Cette année, les CGB de l’Oise et de la Somme avaient fait le choix, inédit, de partager la scène en conviant, le 4 juin, les planteurs des deux départements à la réunion d’information commune. La situation est en effet assez similaire dans ces deux secteurs, avec notamment de très bonnes moyennes de rendement en 2025 : 89 t/ha, soit la deuxième meilleure année pour l’Oise, et 96,5 t/ha pour la Somme. Par ailleurs, le recul des surfaces dans les deux départements, par rapport à la campagne 2024-2025, est du même ordre (4,5 %). Un recul qui s’explique notamment par les baisses de surfaces opérées par Saint Louis Sucre. « Nous avons eu de très bons rendements, mais le contexte est incertain, avec une forte pression sur les moyens de production, résume Jean-Jacques Fatous, le directeur adjoint de la CGB Somme. La rentabilité des exploitations betteravières est en demi-teinte car la hausse des rendements ne compense pas totalement les baisses de prix de betterave. » Sur la période 2017-2023, la betterave reste tout de même la culture dégageant la meilleure marge brute (hors pommes de terre et légumes industrie). « Nous espérons que nous allons avoir un prix de la betterave 2026 à la hauteur, pour compenser nos charges », réagit pour sa part Fabien Hamot, le président de la CGB de la Somme, qui rappelle que le coût de la protection insecticide a augmenté, ces dernières années, d’au moins 200 €/ha.

Sécuriser les moyens de production

Dans ce contexte, les élus du syndicat assurent de leur détermination à défendre les intérêts des planteurs, via la sécurisation des moyens de production. Les efforts se concentrent notamment autour du projet de loi d’urgence. L’objectif est toujours d’y raccrocher la proposition de loi Duplomb 2, qui porte en particulier sur l’autorisation de l’acétamipride et de la flupyradifurone. Une ambition qui concerne également l’échelon européen, pour le marché du sucre. « Presque dix ans après l’arrêt des quotas, le bilan n’est pas très beau, regrette Guillaume Gandon, le vice-président de la CGB et le président nouvellement élu de la CIBE. Il faut se donner les moyens d’avoir une filière sucre européenne forte. Cela doit se traduire par des mesures dans la Pac ou sur les moyens de production. Nous avons réussi à nous faire entendre sur la suspension temporaire du régime de perfectionnement actif (RPA), nous devons mettre le pied dans la porte. » La CGB plaide en effet en faveur d’une gestion plus raisonnée des marchés. Parmi les mesures défendues figure ainsi la construction d’un prix de référence du sucre, qui serait mis à jour chaque année en fonction de l’inflation. Également défendu par le syndicat européen Copa-Cogeca, ce prix pourrait permettre de réguler les importations ou d’acter des mesures de dégagement. Enfin, le syndicat se montre extrêmement vigilant quant à l’inclusion de l’Ukraine dans l’UE, au sujet duquel il plaide pour une « intégration différenciée ». « S’il y a un perdant des derniers élargissements de l’UE, c’est la France, qui n’a pas de politique agricole à la hauteur de ces enjeux », estime Timothé Masson, directeur économie de la CGB, qui souligne néanmoins que « les jeux ne sont pas encore faits ».

Espoir pour 2026

Si l’effet de la pression pucerons de ce printemps reste difficile à estimer, et que l’inquiétude grandit sur l’épineux sujet des engrais (voir encadré), les représentants des planteurs de l’Oise et de la Somme veulent garder espoir pour les prochains mois. « La campagne 2025 a apporté son lot de péripéties mais, en 2026, l’équilibre volume / prix de betteraves semble mieux engagé, la plaine est plutôt belle », constate Alexis Hache, le président de la CGB Oise. « Cette année est plutôt bien partie, le développement foliaire est important, constate pour sa part Fabien Hamot. La betterave a toute sa place dans nos assolements. Nous devons protéger et sécuriser cette culture. »

Engrais, la France paie sa dépendance aux importations

Sujet d’inquiétude majeur depuis plusieurs mois, en raison des tensions au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz, les engrais ont fait l’objet d’une longue intervention durant la matinée, qui a retenu l’attention des planteurs. « Depuis 2021, nous subissons une série de chocs sans retour à la normale. C’est la première fois de ma carrière que je vois le prix de l’azote décider de l’assolement au niveau mondial », constate Philippe Lorcy, président d’Eliard, un négoce produisant et fournissant des engrais. En France, certains pensent déjà à laisser des terres en jachères. Le pays est en effet extrêmement vulnérable à l’état du marché mondial, en raison de sa faible autonomie. 90 % de l’urée et de la solution azotée consommées en France sont ainsi importées. « En France, nous n’avons rien, résume en souriant Philippe Lorcy. En trente ans, une trentaine d’usine ont fermé, pour des raisons économiques et d’obsolescence. » A cette situation géopolitique s’ajoute, depuis le début d’année, une nouvelle donne réglementaire, avec l’entrée en vigueur de la taxe carbone aux frontières (MACF). Celle-ci pourrait occasionner un coût, en 2026, de 200 M€ pour la Ferme France (à consommation égale que 2025). « C’est une véritable attaque contre les moyens de production, juge Philippe Lorcy. Le temps n’a pas été laissé aux industriels tiers pour investir et moderniser leurs infrastructures. La France ne produit que de l’ammonitrate. On ne peut pas produire 4 Mt supplémentaires en un claquement de doigt. La place manque aussi dans les ports pour stocker ces volumes. » Le président d’Eliard juge enfin la situation de la solution azotée, importée à 90 % en France, comme « compliquée ». « La France est un gros consommateur (27 % du mix français) mais ailleurs, les pays favorisent plutôt l’urée. La règlementation européenne Fit 55 prévoit une taxation des émissions azotées. Cela peut poser la question de la place de la solution azotée comme engrais de référence, à l’avenir, en France. »