« On a face à nous un Himalaya », prévient Laurent Rosso, directeur général de Terres Inovia. L’image est forte. Mais, avec 350 territoires agroéconomiques à couvrir, la somme des actions à engager a de quoi donner le vertige. D’autant plus que les défis se superposent : changement climatique, souveraineté alimentaire, perte de moyens de production, autonomie protéique, transition agroécologique, compétitivité des filières. « Puisque nous ne pouvons pas tout faire, nos choix doivent être assumés et alignés avec les attentes économiques et sociales », insiste-t-il. La priorité va donc aux projets scientifiques créateurs de valeur pour les agriculteurs. « Les travaux de l’institut sont financés par les agriculteurs. Nous devons leur apporter des solutions, et des solutions vraiment innovantes », rappelle Gilles Robillard, président de Terres Inovia.

Quatre piliers

Terres Inovia ne raisonne plus en réponse à l’urgence, mais dans une logique d’optimisation, y compris avec les autres instituts techniques. Chaque projet s’inscrit désormais dans un cadre stratégique structuré autour de quatre piliers. Le premier vise la souveraineté nationale en huiles et protéines végétales, cœur de la filière. Le deuxième porte sur la transition vers des systèmes multiperformants, fondés sur l’agroécologie, mais « compétitifs et productifs ». Le troisième concerne l’adaptation au changement climatique, déjà intégré à toutes les actions. Le quatrième pilier consiste à éclairer les décisions de la filière.

Une recherche appliquée, ancrée dans les territoires

La feuille de route est déjà en œuvre. « Nous sommes engagés dans plus de 100 projets de R&D », indique Afsaneh Lellahi, directrice adjointe. Elle cite Cap Protein+, qui valorise les légumineuses dans les systèmes de culture pour renforcer la souveraineté protéique. Autre projet emblématique, R2D2 mobilise des agriculteurs en Bourgogne (1 300 hectares) pour réduire la pression des ravageurs du colza grâce à une combinaison de leviers agronomiques à l’échelle de la culture et de la rotation. Résultat : doublement des surfaces et baisse de 30 % de l’IFT insecticide. Son successeur, Concerto, intégrera des leviers paysagers pour renforcer la biodiversité fonctionnelle et la régulation naturelle, avec l’appui des coopératives et des associations naturalistes. « La transition agroécologique peut être productive et rentable lorsqu’elle est accompagnée », rappelle-t-elle. L’institut vise aussi la généralisation de la méthode « colza robuste ». Enfin, le programme Pea4ever, mené avec les semenciers, cherche à renforcer la robustesse du pois afin de relancer durablement cette culture.

Le cadre stratégique s’accompagne d’une nouvelle identité : « ouvrons la voie aux solutions d’avenir » et d’un nouveau site : www.terresinovia.fr.