samedi 20 octobre 2018
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Bruno Tremblay (Bayer) : "Le numérique est un moteur d’avenir pour l’agriculture européenne"

Pour Bruno Tremblay, vice-président Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique de Bayer, le lien entre « l’agriculture numérique et la production durable n’est pas encore clair dans l’esprit de nombreux responsables politiques ». Il pense que si la future PAC « se concentre sur la production de denrées alimentaires durables, cela peut être réalisé grâce au numérique ». Interview. Un article de notre partenaire européen Euractiv.

 

Que pensez-vous des propositions de la nouvelle politique agricole commune (PAC) ? Certains suggèrent que l’introduction tant attendue de nouvelles technologies et de pratiques agricoles de précision dans le secteur n’est pas suffisamment soutenue.

A l’origine, l’objectif de la PAC était d’assurer une production agricole alimentaire suffisante en Europe, après toutes les tensions que nous avons connues après la Seconde Guerre mondiale. Après avoir atteint l’autosuffisance dans les années 1970, l’objectif de la PAC est devenu d’accorder des subventions pour garantir que nous continuions à produire des produits agricoles dans toute l’Europe, en gérant plus ou moins les types de cultures et les quantités à produire. J’ai l’impression que la PAC sera désormais davantage axée sur la manière dont les biens sont produits. Il n’y a plus d’incitations basées sur la quantité mais plutôt sur la composante « verte » de la production. La PAC devient de plus en plus verte, se concentre sur la manière de produire des denrées alimentaires de manière plus durable, ce qui peut être réalisé grâce à des innovations telles que l’agriculture numérique. Je pense toutefois que le lien entre l’agriculture numérique et la production durable n’est pas encore clair dans l’esprit de nombreux responsables politiques. La numérisation ne signifie pas confisquer les données des producteurs ; il s’agit plutôt de l’impact positif que l’agriculture de précision aura sur l’agriculture durable et productive en Europe.

Certains producteurs craignent que ce type d’innovation soit un moyen de les contrôler….

Les données appartiennent toujours aux producteurs, même après avoir choisi de les partager sur notre plateforme. Nous ne pouvons les utiliser à aucune fin, interne ou externe, sans leur consentement préalable. Les données peuvent ensuite être utilisées pour permettre aux producteurs de mieux comprendre toutes les décisions qu’ils doivent prendre dans leurs champs. Nous considérons plutôt ces plateformes numériques comme un fournisseur de solutions. L’idée est de créer de la valeur pour nos clients et notre entreprise en fournissant des technologies numériques aux producteurs.

Un débat est en cours en Europe sur l’avenir de l’agriculture à la lumière d’une concurrence mondiale de plus en plus accrue. Qu’attendez-vous de la prochaine Commission européenne ?

La question clé qu’il sera intéressant d’examiner est la vision de l’agriculture européenne pour l’avenir. Nous devons surtout déterminer si voulons être une région exportatrice dans le monde, ou si nous nous dirigeons davantage vers une production autosuffisante, davantage axée sur l’agriculture biologique et l’autosuffisance.

En Europe, on a tendance à penser davantage à la manière dont nous produisons qu’à la compétitivité de l’agriculture. Je pense que l’agriculture en Europe bénéficierait d’un accès plus large à l’innovation et aux nouvelles technologies. Les entreprises devraient participer davantage au dialogue avec les différentes parties prenantes, alors qu’aujourd’hui, on croit que l’innovation en agriculture n’est pas ce que les consommateurs veulent. Nous devrions interagir davantage pour comprendre les attentes des consommateurs et communiquer de manière plus transparente sur nos innovations. Là encore, la question porte sur notre vision : s’agit-il simplement de nous nourrir ou d’être une région exportatrice vers les autres pays méditerranéens et africains ? D’un point de vue politique, l’Europe essaie d’aider l’Afrique à faire face au défi migratoire, et je suppose que l’agriculture fait partie de la réponse.

Une récente décision de la Cour de justice de l’UE sur le contrôle génétique a « secoué » l’industrie agro-alimentaire qui estime que cela ralentirait l’innovation. Partagez-vous ce point de vue ?

Oui, nous avons été déçus de la décision de la Cour de classer la modification génétique dans le même règlement que les OGM. C’est une occasion manquée pour l’innovation agricole en Europe. L’agriculture numérique, l’édition génétique et d’autres méthodes de sélection végétale sont les principaux moteurs de l’avenir de l’agriculture en Europe et, grâce à ces deux méthodes, nous pouvons avoir une agriculture beaucoup plus durable.La modification génétique est une technologie de sélection beaucoup moins invasive et beaucoup plus précise. En outre, ces méthodes peuvent réduire considérablement le temps de développement de nouvelles variétés végétales à moins de la moitié de la durée actuelle, qui peut atteindre 15 ans. De plus, si vous parvenez à développer correctement des hybrides plus résistants à certaines maladies ou à certains insectes, vous pourriez probablement utiliser moins de produits chimiques, et nous avons des études qui prouvent que cette technologie réduit considérablement l’utilisation des produits chimiques. Je m’inquiète pour l’Europe si elle décide de rejeter cette technologie. Pendant ce temps, l’Amérique du Nord et du Sud, ou même l’Asie, adoptent très rapidement ces nouvelles techniques de sélection, car elles voient que les avantages vont au-delà de la technologie des OGM. Les éleveurs et les agriculteurs européens seront perdants, car ils n’auront pas eu la possibilité d’explorer l’énorme potentiel et les avantages de ces innovations en matière de sélection végétale dans la pratique.

Le débat sur le glyphosate a divisé les parties prenantes de l’UE et a suscité des discussions sur la crédibilité du processus décisionnel de l’UE et sur la question de savoir s’il repose sur des preuves scientifiques ou sur des émotions. Quelle est votre position ?

Le fait est que toutes ces émotions ont été suscitées par le renouvellement de l’autorisation du glyphosate au niveau européen en novembre 2017. Mais il n’y a aucune question ou aucun débat de la part d’agences nationales ou d’autorités réglementaires dans tous les pays du monde où des produits à base de glyphosate sont homologués. Le glyphosate est un outil précieux et sûr pour les agriculteurs et les autres utilisateurs depuis plus de 40 ans. Le glyphosate est probablement l’ingrédient actif ayant fait l’objet du plus grand nombre d’études scientifiques de l’industrie.

Il s’agit d’un débat politique et pour l’aborder, nous devons dialoguer et coopérer avec les gouvernements locaux car ils ont besoin de sentir la proximité de notre équipe. Nous travaillons sur les données de sécurité que nous pourrions partager avec le public pour regagner sa confiance puisque le débat est très émotif et passionné, mais la science n’a pas eu beaucoup de place dans cette discussion. Dans certains pays, ce débat va au-delà du glyphosate : c’est une préoccupation générale au sujet des pesticides et de la façon dont ils sont autorisés. Récemment, il y a eu une discussion sur le processus d’autorisation de l’EFSA et je pense que les gouvernements nationaux et les agences de l’UE doivent être plus proactifs dans la communication de leur travail et de leur mode de fonctionnement. Nous ne sommes qu’un des nombreux acteurs du glyphosate en Europe. Pour nous, c’est un produit important et il est essentiel pour les producteurs de produire des aliments sûrs et abordables, car cela fait partie de leurs pratiques agronomiques normales. Par conséquent, nous ne voyons pas comment les producteurs pourraient remplacer le glyphosate par un produit plus sûr et plus rentable à l’avenir.

Donc même des verdicts comme ceux rendus aux États-Unis ne pourraient pas affecter les activités de Bayer en Europe ?

Nous ne sommes pas d’accord avec le verdict et nous avons l’intention de demander un réexamen par le tribunal et de faire appel, si nécessaire. Ce qui s’est passé aux États-Unis, c’est qu’un jury a rendu une décision en Californie à la suite d’une discussion sur l’étiquetage pour déterminer s’il contenait suffisamment de mises en garde. Or, plus de 800 études scientifiques – dont une étude indépendante qui a suivi plus de 50 000 travailleurs agricoles appliquant des pesticides autorisés et leurs conjoints pendant plus de 20 ans – et les autorités réglementaires du monde entier confirment que le glyphosate et les herbicides à base de glyphosate peuvent être utilisés en toute sécurité s’ils sont utilisés conformément aux instructions figurant sur les étiquettes.

Propos recueillis par Gerardo Fortuna (Euractiv.com) – traduit par Marion Candau


18 octobre 2018

Phytosanitaires : l'UIPP à la reconquête de l'opinion

Les industriels de la protection des plantes ouvrent leurs usines et laboratoires de recherche aux citoyens pour expliquer leurs métiers et enjeux.

Il est désormais loin le temps où les jeunes ingénieurs, sortis d’écoles d’agronomie, rêvaient de travailler dans les firmes agrochimiques. En quelques années, les fabricants de produits phytosanitaires ont vu leur image écornée, pointée du doigt par les associations environnementales, les consommateurs et les pouvoirs publics, quant à la potentielle dangerosité de leurs produits. L’Union des industriels de la protection des plantes (UIPP) l’a bien compris. À l’occasion de ses 50 ans, l’association, avec ses 21 entreprises adhérentes, a décidé de partir à la reconquête des leaders d’opinions pour expliquer leurs métiers. « L’occasion de revenir sur les avancées passées, d’échanger avec la société et de se projeter dans une démarche de progrès pour le siècle à venir », explique Delphine Guey, directrice de la communication de l’UIPP. Lancée au Salon de l’Agriculture 2018, l’initiative baptisée « Le Siècle vert » s’est poursuivie en mai, avec la création de la Cité du Siècle vert, un lieu éphémère à Paris, consacré à la protection des plantes.

Visites d'usines

Aujourd’hui, la démarche entre dans une troisième phase, jusqu’en novembre, « les témoins du Siècle vert ». Le principe : emmener les citoyens sur le terrain et leur faire visiter les laboratoires de recherche, les serres, les parcelles d’essais et les usines, pour leur montrer comment les professionnels travaillent. Une première dans le secteur. Le coup d’envoi a eu lieu le 4 septembre, avec la visite du site BASF de Gravelines (Nord). Élus, agriculteurs, représentants des consommateurs et journalistes étaient invités à découvrir le site construit en 1989 qui fabrique et conditionne des herbicides liquides, à raison de 35 000 tonnes par an, exportés vers 60 pays. 1 M€ d’investissements est prévu cette année pour accroître les capacités du site de 165 salariés, « le plus gros du groupe dans le domaine des herbicides liquides ». Au terme du programme des visites, un « livre vert » recueillera les impressions et attentes des citoyens vis-à-vis de la protection des cultures, pour formaliser, en 2019, un pacte de la filière avec la société. Un changement de nom de l’UIPP devrait suivre.

A.C.


15 octobre 2018

Phytosanitaires : De Sangosse mise sur les bio-solutions

Le groupe lance une nouvelle stratégie, baptisée “Positive production”, autour du biocontrôle et des biostimulants. A la clef : un accroissement des investissements en recherche.      

C’est un changement stratégique important qui s’opère progressivement chez De Sangosse. « L’évolution des attentes sociétales et les besoins des agriculteurs nous ont convaincus de la nécessité de faire émerger de nouveaux modèles agronomiques, basés sur la production intégrée et une diminution des intrants », a expliqué, le 18 septembre, Nicolas Fillon, le directeur général du groupe, basé à Pont-du-Casse (Lot-et- Garonne). Avec 83 M€ de chiffre d’affaires en 2017, soit 5 % du marché de la protection des plantes, selon l’International biocontrol manufacturers association (IBMA), le marché du biocontrôle reste encore petit en France. Il affiche en revanche le plus fort taux de croissance du secteur, + 9 % en 2017, et devrait atteindre 15 % du marché de la protection des plantes en 2025, selon les projections de l’IBMA. Revendiquant la première place du biocontrôle en France, avec 22 % de parts de marché, De Sangosse ambitionne d’atteindre 30 % d’ici à 2022, avec une stratégie baptisée « Positive Production ». Pour y parvenir, De Sangosse accroît fortement ses investissements en recherche et développement. « En cinq ans, la part du budget investi en R&D a bondi de 30 %, passant de 4,5 % du chiffre d’affaires à près de 9 % », détaille Nicolas Fillon. Dans le même temps, l’effectif en recherche est passé à 100 personnes contre une cinquantaine il y a huit ans.

Du biocontrôle sur betteraves en 2020

L’entreprise, rachetée en 1989 par ses salariés, dispose déjà de 28 % des principes actifs de biocontrôle en France (fongicides, insecticides, régulateurs et anti-limaces), dans le domaine des grandes cultures, de la vigne, de l’arboriculture et du maraîchage et affiche 18 projets dans les cartons. Parmi eux, un insecticide, baptisé Flipper, déjà commercialisé en Italie sur certaines cultures, pourrait être homologué en 2020 sur betteraves, contre les pucerons, les acariens et les thrips. Plus largement, De Sangosse ambitionne d’acquérir une taille internationale sur l’ensemble du marché des bio-solutions (biocontrôle, biostimulants et biofertilisants).

Acquisitions en France et en Espagne

Pour cela, le groupe agenais multiplie les acquisitions d’entreprises dans le secteur depuis une dizaine d’années. Dernières en date : le rachat début septembre, de deux sociétés espagnoles, Biologicas Canarias et Biotecnologia del Mediterraneo, acteurs du domaine des biofertilisants et biostimulants naturels, après le français CCL, en juillet, basé à Compiègne (Oise), spécialisé dans les adjuvants et le biocontrôle. « Il faut arrêter de penser que le biocontrôle est inefficace. Nos solutions marchent. En revanche, c’est vrai que l’on ne peut pas dire que tous les produits de biocontrôle fonctionnent », insiste Olivier Antonin, le directeur de l’activité agriculture de De Sangosse. Une chose est sûre, le groupe de 830 salariés, qui affiche 270 M€ de chiffre d’affaires cette année, entend bien avoir une longueur d’avance sur ce marché en plein développement.

Adrien Cahuzac


8 octobre 2018

Phytosanitaires : le contrat de solutions officiellement lancé

Le "contrat de solutions", pour répondre aux attentes des citoyens en matière de produits phytosanitaires et garantir la compétitivité et la pérennité des exploitations agricoles, a été officiellement lancé le 11 juillet. Les 40 organisations agricoles, dont la FNSEA, l'AGPB, l'AGPM, la CGB, la FOP et l'ITB, espèrent un soutien politique et financier du gouvernement.

Chose promise, chose due. Annoncé le 26 février au Salon de l'agriculture, le « contrat de solutions » a été détaillé le 11 juillet, avant la pause estivale. « Son objectif est de répondre aux attentes sociétales pour réduire les phytosanitaires mais aussi de garantir la compétitivité et la pérennité des exploitations agricoles », a rappelé Éric Thirouin, le président du comité de pilotage du contrat de solutions et secrétaire général adjoint de la FNSEA. Désormais, ce sont 40 organisations agricoles* qui sont associées à la démarche. Plus de 300 solutions ont été identifiées dont 36 ont été présentées à travers des fiches détaillées, avec des engagements à tenir, pour réduire l’utilisation du glyphosate en grandes cultures, développer le désherbage mécanique et les techniques de biocontrôle par exemple.

« Pour que cela fonctionne, l’enjeu est de développer un effet massif et collectif, avec des solutions combinées et un maximum d’agriculteurs », a insisté Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Dans la filière betterave-sucre, l’Institut technique de la betterave (ITB) propose le déploiement de l’utilisation de variétés tolérantes aux maladies foliaires, sur 50 % des surfaces à horizon 2021 (contre 37 % actuellement) et sur 60 % d’ici à 7 ans. « Nous allons suivre l’évolution réelle de chaque solution avec des indicateurs. Nous ferons des rendez-vous récurrents avec la publication de résultats sur les avancées », a assuré Alexandre Quillet, le président de l'ITB.

Pour l’instant, le gouvernement ne s’est pas associé officiellement à ce contrat de solutions, aux côtés des organisations syndicales, comme elles le souhaitaient. « Si les pouvoirs publics décidaient de nous accompagner politiquement, financièrement et réglementairement, nous irions plus loin et plus vite », a souligné Alexandre Quillet. Mais les professionnels gardent espoir. « Nous sommes dans la dernière ligne droite. Nous attendons que le gouvernement s’engage avec nous et signe ce contrat d’envergure inédit de la profession agricole », a renchéri Christiane Lambert.

A.C.

* ACTA, ADIVALOR, AGPB, AGPM, ANIA, ANPLC, APCA, AXEMA, CGB, Coop de France, FAFSEA, FARRE, FN3PT, FNA, FNACC, FNAMS, FNC, FNCA, FNPFcidre, FNPFruits, FNPHP, UNPT, FNPT, FNSEA, FNSEA commission viticulture, FOP, GNIS, IBMA, Jeunes Agriculteurs, Légumes de France, MSA, PAM de France, Syndicat des riziculteurs de France, UFS, UIPP, VIVEA, Vegepolys, SEDIMA, FNCUMA, TRAME.

 

 


11 juillet 2018
Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.