Les récoltes d’orges d’hiver sont achevées avec une quinzaine de jours d’avance. Près des trois-quarts du blé sont engrangés. À l’heure où nous écrivons l’article, le service statistique agricole Agreste n’a pas encore publié ses premières prévisions de production de blé et d’orges pour la campagne 2026-2027. Pour sa part, la Commission européenne table sur 32,4 millions de tonnes (Mt) de blé tendre pour la France (-0,7 Mt sur un an), sur 1,1 Mt de blé dur (-0,1 Mt) et sur 11,3 Mt d’orges (-0,5Mt).
À l’échelle européenne, l’USDA a maintenu, dans son nouveau rapport publié le 10 juillet dernier, ses estimations rendues publiques un mois plus tôt. Il prévoit toujours des productions de blé de 136 Mt et d’orges de 53,1 Mt, inférieures de 9 Mt et de 3 Mt à l’an passé. Mais selon Ukragroconsult, la canicule impactera les productions de blé en Europe centrale. En Pologne, les rendements pourraient être inférieurs de 10 % à ceux escomptés avant l’arrivée des chaleurs.
En Russie, la moisson débute avec quelques épées de Damoclès, rapporte encore le site ukrainien Ukragroconsult très bien informé. La production est toujours estimée par l’USDA à 88 Mt, comme le mois passé, même si le blé de printemps ne donne pas entière satisfaction. Mais les agriculteurs russes craignent de ne pas pouvoir moissonner, faute de carburants. Bombardées par l’armée ukrainienne, de nombreuses raffineries russes ne sont plus en état de fonctionner et de produire du gasoil. L’acheminement des céréales vers les ports est aussi devenu compliqué.
Or, l’Ukraine en guerre est toujours très active sur les marchés de l’export. Elle a les moyens de concurrencer la Russie sur ses marchés et de profiter de ses faiblesses logistiques. Et la concurrence est rude. Les échanges mondiaux de blé (214 Mt) se contracteront de 13 Mt cette campagne-ci. Des pays structurellement importateurs sont parvenus à accroître leur production de blé significativement. Aussi, moins de grains seront importés. Comme l’Egypte a récolté plus de 10 Mt de blé, elle importera 2 Mt de moins que l’an passé (13,5 Mt versus 15,5 Mt).
Production française de maïs potentiellement en baisse
Ce début de campagne, c’est le maïs qui fait l’actualité. En un mois, le prix de la tonne de grains a gagné 30 € à Bordeaux. Il est au plus haut depuis 2024. Mais au Brésil, la seconde récolte de maïs, la Safrina, est très abondante et arrive sur le marché à des prix très compétitifs pour être vendue au plus vite.
Aussi, le maïs français n’entraîne pas dans son sillage les cours du blé et de l’orge. Tout au plus se sont-ils maintenus à leur niveau du mois passé. Alors qu’à chaque période de livraisons abondantes, les cours des céréales à paille faiblissent.
Mais la détérioration des conditions de cultures du maïs dans certains bassins de production en Union européenne et aux États-Unis réduira les rendements potentiels, alors que la campagne de semis avait déjà débuté avec des prévisions déjà en retrait comparées à l’an passé (1 297 Mt ; -30 Mt). Même si la baisse de la production mondiale de maïs est d’abord étasunienne (406 Mt ; -27 Mt), selon l’USDA. Toutefois, ces prévisions semblent quelque peu décalées. Elles ne reflètent pas certaines situations alarmantes.
Selon l’AGPM, l’association spécialisée des producteurs de maïs affiliée à la FNSEA, la production potentielle française de grains est d’ores et déjà au moins inférieure de 30 % à celle de l’an passé, à 9,5 Mt. Et elle pourrait diminuer dans les semaines à venir si la 3e période caniculaire ne s’achève pas sans un retour de pluie abondante. Semaine 27 close le 6 juillet, les conditions de cultures sont notées bonnes à très bonnes par FranceAgriMer à 47 % après avoir perdu 10 points en huit jours et 30 points sur un an.
Or, la moitié de la production française de maïs est habituellement exportée en Union européenne. Aussi, quand la céréale française manque, l’Union européenne a davantage recours à l’import pour couvrir ses besoins. À l’heure actuelle, 23 Mt devraient être acheminées d’Amérique et d’Ukraine, selon l’USDA.