Dans quelles situations une intervention en pré-émergence est-elle nécessaire ?

Sur adventices dicotylédones

Une intervention de pré-émergence se justifie uniquement en situation de forte infestation d’Ammi Majus. L’utilisation de spécialités à base de quinmérac (Goltix Silver ou Kezuro) en pré, puis en post-émergence, permet de limiter les levées dans la culture et d’obtenir une qualité de désherbage finale satisfaisante (voir figure 1). L’ITB a réalisé des essais dans les départements de l’Aisne (2023) et de la Marne (2024), sur des densités élevées d’adventices, 500 et 1000 /m2, avec deux programmes à base de quinmérac. La modalité répartissant le produit en pré et post-émergence est la plus efficace (en vert sur la figure). L’utilisation de ces spécialités est encadrée par une réglementation spécifique : il n’est pas autorisé d’employer le même herbicide (Goltix Silver ou Kezuro) en pré- et en post-émergence. Le produit Okido (quinmérac et diméthenamid-P) est, lui, seulement autorisé après la levée des betteraves (voir figure 2). Lors du traitement de pré-émergence, afin de réduire les quantités épandues, la localisation sur le semoir complétée par un binage mécanique peut être envisagée.

Dans un autre essai avec une faible infestation (environ 40 plantes par m²), conduit dans la Marne en 2024, l’application en pré-émergence ne s’est pas révélée nécessaire puisque le programme utilisant la molécule quinmérac uniquement en post-émergence a obtenu une note supérieure à 7.

En cas de forte infestation d’Ammi Majus, la technologie Smart (voir encadré ci-contre) peut également être utilisée. Une modalité intégrant cette technologie a obtenu une très bonne efficacité (10/10) dans un essai mené dans la Marne en 2024.

Sur graminées

Dans la lutte contre les vulpins, un traitement de pré-émergence avec le produit Goltix Duo à base d’éthofumésate et de métamitrone, à la dose de 3 l/ha,
permet de réduire significativement la densité de vulpins dans la parcelle (voir figure 3). Dans ces essais effectués dans le département de l’Aisne en 2023 et 2024, le même programme de post-émergence à base de cléthodime a été appliqué.

Sur ray-grass, ce gain d’efficacité n’est pas observé. Depuis la disparition des produits à base de S-métolachlore et du produit Avadex 480 à base de triallate, il n’existe plus de solution efficace en pré-émergence contre cette adventice. Pour rappel, l’Avadex 480 était utilisable jusqu’au 29 mars 2025. La molécule triallate reste homologuée dans l’Union européenne. D’autres produits contenant cette matière active pourraient donc être autorisés en France, en betterave, dans les prochaines années.

Points clés du désherbage en post émergence

Sur dicotylédones

Il est recommandé de commencer les traitements dès que les premières adventices atteignent le stade « point vert » à cotylédons, soit environ 2 à 3 semaines après le semis. Un deuxième passage doit être effectué 7 à 8 jours après le premier. Les interventions suivantes vont dépendre des levées des mauvaises herbes et de l’efficacité des premières interventions. L’identification préalable de la flore présente dans la parcelle est indispensable pour sélectionner les matières actives adaptées aux adventices observées (voir tableau pages 8 et 9 du Pense Betterave 2026 de l’ITB, accessible avec le QR code de la page précédente). Les doses des produits doivent être adaptées au stade des adventices et aux conditions climatiques. En complément, l’ajout de 0,5 à 1 l/ha d’huile est conseillé. Les interventions sont à réaliser de préférence tôt le matin, dans des conditions climatiques favorables : absence de vent et hygrométrie supérieure à 60 %.

Sur graminées

Un traitement spécifique à base de cléthodime est nécessaire (exemple Centurion 240EC entre 0,8 et 1,25 l/ha). En situations difficiles sur ray-grass ou vulpins, il est recommandé d’appliquer la dose maximale, en y ajoutant le produit Isard (dimethenamid-P) à 0,4 l/ha ou Stratos Ultra (cycloxydime) à 2 l/ha.
Ces produits doivent être accompagnés d’huile à la dose de 2 l/ha (Actirob B). En complément, l’utilisation de l’Actimum à 1 litre par hectare augmente l’efficacité du passage.

Le stade optimal d’intervention pour les graminées est de 3 feuilles/début tallage. Les graminicides à action foliaire expriment pleinement leur efficacité lorsque l’intervention est réalisée en conditions poussantes.

La clomazone pour améliorer l’efficacité du désherbage

Dans les essais menés par l’ITB en 2025, l’introduction dans le mélange herbicide du produit Centium 36CS à base de clomazone a permis d’améliorer la performance du désherbage sur chénopodes et mercuriales (en vert sur les figures 4 et 5) alors que le programme de base « BTGV », en orange sur les deux figures, obtenait une note comprise entre 6 et 7 sur 10 pour les deux adventices (7 étant la limite de satisfaction). Les doses respectives étaient :

B = phenmédiphame à 0,8 l/ha, T = éthofumésate à 0,2 l/ha, G = métamitrone à 0,3 l/ha, V = lénacile à 0,16 l/ha et C = clomazone à 0,035 l/ha.

L’augmentation des doses de certaines matières actives a permis d’améliorer l’efficacité des programmes. Malgré un coût supérieur, ces modalités demeurent moins performantes que celles intégrant la clomazone.

Le protocole avait pour objectif d’évaluer la qualité du désherbage avec différentes doses de BTGV en les comparant à une modalité incluant la clomazone. Quatre passages ont été réalisés dans chaque modalité. Chaque mélange était accompagné d’un litre d’huile (Actirob B).

Comment utiliser un produit à base de clomazone ?

La substance active clomazone peut être intégrée aux traitements herbicides dès la levée complète des betteraves (cotylédons étalés) à la dose de 0,035 l/ha
(voir figure 6). Pour des questions de sélectivité, il est recommandé d’attendre que les betteraves atteignent 2 feuilles vraies dans un sol de craie. L’intégration de la clomazone à ces stades est conseillée uniquement sur des betteraves poussantes et avec une population homogène. L’association de la clomazone avec le lénacile est possible à partir du stade 4 feuilles des betteraves.

Technologie Smart

Réservée aux situations complexes (présence de betteraves adventices, fortes infestations d’Ammi Majus, de renouées des oiseaux, de chénopodes,…), cette technologie permet un désherbage en deux passages avec, comme base, le produit Conviso One (foramsulfuron et thiencarbazone méthyl) à 0,5 l/ha mélangé avec 0,5 l/ha d’huile, obligatoirement associé avec un ou deux partenaires ayant des modes d’action différents (par exemple phenmédiphame et éthofumésate).
Ce produit nécessite de semer une variété Smart dans la parcelle. Les essais menés par l’ITB et les services agronomiques des sucreries de 2025 montrent toutefois que la productivité des variétés Smart est en moyenne 7 % inférieure à celle des témoins. Pour les chardons et les graminées, des traitements spécifiques doivent être maintenus. Les montées à graines de l’année doivent être arrachées le plus tôt possible et sorties de la parcelle. Cette technologie est détaillée dans les pages 10 et 11 du Pense Betterave 2026 de l’ITB.