Les dirigeants de Cristal Union ont affiché leur confiance, lors de la présentation à la presse des résultats annuels 2025-2026. « Pourquoi cette confiance ? Parce qu’on a tiré les enseignements du dernier point bas, il y a 6 ans, quand Cristal Union perdait 100 millions d’euros et payait la betterave 22 €, a exposé le président Olivier de Bohan. Aujourd’hui, dans une même situation, nous dégageons 20 millions d’euros de résultats et nous payons la betterave 35 €. Comment en sommes-nous arrivés là ? On a mis en place dans une stratégied’optimisation industrielle avec plus de 100 millions d’euros par an pour d’investissement dans nos usines.L’autre point, c’est le désendettement du groupe : aujourd’hui, le coût des intérêts de la dette représente moins d’un euro de la tonne de betterave. Et puis, la mise en place dans les bonnes années de la caisse de péréquation permet de payer les betteraves contractées plus de 35 €. Enfin, la baisse de 16 % des surfaces européennes en 2 ans devrait faire remonter les prix du sucre européen. »
Chiffre d’affaires en baisse de 14 %
La confiance est donc de mise chez Cristal Union, malgré une baisse de 14 % du chiffre d’affaires par rapport à l’exercice précédent, qui s’établit à 2,275 milliards d’euros. Cette diminution s’explique principalement par la chute des prix du sucre. L’EBITDA du groupe ressort à 138 millions d’euros, contre 287 millions d’euros l’année passée.
Le résultat net affiche une perte comptable de 442 millions d’euros qui peut sembler assez élevée, mais le directeur général, Xavier Astolfi, souligne qu’elle résulte d’une dépréciation des écarts d’acquisition à hauteur de 462 millions d’euros. Sans cette réévaluation d’actifs, acquis pendant le régime des quotas, le résultat net serait positif de 20 millions d’euros. Cette opération ajuste la valeur comptable d’acquisitions passées (notamment le rachat du groupe Vermandoise) à la réalité des marges actuelles : 7 à 11 %, contre 15 % à l’époque des quotas. « C’est une opération technique qui n’a pas d’effet, ni sur le paiement des betteraves, ni sur la solidité financière du groupe », a assuré Xavier Astolfi.
Parallèlement, Cristal Union a poursuivi son désendettement. La dette financière nette, retraitée des stocks au 31 janvier, n’est que de 30 millions d’euros, ce qui permet au groupe de rester à l’affût d’opportunités, comme cela s’est produit l’année dernière avec le rachat de la sucrerie Lesaffre de Nangis.
35,14 €/t grâce à la caisse de péréquation
Malgré un contexte de marchés dégradé, Cristal Union assure à ses adhérents une rémunération moyenne de 35,14 €/t pour les betteraves contractées en 2025. Ce niveau de prix a été rendu possible grâce à un complément de 3 €/t apporté par la caisse de péréquation collective, alimentée lors des deux exercices précédents. Au total, le groupe a puisé environ 42 millions d’euros dans cette réserve pour stabiliser le prix payé aux agriculteurs et ainsi sécuriser les surfaces betteravières en rendant la culture compétitive face aux alternatives. Les betteraves excédentaires sont quant à elles payées 25,50 €/t.
Vers une raréfaction de l’offre européenne
En Europe, les prix du sucre sont sous pression du marché mondial excédentaire et ne couvrent pas les coûts de production après le choc inflationniste de 2022-2024. Toutefois, des signes de rebond se dessinent pour la campagne 2026-2027. Les surfaces européennes ont reculé de 9 % l’an dernier et devraient encore baisser de 7 % cette année, atteignant leur plus bas niveau depuis dix ans avec environ 1,41 million d’hectares. Un déficit de production, attendu entre 1 et 2 millions de tonnes en Europe, devrait soutenir les prix européens, que Cristal Union projette entre 600 et 650 € la tonne pour l’an prochain.
Décarbonation et autonomie en eau
Cristal Union maintient son cap d’investissement de 100 millions d’euros par an pour moderniser ses 14 sites de production et accélérer sa transition écologique. Le groupe vise une réduction de 27,5 % de ses émissions de CO2 d’ici 2030 (par rapport à 2019).
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Par ailleurs, toutes les sucreries du groupe sont désormais autonomes en eau : elles n’utilisent plus de forages et recyclent l’eau contenue dans la betterave pour alimenter le processus industriel. L’objectif est d’étendre cette autonomie aux distilleries d’ici 2030. De plus, le groupe déploie des installations de méthanisation (comme à Bazancourt, Arcis-sur-Aube, Fontaine-le-Dun et Nangis) pour produire du biogaz à partir des eaux de process, réduisant ainsi sa dépendance au gaz fossile.
Sur le plan commercial, cette stratégie est valorisée par l’offre « Amplify », qui garantit aux clients industriels un sucre et un alcool avec une empreinte carbone parmi les plus basses du marché. Les primes obtenues sur ces produits « bas carbone » sont ensuite reversées aux agriculteurs.
L’éthanol, un marché porteur
Les activités alcool et bioéthanol représentent 24 % du chiffre d’affaires du groupe. Le marché a été porteur et Cristal Union a opéré « des arbitrages qui étaient nettement favorables à l’alcool et à l’éthanol en 2025-2026, d’environ 100 €/t supplémentaire par rapport au sucre à l’export », a expliqué Stanislas Bouchard, directeur général adjoint de Cristal Union et directeur de l’entité commerciale Cristalco.
Bien que le marché européen soit actuellement déficitaire en éthanol et que la consommation de bioéthanol soit en hausse, Cristal Union dénonce les distorsions de concurrence liées aux importations massives sans droits de douane et les nouveaux accords commerciaux, comme le Mercosur. Le groupe ne prévoit donc pas de construire de nouvelles distilleries. À long terme (10-15 ans), l’éthanol est vu comme un relais de croissance pour les carburants du futur, notamment pour l’aviation (SAF), bien que ces projets soient lourds et nécessitent un soutien public.
45 % de la surface betteravière française
170 000 ha de surfaces emblavées, dont 1 201 ha en bio
1,7 Mt de sucre blanc
298 000 m3 d’alcools
260 000 m3 de bioéthanol


