Avant tout, c’est l’ampleur de la mobilisation pour trouver des alternatives qui ressort ce 24 mars lors du colloque de restitution des résultats du plan de sortie du phosmet, organisé à Paris. Lancé en janvier 2022 dans une situation d’urgence à la suite du retrait de la molécule, ce plan a réuni 26 partenaires principaux, issus de la recherche publique et privée, des instituts techniques et des acteurs économiques. Au total, 11 projets ont été conduits entre 2022 et 2025, avec une organisation qui associe également une centaine d’acteurs du terrain au sein de comités régionaux.

Cette organisation collective a créé un continuum entre la production de connaissances et la mise en œuvre opérationnelle. Elle accélère l’appropriation des solutions et renforce leur diffusion. Le plan a également bénéficié d’un financement public-privé, à hauteur de 6 M€.

Ainsi, avec le PNRI pour la betterave, ce modèle collectif a inspiré le Parsada (1). Raison pour laquelle les projets qui méritent d’être approfondis rejoignent en 2026 ce plan de recherche commun à toutes les filières. Mais surtout, le plan de sortie du phosmet livre des résultats tangibles, déjà visibles dans les exploitations. « On peut être fiers de ce qu’on a fait. On a coché toutes les cases, puisque nous avons généré de la connaissance et des résultats. Et cela se traduit sur le terrain aujourd’hui », a souligné Laurent Rosso, directeur de Terres Inovia, en ouverture du colloque.

Démarche colza robuste, le socle

Ainsi, les travaux confirment l’efficacité de la démarche colza robuste. Elle repose sur une combinaison de leviers agronomiques désormais bien identifiés pour que le colza atteigne le stade 4 feuilles avant le 20 septembre, période où les altises adultes sont actives. Plus de 100 techniciens ont ainsi été formés à ces pratiques. De surcroît, l’apport de 30 unités d’azote à l’automne, favorable à une croissance dynamique du colza, a été rendu possible sous conditions dans la plupart des régions. Le gain moyen de biomasse est de 500 gr/m2 en entrée d’hiver et 260 g/m2 en sortie. Autre avancée, le critère de « bon comportement des variétés face aux ravageurs » entre désormais dans les critères d’évaluation en vue de l’inscription des variétés au catalogue.

Parallèlement, des stratégies complémentaires ont pris forme. Testées sur 50 territoires, les intercultures pièges, comme la ravenelle navette ou le chou chinois, ont fait leurs preuves. Semées à la même période que le colza, ces plantes détournent une partie des adultes et limitent ainsi la pression sur la culture principale. Ces espèces, comme par exemple le radis chinois, présentent une efficacité dans 43 % des situations, en attirant en moyenne 29 % des adultes. « Plus que jamais, la robustesse du système de culture dans son ensemble devient centrale et on passe d’une logique de correction à une logique d’anticipation », insiste Asfaneh Lehalli, directrice adjointe de Terres Inovia. À noter, des pistes ont été écartées, faute de preuve d’efficacité, comme l’usage de biostimulants ou le semis de variétés de colza pièges en mélange.

Pistes prometteuses avec le biocontrôle, l’écologie chimique et la génétique

En matière de biocontrôle, l’un des projets consiste à utiliser des extraits de brassicacées riches en glucosinolates. Ils sont capables de perturber l’alimentation des insectes. Ce projet, porté par De Sangosse, se poursuit. Une autre solution est proposée par Certis Belchim et Alvie (digital). Elle associe un produit de biocontrôle à un outil d’aide à la décision, afin d’intervenir au moment le plus opportun lors du vol des ravageurs. Là aussi, le produit devra avoir son autorisation de mise sur le marché pour cet usage.

La recherche explore également de nouvelles perspectives. D’ailleurs, la mise au point de l’élevage d’altises en laboratoire constitue une avancée décisive pour mieux comprendre le ravageur et tester de nouvelles solutions.

Ainsi, les travaux en écologie chimique visent à identifier des médiateurs olfactifs capables d’attirer ou de détourner les insectes, voire de perturber leur capacité à se repérer. En parallèle, des sources de résistance génétique ont été identifiées chez des espèces apparentées au colza, notamment chez le chou. Ces travaux ouvrent des perspectives pour l’introduction de gènes de résistance dans les futures variétés de colza.

Côté feuille de route collective, l’accent est mis sur le déploiement. « Il s’agit de renforcer les approches à l’échelle des systèmes et des territoires, de combiner l’ensemble des leviers agronomiques, génétiques et biologiques, selon les situations », prévient Asfaneh Lehalli.

Forte de ce bilan positif, la filière des oléoprotéagineux poursuit son soutien à l’innovation. Xavier Dorchies, directeur général délégué de Sofiprotéol, a annoncé le lancement d’un nouvel appel à projets pour avril 2026. Doté d’une enveloppe de 300 000 euros, il cible le biocontrôle.

Pour conclure, Gilles Robillard, président de Terres Inovia, a formulé un vœu : que l’élan collectif engagé avec le plan phosmet serve de modèle pour relever, avec la même détermination, les défis posés par le changement climatique.

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(1) Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures.

Les projets qui se poursuivent dans le Parsada

Comme l’a rappelé Christian Lannou, directeur scientifique adjoint de l’Inrae, la démarche « sortie du phosmet » a joué un rôle de prototype pour organiser des projets plus ambitieux et leur donner une nouvelle ampleur. Dans le cadre du Parsada, les projets Ardeco (écologie chimique), Metaserv (plantes de service), Altifast (lutte contre l’altise), Coleofast (charançon du bourgeon terminal) et Asap (surveillance des résistances aux méthodes de lutte) prolongent ainsi les acquis du plan initial.