Quel est l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les prix des intrants ?
Contrairement à la guerre en Ukraine, qui touchait un hub agricole majeur, le conflit au Moyen-Orient impacte surtout les matières premières énergétiques. Le détroit d’Ormuz est un point de passage critique, puisque 30 % de l’urée mondiale y transite et que 20 % de l’ammoniaque mondiale dépend de ce passage.
L’Europe importe peu d’urée directement d’Iran (200 000 tonnes d’urée iranienne sur un total de 12 millions de tonnes d’importations), mais dépend de l’Égypte pour 26 % de ses importations. Or, l’Égypte a besoin de gaz pour produire cette urée, gaz qu’elle importe principalement d’Israël. Suite à l’arrêt du transport de gaz par pipelines pour des raisons de sécurité début mars, les coûts de production ont bondi, faisant passer le prix de l’urée de 550 à 650 dollars la tonne.
Cette hausse s’ajoute à un contexte déjà tendu sur les engrais par les sanctions contre la Russie et l’application du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF).
Quelles sont les conséquences pour la « Ferme France » ?
Pour la récolte 2026, environ 85 % des besoins en engrais avaient été couverts par les agriculteurs à des prix déjà élevés. L’impact du conflit actuel ne touche donc que les 15 % d’achats restants.
En revanche, la principale source d’inquiétude concerne la récolte 2027. Les prix élevés prévus pour le printemps prochain obligeront les agriculteurs à repenser leurs assolements. Certains pourraient délaisser des cultures gourmandes en azote, comme le maïs, pour d’autres productions moins exigeantes. On voit déjà ce phénomène aux États-Unis.
Pour réduire la dépendance aux engrais azotés, on peut engager des changements de cultures. Mais l’adaptation des agriculteurs est limitée par les conditions pédoclimatiques : on ne peut pas cultiver n’importe quelle plante sur n’importe quel sol.
L’autre poste qui explose est le Gazole Non Routier (GNR). Avant le conflit, le prix était de 700 € par mètre cube, contre 1 450 € aujourd’hui, soit une hausse de 100 % en quelques jours. Le poste énergétique subit une inflation brutale au moment le plus critique du calendrier agricole avec les semis de printemps pour le maïs, le tournesol, l’orge et la betterave.
Que peut-on faire ?
Il n’y a pas de solution miracle. Le problème de fond, c’est le manque de vision européenne sur le sujet. On aurait dû construire un plan stratégique de souveraineté énergétique, tout comme on a commencé à s’occuper de la souveraineté alimentaire après le début de la guerre en Ukraine. Tant que la production nationale ou européenne ne sera pas renforcée, le secteur restera tributaire de la volatilité des marchés extérieurs et des crises géopolitiques mondiales. On ne peut pas être dépendant des engrais, qui viennent d’Égypte, d’Algérie et de Russie. Cette situation place l’agriculture dans une position de vulnérabilité diplomatique et économique.


