplé au rendement moyen de nos coopérateurs de 93,5 tonnes par hectare – dégage une marge tout à fait correcte, en tout cas meilleure que celle des autres cultures aujourd’hui.

Et comment voyez-vous le prix de la betterave 2026 ?

Gérard Clay : la référence de cette année est un minimum pour l’an prochain. L’inquiétude vient plutôt de la disponibilité et du prix des engrais. On le voit, les agriculteurs hésitent à se positionner sur l’achat des engrais. Or, les usines doivent commencer à produire l’ammonitrate maintenant pour qu’il n’y ait pas de pénurie au printemps prochain. Le deuxième problème est de savoir si les agriculteurs vont investir autant qu’ils le devraient pour optimiser leurs cultures.

Vous avez évoqué la période des quotas. Faut-il une plus grande régulation du marché du sucre européen ?

Gérard Clay : nous ne sommes plus dans un marché administré. Ce n’est plus dans l’air du temps. En revanche, nous nous sommes mobilisés pour limiter les volumes de sucre entrant en Europe sans droits de douane et, surtout, pérenniser la suspension du régime de perfectionnement actif. Ce RPA a été détourné par des structures où le trading est déconnecté de la commercialisation du sucre, et leurs dirigeants n’ont pas pris conscience que le RPA pèse sur les cours. Tereos a identifié le problème, car, chez nous, il y a une convergence d’intérêts entre le trading et le service commercial. Avec l’aide de la CGB, nous avons convaincu le commissaire européen à l’Agriculture, mais ce régime douanier n’a été suspendu que pour un an.

Sur le plan agronomique, Tereos déploie une nouvelle organisation de proximité. En quoi consiste-t-elle ?

Gérard Clay : nous avons testé l’année dernière notre plan Cap Productivité auprès de 250 coopérateurs. Nous avons déployé des comités locaux de cinq agriculteurs, encadrés par 50 responsables agronomiques, qui ont partagé leurs pratiques en temps réel pour sécuriser les rendements. Il y a eu des plans d’action mis en place pour le semis, le désherbage ou la fertilité des sols, selon la problématique locale. La phase de test a bien fonctionné. Notre ambition est d’étendre ce plan à plus grande échelle à partir des semis 2027.

Comment s’est passé le rapprochement avec la coopérative auboise de déshydratation Capdéa ?

Gérard Clay : au niveau opérationnel, la fusion se passe bien. Tereos CapDéshy exploite sept unités de déshydratation. Nous avons regroupé les plaines, ce qui permet d’optimiser les coûts de transport pour la luzerne. La campagne 2026 a bien démarré, avec de bons rendements et une très bonne matière sèche sur la première coupe, ce qui réduit les coûts de production. Les prix de vente de la luzerne remontent d’au moins 30 €/t, ce qui facilitera la rémunération en 2026.