mercredi 14 novembre 2018
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Bruno Tremblay (Bayer) : "Le numérique est un moteur d’avenir pour l’agriculture européenne"

Pour Bruno Tremblay, vice-président Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique de Bayer, le lien entre « l’agriculture numérique et la production durable n’est pas encore clair dans l’esprit de nombreux responsables politiques ». Il pense que si la future PAC « se concentre sur la production de denrées alimentaires durables, cela peut être réalisé grâce au numérique ». Interview. Un article de notre partenaire européen Euractiv.

 

Que pensez-vous des propositions de la nouvelle politique agricole commune (PAC) ? Certains suggèrent que l’introduction tant attendue de nouvelles technologies et de pratiques agricoles de précision dans le secteur n’est pas suffisamment soutenue.

A l’origine, l’objectif de la PAC était d’assurer une production agricole alimentaire suffisante en Europe, après toutes les tensions que nous avons connues après la Seconde Guerre mondiale. Après avoir atteint l’autosuffisance dans les années 1970, l’objectif de la PAC est devenu d’accorder des subventions pour garantir que nous continuions à produire des produits agricoles dans toute l’Europe, en gérant plus ou moins les types de cultures et les quantités à produire. J’ai l’impression que la PAC sera désormais davantage axée sur la manière dont les biens sont produits. Il n’y a plus d’incitations basées sur la quantité mais plutôt sur la composante « verte » de la production. La PAC devient de plus en plus verte, se concentre sur la manière de produire des denrées alimentaires de manière plus durable, ce qui peut être réalisé grâce à des innovations telles que l’agriculture numérique. Je pense toutefois que le lien entre l’agriculture numérique et la production durable n’est pas encore clair dans l’esprit de nombreux responsables politiques. La numérisation ne signifie pas confisquer les données des producteurs ; il s’agit plutôt de l’impact positif que l’agriculture de précision aura sur l’agriculture durable et productive en Europe.

Certains producteurs craignent que ce type d’innovation soit un moyen de les contrôler….

Les données appartiennent toujours aux producteurs, même après avoir choisi de les partager sur notre plateforme. Nous ne pouvons les utiliser à aucune fin, interne ou externe, sans leur consentement préalable. Les données peuvent ensuite être utilisées pour permettre aux producteurs de mieux comprendre toutes les décisions qu’ils doivent prendre dans leurs champs. Nous considérons plutôt ces plateformes numériques comme un fournisseur de solutions. L’idée est de créer de la valeur pour nos clients et notre entreprise en fournissant des technologies numériques aux producteurs.

Un débat est en cours en Europe sur l’avenir de l’agriculture à la lumière d’une concurrence mondiale de plus en plus accrue. Qu’attendez-vous de la prochaine Commission européenne ?

La question clé qu’il sera intéressant d’examiner est la vision de l’agriculture européenne pour l’avenir. Nous devons surtout déterminer si voulons être une région exportatrice dans le monde, ou si nous nous dirigeons davantage vers une production autosuffisante, davantage axée sur l’agriculture biologique et l’autosuffisance.

En Europe, on a tendance à penser davantage à la manière dont nous produisons qu’à la compétitivité de l’agriculture. Je pense que l’agriculture en Europe bénéficierait d’un accès plus large à l’innovation et aux nouvelles technologies. Les entreprises devraient participer davantage au dialogue avec les différentes parties prenantes, alors qu’aujourd’hui, on croit que l’innovation en agriculture n’est pas ce que les consommateurs veulent. Nous devrions interagir davantage pour comprendre les attentes des consommateurs et communiquer de manière plus transparente sur nos innovations. Là encore, la question porte sur notre vision : s’agit-il simplement de nous nourrir ou d’être une région exportatrice vers les autres pays méditerranéens et africains ? D’un point de vue politique, l’Europe essaie d’aider l’Afrique à faire face au défi migratoire, et je suppose que l’agriculture fait partie de la réponse.

Une récente décision de la Cour de justice de l’UE sur le contrôle génétique a « secoué » l’industrie agro-alimentaire qui estime que cela ralentirait l’innovation. Partagez-vous ce point de vue ?

Oui, nous avons été déçus de la décision de la Cour de classer la modification génétique dans le même règlement que les OGM. C’est une occasion manquée pour l’innovation agricole en Europe. L’agriculture numérique, l’édition génétique et d’autres méthodes de sélection végétale sont les principaux moteurs de l’avenir de l’agriculture en Europe et, grâce à ces deux méthodes, nous pouvons avoir une agriculture beaucoup plus durable.La modification génétique est une technologie de sélection beaucoup moins invasive et beaucoup plus précise. En outre, ces méthodes peuvent réduire considérablement le temps de développement de nouvelles variétés végétales à moins de la moitié de la durée actuelle, qui peut atteindre 15 ans. De plus, si vous parvenez à développer correctement des hybrides plus résistants à certaines maladies ou à certains insectes, vous pourriez probablement utiliser moins de produits chimiques, et nous avons des études qui prouvent que cette technologie réduit considérablement l’utilisation des produits chimiques. Je m’inquiète pour l’Europe si elle décide de rejeter cette technologie. Pendant ce temps, l’Amérique du Nord et du Sud, ou même l’Asie, adoptent très rapidement ces nouvelles techniques de sélection, car elles voient que les avantages vont au-delà de la technologie des OGM. Les éleveurs et les agriculteurs européens seront perdants, car ils n’auront pas eu la possibilité d’explorer l’énorme potentiel et les avantages de ces innovations en matière de sélection végétale dans la pratique.

Le débat sur le glyphosate a divisé les parties prenantes de l’UE et a suscité des discussions sur la crédibilité du processus décisionnel de l’UE et sur la question de savoir s’il repose sur des preuves scientifiques ou sur des émotions. Quelle est votre position ?

Le fait est que toutes ces émotions ont été suscitées par le renouvellement de l’autorisation du glyphosate au niveau européen en novembre 2017. Mais il n’y a aucune question ou aucun débat de la part d’agences nationales ou d’autorités réglementaires dans tous les pays du monde où des produits à base de glyphosate sont homologués. Le glyphosate est un outil précieux et sûr pour les agriculteurs et les autres utilisateurs depuis plus de 40 ans. Le glyphosate est probablement l’ingrédient actif ayant fait l’objet du plus grand nombre d’études scientifiques de l’industrie.

Il s’agit d’un débat politique et pour l’aborder, nous devons dialoguer et coopérer avec les gouvernements locaux car ils ont besoin de sentir la proximité de notre équipe. Nous travaillons sur les données de sécurité que nous pourrions partager avec le public pour regagner sa confiance puisque le débat est très émotif et passionné, mais la science n’a pas eu beaucoup de place dans cette discussion. Dans certains pays, ce débat va au-delà du glyphosate : c’est une préoccupation générale au sujet des pesticides et de la façon dont ils sont autorisés. Récemment, il y a eu une discussion sur le processus d’autorisation de l’EFSA et je pense que les gouvernements nationaux et les agences de l’UE doivent être plus proactifs dans la communication de leur travail et de leur mode de fonctionnement. Nous ne sommes qu’un des nombreux acteurs du glyphosate en Europe. Pour nous, c’est un produit important et il est essentiel pour les producteurs de produire des aliments sûrs et abordables, car cela fait partie de leurs pratiques agronomiques normales. Par conséquent, nous ne voyons pas comment les producteurs pourraient remplacer le glyphosate par un produit plus sûr et plus rentable à l’avenir.

Donc même des verdicts comme ceux rendus aux États-Unis ne pourraient pas affecter les activités de Bayer en Europe ?

Nous ne sommes pas d’accord avec le verdict et nous avons l’intention de demander un réexamen par le tribunal et de faire appel, si nécessaire. Ce qui s’est passé aux États-Unis, c’est qu’un jury a rendu une décision en Californie à la suite d’une discussion sur l’étiquetage pour déterminer s’il contenait suffisamment de mises en garde. Or, plus de 800 études scientifiques – dont une étude indépendante qui a suivi plus de 50 000 travailleurs agricoles appliquant des pesticides autorisés et leurs conjoints pendant plus de 20 ans – et les autorités réglementaires du monde entier confirment que le glyphosate et les herbicides à base de glyphosate peuvent être utilisés en toute sécurité s’ils sont utilisés conformément aux instructions figurant sur les étiquettes.

Propos recueillis par Gerardo Fortuna (Euractiv.com) – traduit par Marion Candau


18 octobre 2018

Bertrand Chauffert (Marne) : testeur d'objets connectés

Installé à Saint-Memmie (Marne), Bertrand Chauffert expérimente depuis deux ans des objets connectés sur son exploitation, afin de lui faciliter son travail. Au menu : le traçage des produits phytosanitaires, une balise GPS, des pièges à insectes, une station météo.

Bertrand Chauffert est tombé dans la marmite des objets connectés un peu par hasard. Avant d’y prendre goût et d’en devenir aujourd’hui un porte-drapeau. En novembre 2015, l’agriculteur basé à Saint-Memmie (Marne) est contacté par Gabriel Guinoiseau, président de la startup Nexxtep Technologies, basée à Châlons-en-Champagne, qui commercialise et développe des systèmes électroniques. Il cherche alors un agriculteur pouvant expérimenter des objets connectés pour l’agriculture, servir de vitrine et participer à leur amélioration. Bertrand, dont l’exploitation de 135 hectares est située à quelques kilomètres de là, accepte de relever le défi. « Aujourd’hui, nous sommes obligés d’avoir une traçabilité précise dans nos exploitations à cause des contraintes environnementales. Ces outils vont nous apporter un réel confort pour nous simplifier la vie », explique celui qui cultive des betteraves, du blé et du colza notamment.

Proposer des améliorations

Depuis janvier 2016, il teste donc les produits que lui confie Nexxtep Technologies, moyennant une rémunération qu’il tient à garder secrète. Près d’une dizaine de dispositifs sont déployés sur sa ferme. Un lecteur de puces RFID, une balise GPS, une sonde de température, une station météo, des capteurs pour l’ouverture des bâtiments, des drones, etc. « Ces objets sont conçus par des ingénieurs et des informaticiens, qui ne sont pas forcément issus du secteur agricole. On se complète. Mon rôle est de tester ces nouvelles technologies sur le terrain et de proposer des améliorations si besoin. Les techniciens viennent sur place pour effectuer leurs réglages. J’accueille aussi régulièrement le public ou des écoles pour expliquer cette démarche et proposer des démonstrations », explique l’exploitant également assistant technique pour le semencier SES Vanderhave. Parmi les solutions à l’essai chez l’agriculteur, le système Keyfield permet de tracer les produits phytosanitaires utilisés.

Un boîtier aimanté sur le pulvérisateur lit les puces RFID ou les flash codes présents sur les bidons. Un peson connecté contrôle ensuite la quantité de produit qui a été utilisée. Une fois le bidon vide, Bertrand le place dans le local des Emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP) où un second boîtier Keyfield l’identifie. « Avant ce système, je devais taper toutes les données dans l’ordinateur. Une vraie perte de temps. Aujourd’hui, le logiciel gère tout. C’est une révolution », se réjouit l’exploitant.

Traiter au bon moment

Le dispositif Trackfield mis au point par Axe Environnement permet, lui, de calculer le temps précis d’utilisation d’un outil. Il est doté d’un système GPS installé sur un tracteur, qui enregistre les distances travaillées ou non dans les champs par un outil. « Les données sont automatiquement collectées et enregistrées dès que l’outil est utilisé au champ. C’est très pratique si l’on veut facturer le temps d’utilisation pour les ETA ou les Cuma », estime Bertrand Chauffert. Toutes les données recueillies sont ensuite transmises par un réseau bas débit Sigfox, au logiciel de gestion de parcelles Geofolia, qui permet de visualiser et modéliser sur écran toutes les informations. Une station météo Weenat est également testée sur l’exploitation. Commercialisée par Nexxtep, elle fournit des prévisions et enregistre la température, le vent et son orientation, la pluviométrie, etc. « Cela nous conseille sur les dates de traitement en fonction de la température et du vent. Par exemple, on ne peut pas traiter les cultures au-delà de 18 km/h », souligne Bertrand Chauffert. Plus original, un piège à insectes connectés. Longtemps, l’exploitant a eu recours à des phéromones pour attirer les nuisibles, comme les papillons noctuelles sur ses betteraves. « Je les comptais moi-même, mais cela était fastidieux », se rappelle-t-il. Aujourd’hui, ses pièges sont dotés d’une cellule photoélectrique capable d’identifier les insectes grâce à un détecteur de son qui enregistre leurs battements d’ailes. « Cela nous permet d’intervenir en cas de seuil atteint et de faire un traitement au juste moment », détaille l’agriculteur.

Une ferme vitrine

Parmi les autres innovations déployées sur son exploitation, citons la sonde de température installée dans le silo de céréales qui pourrait être utilisée bientôt pour d’autres productions comme la betterave, des capteurs IDOsens permettant de contrôler l’ouverture et la fermeture d’un hangar, grâce à la luminosité ou encore des drones. Ces derniers, fabriqués par Parrot, sont utilisés pour la première fois cette année pour gérer les apports en azote sur colza. Avec cette dizaine d’objets connectés testés sur son exploitation, la ferme de Bertrand Chauffert fait figure de vitrine de l’agriculture moderne. Pas étonnant qu’il ait été choisi pour faire partie de l’aventure de Planet A, prévu en juin 2018 à Châlons-en-Champagne. Souhaité par le maire de la ville, Benoist Apparu, ce rendez-vous mondial (lire Le Betteravier français n°1064 du 7 novembre 2018) ambitionne de dessiner le nouveau visage de l’agriculture des prochaines années. Un événement attendu avec impatience par Bertrand Chauffert.

Adrien Cahuzac


27 mars 2018

Start-up : Isagri lance "Promize" pour accélérer sa capacité d'innovation

En nouant des partenariats avec des start-up et des grands groupes, Promize ambitionne d’accélérer l’innovation d’Isagri sur de nouvelles technologies allant du big data à l’intelligence artificielle.

Le leader français de l’informatique agricole lance sa propre start-up interne. Baptisée « Promize », elle a pour but d’accélérer l’innovation du groupe Isagri en développant des partenariats entre petits et grands acteurs des nouvelles technologies. « L’agilité de Promize va permettre de favoriser les échanges collaboratifs avec l’écosystème de l’Agtech. L’objectif est de mutualiser les forces créatrices, tant sur la structure que sur les méthodes de travail, pour garantir la mise en marché de solutions digitales innovantes », explique Alexandre Diaz, le responsable innovation d’Isagri. L’entité, qui fonctionnera dans un premier temps avec 6 personnes, sera localisée dans les locaux d’Isagri près de Beauvais (Oise), mais sera pourtant autonome, affirme le groupe. Elle sera amenée à travailler sur les objets connectés, le big data, les outils d’aide à la décision et l’intelligence artificielle, notamment. « L’idée est vraiment de développer de nouveaux marchés, pas de soutenir financièrement des acteurs, même si l’on ne s’interdit rien », souligne Alexandre Diaz.

Plusieurs partenariats non capitalistiques ont déjà été mis en place. Le premier, avec la start-up Karnott, a pour objectif de supprimer les saisies manuelles relatives à l’utilisation de matériels agricoles. « C’est un boîtier qui s’installe sur les équipements et collecte les données. Cela permet de gagner beaucoup de temps », explique Antoine Dequidt, agriculteur et cofondateur de Karnott. Pour ce faire, une « Application Programming Interface (API) » a été développée pour remonter automatiquement les données récupérées par le boîtier électronique. 450 d’entre eux sont déjà en fonction depuis juillet 2017. L’objectif de Karnott est d’atteindre 3 000 boîtiers vendus en 2018 et 35 000 d’ici à cinq ans. Autre partenariat, celui avec Biosco. La start-up travaille sur la réduction des coûts logistiques. Elle coopère avec Promize sur l’intégration des algorithmes dans les outils de prévisions de collecte des organismes stockeurs. « Les données, remontées en temps réel, optimisent la logistique. Elles permettront de réduire de 10 % le coût logistique d’une coopérative ou d’un négoce », affirme Thibaut de Saint-Denis, le président de Biosco. Mais Promize entend travailler aussi avec de grands groupes. C’est le cas de l’assureur Groupama avec qui Promize souhaite mettre en place un réseau de capteurs chez les agriculteurs pour construire de nouveaux services d’assurances indicielles. Dans la même logique, la start-up d’Isagri a annoncé des travaux communs avec Orange Business Services, la division professionnelle de l’opérateur Orange, pour améliorer les technologies de collecte et stockage de données, et avec Microsoft pour proposer de nouveaux objets connectés comme le casque de réalité mixte (HoloLens) ou la reconnaissance vocale et de texte (chatbot).

A.C.


27 février 2018
Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.