Alors qu’elle est en disponibilité pour élever ses trois enfants, Violaine Deville, soutenue par son mari Guillaume, agriculteur, saisit l’opportunité de reprendre une exploitation voisine en 2012. Celle-ci produit non seulement des grandes cultures, mais aussi une activité de pépinière fondée en 1853. « Ce n’était pas une évidence de m’installer autour de ce type de production, même si j’ai toujours aimé la nature et le travail en extérieur, confie-t-elle. Cependant, c’était pour moi une belle occasion de reprendre une activité professionnelle. Nous avons construit le projet dans ce sens ».

Sur les cinquante hectares de pépinières, une trentaine a été défrichée pour être remise en culture. Le bois ainsi récolté a été valorisé sous forme de plaquettes destinées au chauffage et commercialisé.

Cultiver l’authentique

Les pépinières de Violaine s’étendent sur 12 hectares sur un sol limoneux, profond et fertile. « C’est un terrain idéal pour la reprise des végétaux et la formation de belles mottes », explique la productrice. Elle y cultive des arbres de toute taille : 130 variétés d’arbres d’ornement, 50 arbustes et 45 fruitiers. Les jeunes plants sont achetés auprès d’un naisseur situé dans le nord de la France, puis replantés en pleine terre au mois de janvier. Avant d’être proposés à la vente, ils sont élevés entre cinq et quinze ans, selon la pousse recherchée.

La gamme proposée est volontairement diversifiée pour satisfaire tous les types de besoins, des petits jardins aux grands parcs. Ce que Violaine préfère avant tout, ce sont « les essences régionales qui vivent au rythme des saisons et offrent différentes couleurs tout au long de l’année. Je refuse la production de palmiers, de bananiers ou d’oliviers ». Elle s’est formée au nom des espèces, en latin : « c’est plus authentique et j’aime ça », précise-t-elle avec le sourire. « Je connais tout par cœur ».

Rigueur et optimisation

Ce type de production exige une organisation rigoureuse, rythmée par des pics de travail : « dès le 15 août et jusqu’en septembre, nous marquons les arbres choisis par les clients. Ensuite, vient la période des arrachages de novembre à décembre : là, c’est le rush », indique Violaine. Les arbres sont arrachés à l’aide d’une motteuse pour préserver un maximum de racines. Cette étape est chronophage puisqu’il faut organiser les arrachages en fonction de la circonférence des troncs, afin de changer le moins possible la lame de la motteuse. Les arbres sont ensuite débardés.« Pour faciliter leur localisation, ils sont tous répertoriés sur un plan. Les salariés gagnent du temps. Je suis dans l’optimisation totale », poursuit-elle.

Le second pic d’activité intervient en février : « jusqu’en avril, nous procédons à de nouveaux arrachages. Les clients viennent ensuite récupérer leurs arbres sur place ou nous les livrons directement chez eux », indique Violaine. Au cours de la saison, elle se rend chez certains acheteurs pour vérifier la bonne reprise des plantations ou corriger quelques éventuels loupés.

Pour mener son activité, Violaine s’appuie sur son salarié à temps plein, David, responsable de la production, chargé notamment de la taille, du fléchage et de l’arrachage des arbres. En fonction des besoins et de manière anecdotique, elle fait intervenir Jean-Marc, un ouvrier intérimaire. Enfin, pour les livraisons, elle compte sur Bernard, conducteur du camion-grue de 19 tonnes. « Je délègue certaines tâches mais de façon très encadrée et en tenant compte des compétences de chacun », précise-t-elle.

Violaine ne souhaite pas développer davantage sa pépinière. « Je n’ai pas envie de gérer davantage de management ni de désorganiser mon emploi du temps. En revanche, j’aimerais développer la vente en containers ».

Un investissement réfléchi

Ce métier est multitâches et exige bien plus que des compétences techniques. Violaine le résume ainsi : « il faut aimer la nature autant que le contact humain, faire preuve de courage, de rigueur et d’organisation mais aussi être pédagogue, communicatif et surtout savoir s’adapter en permanence ».

L’achat d’un arbre relève d’une véritable démarche. « Les clients, principalement des locaux, recherchent des végétaux authentiques et beaux. D’où l’importance du conseil et d’une relation de confiance, poursuit-elle. Ils investissent sur du long terme. Une fois l’arbre planté, on revient rarement chez son pépiniériste. Ce paramètre oblige à renouveler régulièrement la clientèle ».

Et derrière cette logique, il y a aussi un choix de vie. Violaine a trouvé son équilibre et évolue dans un univers à son image. Patiente, rigoureuse et profondément attachée au vivant, elle cultive bien plus que des arbres : un métier de sens.