« Le mauvais temps est le temps qui dure. » Cette expression du monde agricole, Laurent Rudloff la fait sienne en cette période de canicule. « L’Alsace n’est pas un territoire homogène, explique le responsable du service betteravier de la Sucrerie d’Erstein. Il y a 38 % de surfaces irriguées (Sud Bas-Rhin, plaine du Haut-Rhin), ainsi que des terres profondes et d’autres plus légères. » Comme la profondeur des sols est un critère déterminant, avec notamment « plus d’argile et de limon profond », ce sont les terres plus légères, souvent dans le Nord-Alsace et le Kochersberg, qui souffrent le plus de la canicule. « La température en elle-même n’est pas problématique, le problème n° 1, c’est le manque d’eau », expose cet expert chevronné (32 ans d’expérience). Sur ces terres, « les effets sont là depuis fin juin, début juillet », pointe encore l’agronome de Cristal Union, lequel écarte l’idée de maladies potentiellement favorisées. « Au moment où la betterave a le plus besoin d’eau, celle-ci fait défaut. Au début, on a constaté que les feuilles se posaient au sol puis remontaient la nuit, mais au fur et à mesure, elles restent au sol. »
« La betterave est résiliente »
Encouragés par les climats secs, les charançons sont plus en vue. Ces petits insectes au nez allongé peuvent localement « creuser des galeries ». Par définition, les surfaces irriguées, où certains planteurs entament déjà leur « cinquième tour d’eau » contre 3 ou 4 mi-juillet habituellement, sont donc moins à plaindre, alors que le taux de sucre ne pourra être impacté qu’en fin de saison. Si l’été 2003 avait été marqué par une canicule, celle-ci était intervenue plus tard, en août. « Le cycle est encore long, positive Laurent Rudloff. En 12 mois, on a normalement 600 mm de pluie. Lors des six premiers mois de 2026, on n’en a eu que 230 mm. Il y aura sûrement des pertes de rendement à la fin, mais la betterave est résiliente. Elle se met en dormance et elle reprend vite quand l’eau revient. »