lundi 17 décembre 2018
media connecte à la terre media connecte à la terre media connecte à la terre Betteravier de l'année 2019
De gauche à droite : Martin Poupart, Adrien Kozak, Gaetan Maillot, Paul Jonon, salariés de la SARL Poupart, et Grégory, salarié du sous-traitant Verdun Paysage. De gauche à droite : Martin Poupart, Adrien Kozak, Gaetan Maillot, Paul Jonon, salariés de la SARL Poupart, et Grégory, salarié du sous-traitant Verdun Paysage. ©A.C.

Martin Poupart (Marne) : betteravier et exploitant forestier

Exploitant en grandes cultures, Martin Poupart a développé une entreprise de travaux forestiers. Spécialisée dans les peupliers, elle connaît une forte croissance, assurant la majorité des revenus de l’agriculteur.

Débroussaillage, abattage, coupe, débardage… En cette journée nuageuse de fin septembre à Cuiry-Housse (Aisne), près de Soissons, les opérations de travail forestier se succèdent pour Martin Poupart et son équipe. L’agriculteur de 33 ans est installé à une centaine de kilomètres de là, à Bussy-Lettré (Marne), sur 200 hectares de grandes cultures, exploités avec son père. Pourtant, dès la fin de ses études, il a choisi de diversifier ses activités. Fraîchement diplômé de l’ESA d’Angers en 2008, il se destine à reprendre l’exploitation familiale. Mais la création d’une autre activité, en parallèle, le démange. Il se met en tête de se lancer dans l’exploitation forestière. « Le domaine m’attirait beaucoup, mais je n’y connaissais rien. Personne de ma famille n’était dans le secteur. Je me suis formé », se rappelle-t-il. Il passe alors un brevet professionnel agricole de travaux forestiers au CFPPA du Chesnoy, près de Montargis (Loiret). En 2009, âgé de 24 ans, il crée sa propre entreprise, la SARL Poupart. Il démarre prudemment. Il achète un premier équipement : un tracteur débusqueur, pour réaliser des prestations de débardage, moyennant 12 000 euros financés par des prêts bancaires. Il apprend ensuite le métier sur le tas. « J’ai rencontré des exploitants forestiers qui m’ont appris les astuces du métier : comment bien acheter du bois et voir la qualité », confie-t-il. Puis, il recrute des salariés et achète de nouveaux équipements : une pelle à chenilles et une déchiqueteuse, pour plusieurs centaines de milliers d’euros, financées avec des prêts bancaires et une aide du fonds européen Feader.

« Ne pas grandir trop vite »
Le travail bien fait et le sérieux de son équipe lui permettent d’avoir aujourd’hui un carnet de commandes bien fourni, pour les 7 à 8 mois à venir. « Nous avons beaucoup de demandes. Le délai augmente car il y a un manque de main-d’oeuvre de qualité », affirme-t-il en précisant qu’il a recruté 3 personnes en 2016, portant l’effectif de l’entreprise à 6 salariés. Pour dénicher de nouvelles compétences, il collabore avec le CFPPA du Chesnoy et fait appel régulièrement à des stagiaires pour « détecter de bons profils ». Prudent, Martin Poupart ne veut pas aller trop vite. « Il faut réussir à stabiliser une équipe pour que tout se passe bien », assure-t-il. Dans le même souci de ne pas grandir trop rapidement, il a choisi de spécialiser son activité essentiellement sur le peuplier, un arbre très présent dans l’Aube et la Marne. « Pendant longtemps, le peuplier n’était pas très rémunérateur. Aujourd’hui, cela a changé, car il y a une demande de plus en plus forte des industriels, que cela soit pour l’ameublement (contreplaqué), la manutention (palettes) ou l’agroalimentaire», explique-t-il. Contrairement à beaucoup d’arbres, le peuplier n’est pas scié. Il est déroulé grâce à une lame au-dessus du tronc, pour obtenir une fine feuille de bois de 20 mètres de long et quelques millimètres d’épaisseur. Les bois les plus nobles, sans veine, sont destinés à la fabrication de boîtes à camembert et de cageots à légumes. Les déchets de bois (copeaux) partent, le plus souvent, vers la filière bois énergie.

15 à 20 % de croissance
Dix ans après sa création, la SARL Poupart poursuit son développement avec succès. Le chiffre d’affaires (1,5 million d’euros en 2017) est en hausse de 15 à 20 % chaque année. 80 % sont issus de la vente de produits forestiers, des troncs d’arbres essentiellement, le reste sur la réalisation de travaux sylvicoles, plantations et entretien des peupleraies. « Le fait d’avoir mon père sur l’exploitation m’a permis de me diversifier petit à petit et de ne pas mettre tous mes oeufs dans le même panier », estime-t-il. Pour diminuer les charges, une bonne partie des équipements est par ailleurs mutualisée avec l’exploitation de sa femme, Armelle, située à Allibaudières (Aube). « Nous partageons les tracteurs et la location de la moissonneuse-batteuse. Le seul équipement que nous avons en double sont les pulvérisateurs », détaille-t-il. L’essentiel des revenus de Martin Poupart provient aujourd’hui à 70 % de l’activité de travaux forestiers, contre 30 % pour l’exploitation agricole. « La betterave est beaucoup moins intéressante qu’avant », affirme-t-il. Si tout semble aller pour le mieux pour la SARL Poupart, l’avenir pourrait être moins radieux, craint le jeune dirigeant. « Si nous ne faisons rien, il va y avoir une crise de la ressource dans quelques années. Les propriétaires des terrains n’ont pas assez replanté », insiste-t-il. Les cycles de développement sont longs dans l’univers de la sylviculture. Une fois les peupliers replantés (6 cm de diamètre et 3 mètres de hauteur en moyenne), il faut attendre 16 à 17 ans pour pouvoir les exploiter, soit 45 cm de diamètre minimum et 30 mètres de haut. Ce qui le motive ? « Veiller à la ressource naturelle et reconstituer des peupleraies françaises, qui sont perçues comme étant de grande qualité dans le monde entier. La France est le 1er producteur de peupliers d’Europe », rappelle-t-il. Martin Poupart devra être force de persuasion auprès de ses clients pour conserver cet héritage.

Adrien Cahuzac

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Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.