Les marchés du sucre sont bien nerveux depuis le début des bombardements au Moyen-Orient. Et qui dit nervosité dit volatilité : le meilleur exemple en a été donné le 9 mars, quand, dans la journée, le sucre brut a quasiment pris 0,5 cts/lb. On apprendra que les spéculateurs, en quelques jours, ont réduit leur position à la vente de quelque 1,5 Mt, tout en restant nets-vendeurs de -10,8 Mt de sucre.

Il faut dire que le pétrole semble désormais arrimé au-dessus des 100 $/baril, ce que l’on n’avait pas vu depuis 4 ans. Un pétrole plus cher, c’est un débouché éthanolier plus intéressant pour les canniers brésiliens, qui vont débuter leur prochaine campagne dans moins d’un mois. Or, il suffit que le taux de canne brésilienne transformée en éthanol gagne un point, en passant par exemple de 48 à 49 %, pour que le bilan mondial du sucre perde 0,8 Mt ! C’est dire la puissance du modèle brésilien – et l’impact des marchés de l’énergie sur le bilan sucrier.

Au-delà du pétrole, ce sont les parités monétaires qui sont secouées par la guerre. L’euro perd de sa force face au dollar, et revient sous les 1,15 $/€, ce qui nous ramène à la situation de l’été dernier. Or, le marché mondial du sucre est coté en dollar ; converti en euro, sa reprise est donc accentuée. Résultat : le sucre raffiné, sur le marché à terme, gagne 20 €/t en quinze jours. Il reste modeste, mais avec un marché mondial plus robuste, les opérateurs européens peuvent mieux valoriser les surplus. Comme le résume un analyste britannique : « une remontée des cours mondiaux du sucre semblerait être le meilleur espoir pour les producteurs de l’UE de réduire leurs stocks ». D’ailleurs, sur les trois premiers mois de la campagne, près de 420 000 tonnes ont quitté le territoire communautaire, c’est + 44 % par rapport à la moyenne quinquennale.

Enfin, comment ne pas souligner la reprise très nette du prix spot du sucre sur le territoire européen : selon S&P, il gagne 50 €/t sur la semaine. Certes, cette valeur reste théorique, car les échanges sont minimes. Mais cette reprise reflète néanmoins la nouvelle perception des équilibres de marché, alors que les surfaces européennes sont annoncées en baisse de 6 à 8 %. Elle illustre cependant également le simple fait que transformer les betteraves que l’on s’apprête à semer pourrait coûter plus cher : le gaz, livré à l’automne prochain, dépasse désormais les 50 €/MWh, contre 30 € avant la guerre. De quoi inquiéter les opérateurs qui ne se seraient pas couverts.

Enfin, ne boudons pas le plaisir de souligner que l’éthanol profite de la flambée du pétrole, avec des échéances proches qui dépassent à nouveau les 75 €/hl !

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