La troisième guerre du Golfe dure depuis un mois, lorsque Donald Trump et Benjamin Netanhayou décidèrent de tenter ce que l’on appelle aux échecs le « coup du roi » en décapitant une bonne partie de l’exécutif iranien, à commencer par le Guide Suprême, Ali Khameini. Mais à la différence du Venezuela quelques semaines plus tôt, l’Iran a réagi par des frappes de plus en plus larges et a utilisé la seule arme vraiment « atomique » à sa disposition : la fermeture du détroit d’Ormuz.
Un mois a donc passé et le monde se trouve confronté à un véritable « choc » énergétique. La fermeture d’Ormuz – une menace qui ne s’était encore jamais concrétisée – a provoqué un choc tant psychologique qu’économique dont on commence à peine à évaluer les conséquences.
Malgré le développement d’autres bassins de production (les Amériques, la Russie…), la région du Golfe Persique au sens large demeure au cœur des équilibres mondiaux du pétrole et du gaz naturel : elle produit un tiers du pétrole mondial. Par Ormuz, circulent en temps normal 20 % du pétrole et du GNL mondial. Mais, au fil des années, la région s’est aussi dotée d’une importante activité de pétrochimie produisant de l’urée, de l’ammoniac, des plastiques en utilisant ses avantages énergétiques pour produire de l’aluminium, raffiner du sucre… Le développement économique est devenu aussi commercial et financier, et Dubaï en particulier est devenue une place majeure sur l’échiquier de la planète. Tant sur la carte aérienne que maritime, le Golfe occupait une place désormais essentielle. C’est cette situation que la guerre a bouleversée.
Début 2026, les marchés de l’énergie étaient plutôt déprimés avec des excédents qui pesaient sur les prix. On anticipait alors le pétrole à 50 dollars le baril. Le choc n’en a été que plus brutal : le pétrole est monté à 120 dollars. Certains produits raffinés comme le diesel ou le kérosène ont vu leurs prix doubler en raison des difficultés d’approvisionnement des raffineries. Le gaz naturel liquéfié et, par ricochet, le gaz naturel sur le marché européen ont connu le même sort, aggravé encore par la destruction des capacités de liquéfaction du Qatar. Et puis on a découvert d’autres dépendances : le soufre produit à 45 % dans le Golfe, incontournable pour les engrais mais aussi pour l’acide sulfurique dans l’industrie minière, l’hélium pour le matériel médical entre autres, le méthanol, le polypropylène et, bien sûr, l’urée et l’ammoniac pour les engrais.
Après un mois de guerre et de fermeture d’Ormuz (120 navires seulement sont passés en mars, l’équivalent de ce qui passait chaque jour), le choc est moins celui de la pénurie que celui des prix. Certes, en Asie, le GNL commence à manquer dans des pays comme le Bangladesh, mais en Europe comme aux États-Unis ou en Chine, l’impact majeur passe par les prix, notamment les plus symboliques des carburants à la pompe avec des seuils psychologiques qui ont été franchis, que ce soit 2 euros le litre en France ou 4 dollars le gallon aux États-Unis. En dehors de l’énergie proprement dite, les tensions sur les marchés des engrais ont fait renaître des craintes alimentaires, même si leur impact ne se fera sentir que pour la prochaine campagne.
Hausse des prix et donc de l’inflation, ralentissement d’une croissance économique déjà bien médiocre, hausse des taux d’intérêt et « coup de blues » boursier, il est cependant prématuré de parler de crise économique même si l’on sait que le retour à quelque « normale » que ce soit sera long et nous fera à nouveau plonger dans le quotidien d’autres guerres quelque peu mises de côté, de l’Ukraine au Soudan.
Un mois de guerre donc, dont on peine à imaginer la conclusion, la sortie par le haut par Donald Trump empêtré dans un conflit qu’il ne maîtrise plus.
L’opération « Epic fury » n’est pas terminée mais soyons sûrs qu’elle laissera des traces dans l’économie mondiale, sur les marchés de l’énergie et sur les ressources de la planète, y compris agricoles.
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